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RDC : Le développement n’est pas une baguette magique

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L'émission « International » de TV5Monde-RFI-Le Monde, a reçu Augustin Matata Ponyo, Premier ministre de la République démocratique du Congo. La situation politique de la RDC, ses relations avec ses voisins, ses réformes économiques ambitieuses propices à la confiance des investisseurs internationaux, la visite du président Kabila à Paris, la Semaine française, le Gouvernement de cohésion nationale, la diplomatie, tout a été passé au peigne fin. Interview de  Sophie Malibeaux (RFI) et de Philippe Dessaint (TV5 Monde).

Extraits.

Philippe Dessaint (TV5 Monde)… Aujourd’hui nous nous trouvons en République démocratique du Congo à Kinshasa, l’ancien Zaïre, l’ancienne colonie belge. Nous allons parler beaucoup d’économie à l’occasion notamment de la Semaine française. C’est la diplomatie économique avec Paris. Nous allons parler bien évidement de la situation de la RDC par rapport à ses voisins Congo/Brazzaville et tout l’Est du pays qui reste relativement instable. Nous parlerons  également de l’avenir politique de la RDC, de son Premier ministre, de son Président Joseph Kabila. Bref beaucoup de questions à poser avec Sophie Malibaut de Radio France Internationale. Et notre Invité aujourd’hui c’est le Premier Ministre de la RDC, Matata Ponyo Mapon. Merci de nous recevoir. Parmi toutes ces questions, il y a une que l’on peut-être évoquer. Nous sommes dans un géant de l’Afrique. Faut-il le rappeler : le 2/3 pratiquement de la surface de l’Union européenne, quatre fois la France ; un géant : 75 millions d’habitants. Une croissance qui va bien. Une croissance de quelque 8%. Il y a une recette de la RDC en matière économique ?

Matata Ponyo : Merci de cette interview, merci aussi de la question qui replace un peu la République démocratique du Congo au centre des questions économiques et africaines. Du point de vue macroéconomique, la République démocratique du Congo va bien. Ceci sur base du thermomètre économique internationalement reconnu. Nous avons le taux d’inflation qui est l’un des plus bas du continent, 1%, pratiquement l’un des plus bas de l’Afrique subsaharienne. Nous avons réalisé un taux de croissance économique de 8,5 l’année passée et supérieure en tout cas à la moyenne qui navigue autour de 4%. Et nous escompterons faire un taux de croissance l’année prochaine de plus au moins 9,5%. Par rapport à ces agrégats macroéconomiques, nous pouvons dire que la RDC se réveille. D’autant plus que ces indicateurs macroéconomiques performants ne datent pas de l’année 2013. C’est pratiquement depuis quatre ans que nous pulvérisons ces records. Et vous comprenez très bien que le taux de croissance élevé veut dire la création des richesses. Cela veut dire qu’on fait reculer le mur de la pauvreté.

Sofie Malibaux (RFI) : Alors justement les indicateurs sont bons mais les indicateurs macroéconomiques comme vous dites inflation, il y a tout de même, il y a toujours un problème du côté du taux de pauvreté et des retombées de la croissance pour la population. Qu’est ce que vous faites pour qu’au aujourd’hui la population ressente ces améliorations de vos fondamentaux économiques ? Pour que les gens concrètement le ressentent dans la vie quotidienne ?

Matata Ponyo : Je crois madame, il ne faut pas tomber dans le piège des analyses simplistes de ceux qui voient toujours du rouge alors qu’il y a du jaune, qui voient du rouge alors qu’il y a du vert. Vous savez quand je dis un taux de croissance 9,5%, un taux de croissance de 8,5% économiquement cela veut dire création des richesses. Lorsqu’il y a près de 40.000 emplois qui sont crées, pouvez-nous dire qu’on n’a pas amélioré les conditions de vie de la population ? Parce que 40.000 personnes c’est quand même des personnes qui ont vu leur niveau de vie s’améliorer.

Philippe Dessaint : C’est peut-être la question de la consœur est celle là, c'est-à-dire qu’effectivement ça se développe, ça va mieux tout en constatant que c’est un pays extrêmement riche avec une population encore extrêmement pauvre, avec 2/3 de la population qui vit en dessous de seuil de la pauvreté ?

Matata Ponyo : Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je vais vous donner un exemple. Vous êtes dans un trou à 100 mètres. Vous avez de l’obscurité. Vous remontez, on vous repêche, vous êtes dans un trou de 50 mètres. Mais vous n’êtes plus à moins 100. Vous êtes à moins 50. Ça va mieux. Il ne faut pas attendre la magie dans la croissance. Le développement n’est pas une baguette magique. C’est un processus. Et ce processus se réalise. Quand on créée de l’emploi, cela veut  dire qu’on amène plus, en tout cas, de prospérité, même si c’est encore limitée. Lorsqu’on aménage des hôpitaux, lorsqu’on aménage des écoles, lorsqu’on crée des routes, je pense que c’est un processus. 

Sofie Malibaux (RFI) : Manifestement, les investisseurs par exemple attendent des efforts du point de vue de la formation de la main d’œuvre.

Matata Ponyo : Mais nous y travaillons justement quand on vous parle de la formation, c’est aussi la formation professionnelle qui consiste effectivement à améliorer la profession intellectuelle dans les filières qui sont celles par exemple de la maçonnerie, de la charpenterie, ainsi de suite, c'est-à-dire, des métiers qui ont manqué pendant cette période de crise. Mais nous sommes entrain de revenir rapidement sur ces métiers-là.

Philippe Dessaint : Pour le développement de cette économie, certains dans cette semaine française ont besoin des investisseurs internationaux. Ils disent qu’il n’ya pas une grande sécurité fiscale et juridique ; que la législation et taxes, c’est un peu flou ; que c’est un peu compliqué, qu’il y a des éléments de corruption. Alors, qu’est que vous pouvez faire pour les rassurer ?

Matata Ponyo : Il y a beaucoup de choses que nous avons déjà faites. Et nous continuons à le faire. De l’avis des spécialistes, la RDC est en tout cas sur la bonne voie. Je vais vous citer quelques exemples. Nous avons procédé à la création d’un Guichet unique qui a pour mission de faciliter l’implantation des entreprises dans notre pays. Avant la création de ce Guichet, il fallait plus au moins 155 jours pour créer une entreprise, c’est un parcours du combattant. Aujourd’hui, dans trois jours, vous créez votre entreprise. Il fallait 13 procédures pour pouvoir créer son entreprise, aujourd’hui c’est deux ou trois procédures qui se font en trois jours. Il fallait débourser près de 3.500 dollars américains, mais aujourd’hui c’est moins de 200 dollars. Et en moins d’une année, il y a eu 4.000 entreprises qui ont été créées. Ce Guichet unique de création d’entreprise en secondé par un autre au niveau du commerce frontalier…

A suivre…