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Le numérique, une priorité en RDC

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De quelle manière va se traduire la priorité du numérique en RDC ? Ainsi, il faut considérer avec grand intérêt la dernière déclaration du Premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Augustin Matata Ponyo, de faire du numérique une priorité au pays. De même, il est intéressant de voir que des hommes et des femmes politiques congolais se soient instruits, dernièrement à Kinshasa, sur l’importance du numérique dans la gestion de leur carrière politique. Voilà des signes qui traduisent bien l’intérêt que les autorités politiques de Kinshasa accordent au numérique. Et il reste à voir, dans la pratique, de quelle manière va se traduire cette priorité sur le sol congolais. Les citoyens congolais vont-ils continuer à rester de simples utilisateurs, et donc de simples consommateurs d’une technologie dont les produits sont importés de l’extérieur ? Ou, au contraire, vont-ils se muer en créateurs et industriels, en se dotant de structures leur permettant de s’approprier le numérique dont certains produits devront être fabriqués sur place au Congo-Kinshasa ?

Lancé à grande échelle il y a une trentaine d’années, le numérique a transformé notre façon de vivre et de communiquer. Il s’est surtout imposé en tant que secteur-clé dans la transformation du monde sur plusieurs plans (technologique, économique, culturel). C’est le pétrole du 21ème siècle.

Il suffit, pour s’en convaincre, de voir ce que pèsent aujourd’hui les entreprises du numérique comme Microsoft, Google, Yahoo, Facebook, Apple, Nokia, Samsung, Amazon, etc.

Elles sont cotées en centaines de milliards de dollars en bourse, au point de dépasser, en quelques années seulement, en chiffres d’affaires, les géants industriels du pétrole, de l’automobile et de l’aéronautique qui ont, à leur tour, dominé le 20ème siècle, tels que Shell, Erickson, Texaco, Total, Boeing, Mercedes, Volkswagen, Général Motors, Toyota, Renault, etc.

Une nouvelle façon de vivre

Aujourd’hui, les géants du numérique scintillent par leur marque et leur savoir-faire, s’invitant dans toutes les entreprises et dans les foyers des milliards d’utilisateurs qui, à travers le monde, surfent sur toutes sortes de terminaux numériques.

Qui n’utilise pas un portable pour téléphoner ou pour envoyer un texto ? Qui ne se sert pas d’un ordinateur, voire d’une tablette pour apprécier un clip ou envoyer un e-mail ou autre message illustré sur Facebook ? Et ce n’est pas tout : d’autres innovations sont en attente.

On comprend, dès lors, le succès de ces entreprises du numérique qui sont toutes devenues milliardaires. Parmi celles-ci, il y en a qui fabriquent toute cette panoplie de terminaux et d’autres qui détiennent et gèrent toutes les données numériques (textes, sons et images) qui circulent à travers le monde.

Avec le numérique, est donc née une nouvelle façon de vivre, de travailler et de voir le monde. Et c’est en cela que le numérique est une révolution.

Par son impact sur la société, le numérique fait penser à l’imprimerie née au 15ème siècle, grâce à l’Allemand Gutenberg qui, en 1448 à Mayence, en Allemagne, imprima son premier texte. L’Europe connut à partir de cette invention un véritable bouleversement intellectuel par sa capacité à transmettre le savoir à travers des textes et des livres imprimés.

Ainsi, l’imprimerie permit-elle, dès le 16ème siècle, aux universités européennes, creuset du savoir, de se développer plus vite au détriment du monde arabe, et notamment de Bagdad qui, pourtant, hébergeait déjà à l’époque des éminents érudits en mathématiques (Al-Khwarismi, Abu Kamil …), en trigonométrie (Abu nar Mansur, Al Battani …) et en astronomie (Al-Batani, Abou-Wefa …). Ces derniers furent, de loin, plus calés que leurs collègues européens.

Parce que le monde arabe n’avait pas adopté l’imprimerie à cause de son refus de toute figuration interdite par des principes religieux de l’Islam, l’Europe finit par prendre le dessus sur Bagdad et sur le monde arabe en matière de sciences.

Comme ce fut le cas pour l’imprimerie au 16ème siècle, ceux qui auront fait le choix du numérique prendront, sans aucun doute, de l’avance sur ceux qui ne l’auront pas adopté.

De quelle manière va se traduire la priorité du numérique en RDC ?

Ainsi, il faut considérer avec grand intérêt la dernière déclaration du Premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Augustin Matata Ponyo, de faire du numérique une priorité au pays.

De même, il est intéressant de voir que des hommes et des femmes politiques congolais se soient instruits, dernièrement à Kinshasa, sur l’importance du numérique dans la gestion de leur carrière politique.

Voilà des signes qui traduisent bien l’intérêt que les autorités politiques de Kinshasa accordent au numérique. Et il reste à voir, dans la pratique, de quelle manière va se traduire cette priorité sur le sol congolais.

Les citoyens congolais vont-ils continuer à rester de simples utilisateurs, et donc de simples consommateurs d’une technologie dont les produits sont importés de l’extérieur ? Ou, au contraire, vont-ils se muer en créateurs et industriels, en se dotant de structures leur permettant de s’approprier le numérique dont certains produits devront être fabriqués sur place au Congo-Kinshasa ?

Il serait bien souhaitable que la RDC opte pour la seconde solution, puisqu’elle en a les possibilités. Il suffit que les responsables politiques le veuillent, en s’en donnant les moyens.

En effet, pays minier pourvu de minerais de toutes sortes, la RDC dispose d’un bon nombre de matières nécessaires à la fabrication de produits numériques. Quant aux compétences, elles existent sur place, sinon alors il faut les trouver sur le continent africain. Il suffit de frapper à la bonne porte.

Les Congolais devront surtout savoir qu’ils construiront seuls leur pays, et non en comptant toujours sur les autres. Ainsi, ils doivent apprendre à se faire confiance entre eux, en mettant leurs ingénieurs et leurs cadres formés en première ligne pour répondre aux questions suivantes :

- Est-il normal que, pour  réaliser la vitrine numérique officielle de la RDC, on ait eu recours à des professionnels de l’ancienne Métropole qu’est la Belgique ?

 - Pour la deuxième question concernant le code international 243, je préfère cette formulation:

-Est-il normal que la RDC, à travers sa société nationale des  télécommunications (SCPT), ait des difficultés à contenir la fraude autour de son code international 243 et dont le manque à gagner fait perdre au pays 12 millions de dollars américains chaque mois ?

- Que font donc les ingénieurs et experts congolais en TIC pour arrêter cette escroquerie?

- Le Congo-Kinshasa serait-il vraiment dépourvu spécialistes capables de réaliser un tel travail ?

- Où se trouvaient donc les ingénieurs et experts congolais en TIC tout au long de cette opération de numérisation ?

- Est-il normal que, parmi les sociétés de téléphone opérant sur le territoire national, on ne dénombre aucun opérateur congolais, comme si devenir opérateur téléphonique était hors de portée des Congolais ?

Savoir frapper à la bonne porte

Dans ce monde où communiquer est devenu un mode de vie, toutes les activités économiques sont de plus en plus touchées par le numérique.

Aussi, ce secteur devient-il stratégique par son importance. C’est un secteur pourvoyeur d’emplois, et en plus, rémunérateur, très rentable.

Ceci suffit à expliquer pourquoi les autorités congolaises doivent s’intéresser de près au numérique, en veillant sur son déploiement et sur son fonctionnement pour ne pas laisser les autres profiter d’un secteur en pleine expansion.

Quant au développement proprement dit du numérique, son déploiement devrait se faire par étapes, en équipant d’abord des sites locaux, choisis par-ci par-là à travers le pays, en fonction de leur importance dans la société congolaise : des centres administratifs, des écoles, des universités, des hôpitaux, des industries, des villes, etc.

Tous ces sites équipés pourraient aussi former des réseaux locaux qui échangeraient des données entre eux en intranet.

De réseaux locaux, on passerait aux réseaux sous-régionaux, puis régionaux, ensuite provinciaux, pour finir par former un réseau national qui pourrait, lui-même, s’arrimer à un grand réseau panafricain, si tous les pays du continent décident de se connecter entre eux.

De cette manière, l’Afrique disposerait de sa propre banque de données sans être obligée de passer par des banques occidentales. A volonté, le Congo pourrait aussi disposer de sa propre banque de données qu’il pourrait gérer selon ses besoins.

 Quant à la technologie pour réussir cette réalisation, il suffira de frapper à la bonne porte.

Toute technologie, après tout, est à la disposition de toutes les nations. Il suffit de vouloir se l’approprier, même dans les domaines dits pointus, pourvu qu’on ait la volonté politique de promouvoir la formation, l’innovation, la créativité, la recherche et le développement.

En termes imagés, il faut considérer toute technologie comme un livre rangé dans une bibliothèque bien achalandée. Pour s’en approprier, il suffit de la choisir en fonction de ses besoins, comme on choisit un bon roman dans une bibliothèque.

Vouloir doter la RDC du numérique est un choix louable, et les Congolais ont raison de s’y atteler pour ne pas laisser aux seules nations nanties l’exploitation de ce qui est déjà appelé à juste titre le « pétrole du 21ème siècle ».  

[Duma di Bula]