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RDC : Agenda caché de la communauté internationale

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Selon des observateurs avertis, tout se passe comme si l’on refuse que la République Démocratique du Congo sorte de l’ornière. Qu’elle ne dispose pas du tout d’une véritable armée nationale et républicaine. Qu’il existerait bel et bien un agenda caché de la communauté internationale pour maintenir ce pays dans un état d’instabilité chronique avant de le balkaniser.

Mouvements de déplacement des troupes ex-CNDP à Masisi et à Rutshuru. Démonstration de force à Goma par les mêmes éléments. Panique au sein de la population. Ensuite, le calme serait revenu, dit-on. Mais, c’était largement suffisant pour qu’on s’interroge sur la restructuration de l’Armée. Dix ans après la signature des accords de Sun City, où en est-on ?....

Lundi 2 avril 2012, des informations en provenance du Nord-Kivu, captées à Kinshasa, font état de la défection des éléments de l’ex-CNDP, plus particulièrement ceux stationnés dans le Masisi, à Rutshuru. Presque au même moment, les habitants de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, ont été surpris par cette démonstration de force, toujours des éléments de l’ex-mouvement armé CNDP. Lourdement armés, circulant à bord des véhicules, ils ont paradé avant de se retirer.

Renseignements pris, cette parade des «Bosco’s boys» était consécutive à des rumeurs d’arrestation du général Bosco Ntaganda, à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale, CPI. Une démonstration de force qui n’était tout simplement qu’un message, une fois la menace mise à exécution, la région sera transformée en un champ de bataille.

Autre rumeur pour confirmer qu’il s’est passé effectivement quelque chose à Goma et dans le territoire de Rutshuru, c’est la déclaration du général de l’opération «Amani Leo». Il a affirmé que le calme est revenu après une «certaine agitation, et que la situation est sous contrôle». Le nœud du problème serait le paiement de la solde.

Presque au même moment, l’ombre de Mutebusi réapparaissait à Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu. Certains de ses hommes circulaient dans les rues de la ville. Autre inquiétude en plus d’une coïncidence frappante. A quoi riment tous ces mouvements et cette agitation ? Se préparerait-il quelque chose de troublant dans les deux Kivu ? Ce qui confirmerait l’existence de certaines alliances militaires dans la partie Est du pays. Interrogations donc pertinentes qui attendent des réponses exactes pour rassurer la population.

En effet, devant cette situation sécuritaire de plus en plus préoccupante, avec des tueries au quotidien, la reprise du poil de la bête par les forces négatives, le déplacement des personnes qui atteignent désormais plus de 1 800 000 déplacés, ces rumeurs et ces agitations ne font qu’accroître des incertitudes. Bien pire, elles renforcent une situation d’inquiétudes dans la région en vue de déstabiliser les institutions de tous les pays de la Région des Grands Lacs.

MIXAGE, BRASSAGE : UN GROS ECHEC

En attendant que l’on soit fixé sur le plan politique, cette «parade des Bosco’s boys» remet sur le tapis la question cruciale et de haute priorité portant sur la restructuration de l’Armée, des Forces armées de la République démocratique du Congo, FARDC. En effet, à Sun City, les participants au Dialogue inter congolais avaient souligné l’importance de cette question. Une résolution avait été prise pour qu’elle soit priorité des priorités, et le bénéficie de l’urgence devrait lui être accordée. Ainsi, la mise en place d’une véritable armée nationale, qui devra jouer son rôle républicain, demeure le socle des institutions nationales et préserve les attributs de la souveraineté nationale, ne devrait souffrir d’aucune tergiversation politique.

Mais pour des raisons encore inavouées jusqu’ ici, l’échelle des priorités et des valeurs a été renversée. La restructuration de l’Armée reléguée en seconde position pendant que le partage équilibré de pouvoirs pour des privilèges du pouvoir passait au premier plan.

Bien plus, l’on s’est précipité à présenter des recettes indigestes dans cette perspective de mettre en place une armée nationale. D’où, le brassage et ensuite le mixage. Deux approches mal conçues, mal appliquées tant il existait des agendas cachés. Des véritables fourre-tout où l’on a fait sortir un menu invraisemblable, caractérisé par des distributions à la sauvette des «grades », sans critère. Le seul qui vaille, c’est d’être là, avec un fusil ou une grenade en main, peu importe que l’on soit milicien, rebelle, ancien des FAC. Tous ont été enrôlés mais pas du tout intégrés. Les anciens belligérants ont gardé intacts leurs groupes armés, refusant même qu’ils soient permutés.

Le résultat est là : la RDC ne dispose pas encore d’une véritable armée nationale. Le mixage et le brassage ont effectivement échoué ; Un gros échec qui ramène la RDC à la case départ. La preuve : cette démonstration de force des « Bosco boy’s », une « armée dans une armée». Aucune sanction disciplinaire ne sera prise contre eux. Auparavant, un mouvement semblable avait été constaté en Ituri. L’on a réglé l’incident sans en mesurer les conséquences que l’armée est un corps et la règle fondatrice d’une armée persuasive est la discipline.

AGENDA CACHE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

Selon des observateurs avertis, tout se passe comme si l’on refuse que la RDC sorte de l’ornière. Qu’elle ne dispose pas du tout d’une véritable armée nationale et républicaine. Qu’il existerait bel et bien un agenda caché de la communauté internationale pour maintenir ce pays dans un état d’instabilité chronique avant de le balkaniser.

Il ne s’agit pas ici d’une attitude narcissique. Mais le brassage et le mixage sont une recette importée, soutenue par la Monuc, aujourd’hui Monusco qui représente la communauté internationale. Alors que nulle part au monde, on a construit une armée nationale sur l’existence des mouvements armés rebelles, l’on a imposé ce schéma aux Congolais. Dix ans après, l’on n’est nulle part : pas d’armée nationale pour soutenir le processus politique. Conséquence : la restauration d’un Etat classique est une illusion. Sans armée nationale et dissuasive, il n y a pas d’Etat. Sans Etat, il ne peut y avoir des institutions fortes, moins encore envisager l’émergence d’un Etat de droit ou d’un quelconque développement durable. Telle est la situation catastrophique de la RDC, dix ans après Sun City, qui continue à naviguer à vue, dans le brouillard.

Il est vrai que la classe politique congolaise a une grande part de responsabilité. Elle accuse de graves insuffisances politiques et morales ; ne fait preuve d’aucune volonté politique pour prendre des mesures courageuses ; ne maîtrise pas de véritables enjeux nationaux, régionaux et internationaux, préférant la plupart de temps verser dans la politique politicienne.

En ces instants cruciaux de la vie politique congolaise, les regards devraient être tournés vers les institutions nationales. Mais l’image que renvoient les élections du 28 novembre 2011 n’est guère rassurante. Tout se passe encore comme si la RDC était un «pays des inconscients», incapable d’un sursaut d’honneur. Sinon, comment expliquer que dix ans après Sun City, le Congo revienne à la case départ ?....

[Le Potentiel]