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Guerre aux Kivu : Entre Kigali et Kinshasa, le flou persiste

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Dans le communiqué final dit «conjoint», à l'issue de la visite de la ministre rwandaise à Kinshasa, il est indiqué que «les deux délégations ont échangé des renseignements sur les problèmes sécuritaires de la région et examiné les préoccupations présentées par chaque partie en rapport avec la situation qui prévaut dans l’Est de la RDC». Quelles sont ces préoccupations présentement ? Réponse : FDLR, pour Kigali, et M23, pour Kinshasa. Or, plus loin dans ce communiqué, seules les FDLR sont mentionnées comme groupe terroriste alors que le M23 est superbement ignoré. Pour quelle raison ? Kinshasa pourrait éclairer l’opinion prochainement. En fait, l’on peut lire au paragraphe 7 du document remis à la presse ce qui suit : «Elles ont renouvelé leur détermination à poursuivre les efforts jusqu’à l’éradication totale du groupe terroriste FDLR et de tous les autres groupes armés écumant la sous-région». A l’analyse, la préoccupation de Kigali est mise en chandelle tandis que celle de Kinshasa est minimisée. Le M23 est fondu dans un fourre-tout appelé «groupes armés écumant dans la sous-région». Avec le temps, l’opinion congolaise n’est plus dupe du tout. Elle a commencé à voir clair et le double jeu du «voisin et frère» ne peut plus tenir debout. 

En une semaine, le ministre des Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie, Raymond Tshibanda N’tungamulongo, a fait le tour de quatre capitales de la sous-région pour faire passer le message de la RDC. Non content de cette offensive diplomatique qui le dessert sur le plan international, Kigali s’est hâté d’y mettre un terme en envoyant son ministre des Affaires étrangères à Kinshasa. Démarche de conquistador proche de la théorie policière qui dit qu’un criminel revient toujours sur le lieu du crime. Ainsi, la Rwandaise Louise Mishikiwabo esquive le swing du Congolais Raymond Tshibanda et, en revanche, lui administre une estocade qui le fait plier en deux.

La ministre rwandaise des Affaires étrangères et de la Coopération, Mme Louise Mishikiwabo, vient de séjourner à Kinshasa. L’essentiel des discussions qu’elle a eues avec les autorités congolaises, particulièrement avec son homologue congolais Raymond Tshibanda Ntungamulongo, est repris dans un communiqué conjoint final rendu public le mardi 19 juin 2012.

D’emblée, la lecture de ce document appelle analyse et commentaire. Ce qui frappe au premier chef, c’est cet ascendant que ne cesse d’afficher Kigali sur Kinshasa. En jetant un regard rétrospectif sur les relations qui existent entre les deux voisins, des observateurs avisés se demandent si les deux parties sont des partenaires ou sont dans des rapports d’aîné à cadet ou de seigneur à valet. A voir les attitudes et le langage de l’un et de l’autre, l’on est tenté de déduire que c’est Kigali qui mène le jeu.

Tenez. De un. Dans le communiqué final dit «conjoint», il est indiqué que «les deux délégations ont échangé des renseignements sur les problèmes sécuritaires de la région et examiné les préoccupations présentées par chaque partie en rapport avec la situation qui prévaut dans l’Est de la RDC». Quelles sont ces préoccupations présentement ? Réponse : FDLR, pour Kigali, et M23, pour Kinshasa.

Or, plus loin dans ce communiqué, seules les FDLR sont mentionnées comme groupe terroriste alors que le M23 est superbement ignoré. Pour quelle raison ? Kinshasa pourrait éclairer l’opinion prochainement. En fait, l’on peut lire au paragraphe 7 du document remis à la presse ce qui suit : «Elles ont renouvelé leur détermination à poursuivre les efforts jusqu’à l’éradication totale du groupe terroriste FDLR et de tous les autres groupes armés écumant la sous-région». A l’analyse, la préoccupation de Kigali est mise en chandelle tandis que celle de Kinshasa est minimisée. Le M23 est fondu dans un fourre-tout appelé «groupes armés écumant dans la sous-région».

De deux. Au paragraphe 4 du communiqué final, il est dit qu’«après une discussion franche et enrichissante, les deux délégations ont réaffirmé la volonté de continuer à œuvrer ensemble pour la paix, la stabilité et le développement dans la sous-région. Elles s’engagent à ce que leurs territoires respectifs ne servent pas de base de déstabilisation de l’un ni de l’autre». Il s’agit là, on n’en peut douter, d’un marché de dupes. A aucun moment, il n’a été fait mention d’une attaque des FDLR contre le régime de Kigali. Par contre, celui-ci s’est toujours comporté de manière à pérenniser la présence des FDLR sur le sol congolais. Avec ou sans l’accord de Kinshasa, Kigali a toujours fait des irruptions sur le territoire congolais, sous l’éternel mobile.

Le fond du problème est ailleurs et il est souvent occulté. A tout prendre, le Rwanda s’arrange pour tirer la couverture de son côté et se donner le beau rôle. Bien plus, dans un tour de passe très subtil, le Rwanda se plaît à jouer à la fois au pyromane et au sapeur-pompier. Pérenniser la présence des FDLR sur le territoire congolais est une stratégie d’enfermement qui sert à culpabiliser indéfiniment Kinshasa.

Avec le temps, l’opinion congolaise n’est plus dupe du tout. Elle a commencé à voir clair et le double jeu du «voisin et frère» ne peut plus tenir debout. Aussi doute-t-elle de ce que «les deux parties ont réaffirmé la nécessité de rechercher des solutions durables aux problèmes de fond à l’origine de l’insécurité qui prévaut actuellement».

Bref, le contenu du communiqué conjoint final du 19 juin 2012 signé à Kinshasa entre le Rwanda et la RD Congo est du déjà-entendu. Les mêmes termes se retrouvent dans un autre communiqué conjoint final rendu public à l’issue des rencontres tenues dernièrement au Rwanda entre les ministres de la Défense et les chefs d’états-majors de deux voisins. Et dire que l’on en projette une autre le 28 juin à Goma, ville où les rebelles du M23 ont fait une exhibition des biceps avant de se retirer dans les montagnes de Masisi et Rutshuru où ils sont en guerre contre les FARDC.

Dans ce jeu de cache-cache, Kinshasa est roulé dans la farine. Il subit et encaisse. Chaque fois qu’il ose élever la voix ou bomber le torse, il est vite remis à sa place, celle de coupable. Le dernier derby vient d’en donner l’illustration. Après avoir obtenu des preuves irréfutables de l’implication du Rwanda dans l’insécurité créée par le M23, la RDC s’est lancée dans une vaste campagne médiatique et diplomatique pour rallier ses principaux voisins de la sous-région à sa cause. Tour à tour, il a été à Kampala (Ouganda), à Bujumbura (Burundi), à Dar es-Salaam (Tanzanie), pour terminer enfin à Luanda en Angola. A l’étape de Luanda, le chef de la diplomatie congolaise s’est gardé de nommer Kigali, se contentant de parler d’un voisin de la RDC.

Que peut-on aujourd’hui attendre de cette tournée qui, en apparence, ne pourrait plus se poursuivre suite à la visite de Louise Mishikiwabo ? Raymond Tshibanda n’aura-t-il pas gêné les partenaires contactés lorsque dans le communiqué final conjoint avec son homologue, il n’est fait mention de la guerre qui oppose les FARDC aux rebelles du M23 soutenus militairement par le Rwanda ? Kinshasa a baissé la tête. En ne relevant pas les témoignages et autres preuves fournies par la Monusco et les ONG. A quoi servirait une nouvelle enquête conjointe quand la première a été rejetée avec mépris par Kigali ? Faut-il nous rafraîchir la mémoire ? «Des informations, de sources variées mais concordantes, font état de soutiens dont bénéficierait la bande à Ntaganda à partir du Rwanda et de l’existence d’une filière de recrutement des combattants pour Ntaganda dans ce pays voisin, membre, comme la RDC, de l’Union africaine (UA), de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL)», avait déclaré, à ce propos, le ministre des Médias, porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, dans une déclaration faite le 9 juin 2012 depuis Goma où il faisait partie d’une mission conduite par le Premier ministre pour s’enquérir de la situation dans l’Est du pays.

Plus explicite encore, Lambert Mende rappelait qu’«aujourd’hui, sur la base des conclusions des enquêtes de nos services, nous sommes en mesure d’affirmer ce qui suit : 1) Parmi les miliciens de la bande à Ntaganda et Makenga se sont trouvés quelque 200 à 300 éléments recrutés sur le territoire du Rwanda par un réseau actif dans ce pays voisin; 2) Plusieurs combattants ainsi recrutés sont des ressortissants rwandais. Infiltrés en RDC, ils ont subi un entraînement sommaire avant d’être déployés au front contre les FARDC (…)».

Pourquoi baisser la garde ? A quoi rime ce retournement de la situation alors que le peuple s’attendait à la poursuite jusqu’au de l’offensive militaire amorcée. La peur de l’ «aîné» ? Celui-ci serait-il venu sur place pour revoir ou effacer tout qui a été dit contre lui ? En tout cas, entre Kigali et Kinshasa, le flou persiste ; mieux le second passerait bien pour le dindon de la farce. Et à travers lui, tout le peuple congolais.

COMMUNIQUE CONJOINT FINAL

Dans le cadre du dialogue permanent entre les autorités des deux pays, il s'est tenu du 18 au 19 juin au Ministère des Affaires Etrangères à Kinshasa, une réunion bilatérale entre les délégations Congolaise et Rwandaise respectivement conduites par leurs Excellences Monsieur Raymond TSHIBANDA NTUNGAMULONGO, Ministre des Affaires Etrangères, Coopération Internationale et Francophonie de la République Démocratique du Congo, et Madame Louise MUSHIKIWABO, Ministre des Affaires Etrangères et la Coopération de la République du Rwanda.

Cette rencontre est la matérialisation de la volonté des deux pays de restaurer et de maintenir un environnement de paix, de sécurité et d'entente mutuelle entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, deux pays voisins et frères.

Les deux délégations ont échangé des renseignements sur les problèmes sécuritaires de la région et examiné les préoccupations présentées par chaque Partie en rapport avec la situation qui prévaut dans l'Est de la RDC.

Après une discussion franche et enrichissante, les deux délégations ont réaffirmé la volonté de continuer à oeuvrer ensemble pour la paix, la stabilité et le développement dans la sous-région. Elles s'engagent à ce que leurs territoires respectifs ne servent pas de base de déstabilisation de l'un ni de l'autre.

Elles ont par ailleurs convenu de rendre opértionnelle la Commission Conjointe de vérification chargée notamment d'enquêter sur les suspicions de soutien extérieur aux mutins et autres éléments opportunistes.

Dans le même ordre d'idée, les deux parties ont réaffirmé la nécessité de rechercher des solutions durables aux problèmes de fond à l'origine de l'insécurité qui prévaut actuellement.

Elles ont ainsi renouvelé leur détermination à poursuivre les efforts jusqu'à l'éradication totale du groupe terroriste FDLR et de tous les autres groupes armés écumant la sous région. Une réunion de concertation et d'évaluation est prévue à cet effet le 28 juin 2012 à GOMA entre les Ministres de la Défense des deux pays, qui seront accompagnés par les Chefs d'Etat-Major Général des FARDC et des RDF.

Par ailleurs, les deux parties ont exprimé le voeu de poursuivre et d'intensifier la collaboration actuelle, en redynamisant tous les mécanismes bilatéraux de concertation existants.

Par ailleurs, les deux parties ont exprimé le voeu de poursuivre et d'intensifier la collaboration actuelle, en redynamisant tous les mécanismes bilaéraux de concertation existants.

La réunion s'est déroulée dans un esprit constructif et empreint de sincérité.

Le Ministre des Affaires etrangères du Rwanda a remercié son homologue Congolais pour l'accueil chaleureux et fraternel qui lui a été réservé ainsi qu'à sa délégation.

Fait à Kinshasa, le 19 juin 2012