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Guerre du Kivu : Paul KAGAME incontournable

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Le Rwanda continue toujours à servir de base arrière pour toutes les tentatives de déstabilisation de la RDC dans sa partie orientale. Le Premier ministre l’a souligné mercredi 9 mai devant l’Assemblée nationale. En effet, répondant aux questions des députés nationaux au sujet de la situation sécuritaire particulièrement dans l’Est, Matata Ponyo a clairement indiqué, sans citer nommément le Rwanda, qu’ «aucune rébellion ne peut prospérer si elle ne bénéficie de l’appui de la population, si elle n’a pas une base de repli dans un territoire voisin». C’est de Kigali que pourrait encore venir la solution à la guerre du Kivu. Malheureusement pour la RDC, en empruntant la voie tracée par Kigali, Kinshasa en sortira une fois de plus très affaibli. Pour autant que Kigali gagnerait des galons de plus en se positionnant durablement dans la sous-région des Grands Lacs, d’un côté. De l’autre, c’est le pouvoir à Kigali qui se retrouverait ragaillardi en se débarrassant de la population hutu, hostile au régime de Paul Kagame. Kinshasa passerait donc pour le dépotoir du Rwanda en accueillant le trop-plein de sa population indésirable. la RDC doit recadrer sa politique dans l’Est en définissant clairement des priorités et des moyens à mettre en œuvre pour y arriver. A défaut d’une véritable stratégie de sortie de crise, Kinshasa aura du mal à se débarrasser de la pieuvre de l’Est.

Des combats à l’arme lourde opposent près de la frontière rwandaise les forces loyalistes aux différentes factions rebelles, notamment le M23. Curieusement, c’est le moment choisi par Kigali pour proposer ses bons offices à Kinshasa en vue d’une solution négociée. Un baiser de Judas de la part d’un voisin qui joue à la fois au pyromane et au sapeur-pompier et bénéficie de complicités dans la capitale congolaise.

L’ultimatum lancé par les FARDC aux mutins n’ayant pas été suivi, c’est désormais la guerre dans l’Est. Ce qui, hier, n’était qu’une simple rumeur s’est finalement confirmé. Le gouvernement a choisi la voie forte, pour faire asseoir l’autorité de l’Etat dans cette partie du territoire national. Actuellement, des combats entre forces loyalistes et les troupes rebelles sont concentrés à la frontière entre la RDC et le Rwanda. Pour venir à bout de ces adversaires, les FARDC ont déployé de gros moyens, mettant en action des unités aériennes en appui aux troupes au sol. Le ministre Mende, porte-parole du gouvernement parle «d’une montée en puissance des FARDC».

Toutefois, la situation est loin de se calmer. Une fois encore, c’est la population civile qui paie le lourd tribut. Vouée à l’errance, la seule issue de survie est le refuge dans les collines pour s’éloigner des zones des combats à l’arme lourde qui opposent l’armée nationale aux différentes factions rebelles issues de la dernière mutinerie, notamment l’ex-CNDP et le M23.

En réalité, le M23 est la nouvelle trouvaille de Kigali qui ne tarit pas d’imagination pour entretenir un statu quo lui permettant de garder en permanence un pied sur le sol congolais. Toute honte bue, Sultani Makenga s’adjuge le titre de numéro du M23 et prétend que son mouvement ne serait pas une émanation du CNDP. De qui se moque-t-on ? Makenga et compagnie ont la mémoire courte ou alors, ils ont carrément perdu la mémoire. Intégrés dans les FARDC sous la bannière du CNDP comment peuvent-ils prétendre qu’ils ne répondent pas de Bosco Ntaganda ?

Suivant un schéma qui ne peut plus tromper les observateurs avisés, le M23 se permet, sans froid aux yeux, de renier l’autorité de Bosco Ntaganda et allègue reprendre le flambeau du CNDP original (sic) pour exiger la relance des négociations sur les accords de 2009 : «Le M23 réactive l'aile militaire pour corriger les erreurs des uns et des autres afin de redémarrer les négociations sur de bonnes bases entre le CNDP et le gouvernement congolais, c'est à dire celles de Nairobi», a déclaré à la presse un certain Jean-Paul Epenge qui se dit être le numéro deux du M23. Quel toupet !

Voilà que, coïncidence de calendriers ou accord de violons, le régime de Kigali reprend le même son de trompette et se l’approprie. «Après deux semaines de combats en République démocratique du Congo, le Rwanda a proposé à Kinshasa sa médiation pour trouver une issue pacifique sans l'utilisation de la force militaire au conflit au Nord-Kivu. Les ministres rwandais et congolais de la Défense se sont rencontrés dimanche côté congolais sur la rive nord du lac Kivu», a indiqué lundi RFI. La radio française cite comme source le général James Kabarebe qui, précise-t-elle, «l’a dit clairement» à Alexandre Luba Ntambo, vice-Premier ministre et ministre congolais de la Défense.

Le Rwanda vient de signer un nouveau scoop, car du côté de la RDC, l’initiative est ignorée. «Nous ne sommes pas au courant d’une proposition de médiation émanant du Rwanda», a déclaré, à ce propos, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, joint au téléphone par Le Potentiel. «Nous n’avons pas pour habitude de recevoir des propositions de médiation à travers les médias», note-t-il, rappelant que les canaux diplomatiques existent comme l’ambassade du Rwanda en RDC pour échanger des informations entre Etats. Qu’est-ce à dire ? Qu’il existerait des rencontres classées secret militaire alors que des fuites sont organisées par les prétendus partenaires ? Voilà qui jette des troubles dans les esprits et pousse à soupçonner certaines autorités à Kinshasa.

L’affaire Kamerhe est encore fraîche dans la mémoire collective. Faut-il rééditer l’exploit qui risque de déstabiliser les nouvelles institutions à peine installées ? Il s’agit d’une orchestration dont la paternité est signée Kigali, lequel joue son jeu avec plusieurs partitions. On le sait, ce dernier ne cesse jeter du discrédit sur le pouvoir à Kinshasa, au besoin de l’affaiblir de manière à saper la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. Et au finish, empêcher l’instauration d’un véritable Etat de droit dans notre pays.

Il faut être aveugle pour ne pas indexer le régime en place au Rwanda comme instigateur de cette nouvelle aventure guerrière. Cela au regard de l’histoire de tous les mouvements rebelles ou politico-politiques qui ont sévi dans l’Est et continuent à écumer comme si la RDC était un no’ mans land ouvert à tous les maffiosi qui opèrent sous l’étoffe de chercheurs d’or, de coltan, de diamant et autres terres rares.

PYROMANE DOUBLE DE SAPEUR-POMPIER

Conçue comme un mouvement de libération, l’AFDL a accouché du RCD dans sa diversité. Le Dialogue inter congolais (Sun City) les ramène à Kinshasa dans le cadre du partage des responsabilités dont l’objectif était, entre autres, de réunifier le pays écartelé entre plusieurs administrations. Cela n’a pas duré. Contestés, les leaders rebelles au pouvoir dans la capitale sont coupés de leurs bases militaires lesquelles se muent en nouveaux groupes rebelles.

Laurent Nkunda crée le CNDP. Recherché par Kinshasa, il trouve refuge, sous des motifs politico-juridiques aux contours flous. Très vite, il a été remplacé par Bosco Ntaganda. Ayant montré ses limités, ce dernier est à son tour éjecté au profit d’un nouveau leadership que se réclame la bande à Sultani Makenga.

Virtuose chef d’orchestre, Kigali a planté ses planches à l’Est de notre pays et ses pions s’y succèdent pour faire chacun leur tour de chant. Et telle une ritournelle, la partie se termine toujours par une exigence de négociations afin, soi-disant, de mettre un terme aux affrontements et limiter les dégâts.

Qu’est-ce qu’il y a de neuf dans la nouvelle proposition Kigali ? Rien qui vaille. Au contraire, c’est un nouveau leurre. Le président rwandais jouer au facilitateur ou négociateur (c’est selon) entre Kinshasa et le CNDP fait râler. En réalité, il joue à la fois au pyromane et au sapeur-pompier. Cela dans la mesure où il se fait l’écho des revendications de sa nouvelle création issue du CNDP, à savoir le M23. Ajouté aux FDLR et autres groupes Maï-Maï qui se font et se défont à tour de bras et de circonstances, l’addition procède d’une logique de l’homme fort de Kigali de perdurer les conflits armés dans l’Est de notre pays, se faire incontournable dans la sous région des Grands Lacs afin d’en tirer meilleur parti.

Il est vrai que l’on peut tromper un peuple une ou deux fois, mais pas toujours. Cette fois, la pilule ne peut pas passer. Le peuple congolais a assez souffert et cela lui a ouvert les yeux. Les Congolais ne sont plus dupes au point qu’on ne peut plus leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Il est difficile à ce jour de leur faire avaler cette couleuvre qui consiste à faire du CNDP et du M23 deux mouvements rebelles distincts. Ils sont, en réalité, deux facettes d’une même réalité. Et là, l’on retrouve l’esprit subtil du régime de Kigali qui a plusieurs cordes à son arc. La tâche est de plus en plus difficile aux troupes des FARDC. Sans compter qu’à côté de ces deux pôles d’attaques, d’autres groupuscules armés sont également actifs dans l’Est, notamment des FDLR et différents groupes Maï-Maï. Plus qu’une poudrière en pleine ébullition, l’Est de la RDC passe désormais pour une nébuleuse.

EVITER LE PIEGE

L’attitude du Rwanda étonne plus d’un. Elle met à nu la main basse de Kigali sur tous les mouvements qui pullulent dans l’Est de la République. En effet, il est de notoriété publique que Kigali continue à garder un œil sur tout qui se passe dans la partie Est de la RDC. En effet, rien ne se fait dans l’Est du pays sans que le Rwanda soit préalablement impliqué. L’activisme dont fait preuve les rebelles du M23 et des mutins proches de Ntaganda a surement des tentacules qui s’étendent jusqu’à Kigali. Les combats à la frontière rwandaise en sont la preuve.

C’est dire que malgré les belles promesses de Kigali, le Rwanda continue toujours à servir de base arrière pour toutes les tentatives de déstabilisation de la RDC dans sa partie orientale. Le Premier ministre l’a souligné mercredi 9 mai devant l’Assemblée nationale. En effet, répondant aux questions des députés nationaux au sujet de la situation sécuritaire particulièrement dans l’Est, Matata Ponyo a clairement indiqué, sans citer nommément le Rwanda, qu’ «aucune rébellion ne peut prospérer si elle ne bénéficie de l’appui de la population, si elle n’a pas une base de repli dans un territoire voisin». Aussi s’est-il engagé à réunir tous les moyens : militaires, diplomatique, financiers et politique, à «notre disposition» pour sortir du bourbier de l’Est. Sur le plan diplomatique, le chef du gouvernement a promis «d’œuvrer pour une concertation avec nos partenaires particulièrement certains Etats voisins pour éliminer tout malentendu susceptible d’occasionner une alliance objective avec ces inciviques». C’est dans ce cadre que le vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale a pris son bâton de pèlerin en vue «rencontrer les partenaires et voisins qui collaborent avec le gouvernement. Les amener à identifier «Ce que les uns et les autres doivent faire», a confié Lambert Mende.

La main tendue de Kigali rentrerait-elle dans ce sens ? Nul ne le sait. Sauf qu’à Kinshasa, le rapprochement entre Kigali et Kinshasa sur le dossier du Kivu a été classé «secret défense». Comme avec le CNDP en 2009, c’est de Kigali que pourrait encore venir la solution à la guerre du Kivu. Malheureusement pour la RDC, en empruntant la voie tracée par Kigali, Kinshasa en sortira une fois de plus très affaibli. Pour autant que Kigali gagnerait des galons de plus en se positionnant durablement dans la sous-région des Grands Lacs, d’un côté. De l’autre, c’est le pouvoir à Kigali qui se retrouverait ragaillardi en se débarrassant de la population hutu, hostile au régime de Paul Kagame. Kinshasa passerait donc pour le dépotoir du Rwanda en accueillant le trop-plein de sa population indésirable.

16 ans après la guerre de libération menée par les troupes de l’AFDL et 18 ans après le génocide rwandais qui a vu la RDC (Zaïre à l’époque) accueillir un nombre important de réfugiés rwandais, la RDC doit recadrer sa politique dans l’Est en définissant clairement des priorités et des moyens à mettre en œuvre pour y arriver. A défaut d’une véritable stratégie de sortie de crise, Kinshasa aura du mal à se débarrasser de la pieuvre de l’Est.

[Le Potentiel]