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Arnaque en RDC : Carte SIM à 50 USD

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Une carte SIM à 50 USD en RD Congo est la proposition miracle faite à la Commission Economique, Financière et Reconstruction du gouvernement. Objectif : combattre les SIM box et renflouer le Trésor public. Or en réalité, il s’agit d’une arnaque sous des allures angéliques. Pire, la démarche s’apparente à une volonté manifeste de mettre du feu dans les télécoms avant d’atteindre les poudres !

Qui sera gagnant dans une opération de vente des cartes SIM au prix exorbitant de 50 USD ? Ni le Trésor public, ni la population, encore moins les opérateurs des télécoms. Pourquoi ? Parce que l’initiative tend à creuser un trou qui engloutirait tout le monde. Aucun dividende à tirer, en tout cas.

Aux termes du document soutenu récemment à la commission économique, financière et reconstruction (ECOFIRE) du gouvernement sur  la taxation des cartes SIM, il ressort cette prétention du ministère de tutelle de vouloir, dans la mesure du possible, maîtriser le flux des cartes SIM qui sont vendues voire distribuées gratuitement sur le marché. Malheureusement, la réflexion reste fragile en lien avec la volonté de remplir  réellement les caisses de l’Etat.

Des revenus innovants dans le secteur des télécoms ne viendraient pas nécessairement par cette voie ! Il existe une panoplie d’autres leviers de revenus qui sont volontairement ou involontairement oubliés. En effet, il aurait été souhaitable qu’une vision cohérente et une stratégie de politique générale sur le marché des télécoms soit proposée au gouvernement. 

UNE CARTE SIM A 50 USD : UNE ARNAQUE

Ce qui circule dans les couloirs de l’ECOFIRE ressemble à un amas de mesures cousues-main. Une SIM à 50 USD en RDC ? Il faudrait s’interroger sur les intentions réelles de l’initiateur. Comment a-t-on pu envisager pareille projection dans un pays où le taux de pénétration du mobile dans la population ne serait que de 30% ? Comparés aux pays de la région comme le Congo Brazzaville, avec un taux qui est le double de la RDC et le Gabon qui aligne le triple, la justesse de l’initiative du ministère des PTNTIC interpelle. D’aucuns pourraient le créditer de bonne foi, mais la science sur le marché des télécommunications n’est pas maîtrisée.

Comment peut-on espérer booster les marges bénéficiaires des opérateurs en basant ses projections sur la taxation des cartes SIM ?  Au contraire ! L’acquisition d’un client par une carte SIM est un coût pour l’opérateur. En fait, vendre une carte SIM à valeur CIF de 4 USD à 500 Fc  est un coût financé par l’opérateur à plus de 3 USD. Cette action devient rentable dès que le nouveau client est fidélisé. Il consomme et demeure longtemps sur le réseau. Ce qui a pour effet de créer une marge bénéficiaire pour l’opérateur. 

En outre, la marge des opérateurs n’est constituée que de deux provenances : les nouveaux clients qui augmentent le revenu et indirectement, la marge en cas de fidélisation rentable et l’augmentation de la consommation  d’anciens clients. C’est qu’une augmentation agressive de l’accès à la SIM va freiner les acquisitions et créer, à coup sûr, une difficulté réelle de rentabilité et d’amortissements des investissements.

Illustration. Que faire d’une antenne placée dans un village dans le fin-fond du pays et dont l’accès est conditionné par l’achat d’une SIM à 50 USD ? Aucun opérateur n’envisagera un plan de couverture des zones rurales enclavées avec un accès au réseau aussi prohibitif. Ce qui démontre la portée de la réflexion limitée aux frontières de seuls centres urbains. Or la loi sera appelée à une application plus étendue jusqu’à Aru, Kasumbalesa, Masimanimba, Bolomba, Kabeya Kamuanga, N’Kamba, Kiroshe… Conséquence : les structures des coûts des opérateurs respectant les règles de couverture édictées par leurs licences seraient pénalisées au même titre que les petites villes et villages des provinces au pouvoir d’achat rédhibitoire dans un pays à moins d’1 USD/jour de PIB par habitant.

En conséquence, la recette miracle du ministère des PTNTIC est une démarche qui rame à contre courant du fait que l’inévitable baisse des flux impactera négativement sur les recettes.

PRIX PLANCHER, LES INSTRUCTIONS DE MATATA PONYO

Par ailleurs, la politique du prix plancher minimum, appliqué avec rigueur aurait évité d’engorger les réseaux et occasionner la baisse conséquente des recettes de l’Etat. C’est là le vrai problème ! En outre, le refus ou la résistance de défragmenter les fréquences conformément au nouveau plan de fréquence pour la 2 et 3G proposé par l’ARPTC, afin de donner une capacité équitable à tous les opérateurs, a réellement entamé la qualité des appels.

TAXATION POUR LUTTER CONTRE LES SIM BOX, UNE UTOPIE

Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo s’est déjà prononcé sur la question. Il ne reste plus que l’application. Pourquoi les choses tardent-elles ? Nul ne le sait !

Cette démarche de la taxation à 50 USD de la carte SIM n’est pas abordée par le bon bout. Elle apporte la preuve que l’approche est superficielle dans sa conception. Néanmoins, en admettant logiquement que donner de la valeur à la carte SIM, qui se ramasse contre rien pourrait être une voie de sortie pour un assainissement progressif du marché et moins comme un levier fiscal sûr.

La réglementation sur l’identification pourrait dans une certaine mesure bénéficier de cette action comme mesure d’accompagnement. A ce propos, les scénarii sont à étudier et à étayer sur base d’éléments comptables précis.

D’autres approches peuvent être également mises à contribution comme l’audit des processus internes d’identification des clients des opérateurs en établissant des normes ou standards à respecter comme cela se passe avec les banques. De la sorte, les opérateurs sont obligés d’acquérir des outils logiciels de gestion de la relation client en support à une procédure proche de celle utilisée par les banques.

Il est vrai que les opérateurs rechignent à investir dans ces outils et ne peuvent gérer que partiellement les clients avec des outils et des procédures non optimisés. Mais que fait le régulateur ? Que fait le ministère? Mystère !

CASSER LES RURAUX AU BENEFICE DES CITADINS

Dans l’argumentaire présenté à l’ECOFIRE du gouvernement, à savoir que la carte SIM est vendue à 50 aux USA et à Singapour, il s’avère que tout est faux. Ces deux pays ont plutôt une politique de valorisation de la carte SIM avec un minimum d’unités payantes pré-chargées.

Il est également contreproductif de croire que la lutte contre l’usage des SIM Box par une taxation exorbitante produirait des effets positifs massifs. Que non ! Les fraudes sur les SIM box ne touchent que 9% du trafic total. En augmentant le prix d’acquisition de la carte SIM, cela revient à pénaliser 91% du marché. Ce qui est une gageure! Là aussi, la conséquence est simple. Les projections de  50 millions USD additionnels au budget de la République ne sont pas envisageables. Le manque à gagner risque d’être énorme au point de rendre les communications difficiles et chères.

C’est quasiment un retour à l’époque où Télécel dictait sa loi, faisant payer 10 USD la minute de communication. Le téléphone au lieu d’être un service pour le plus grand nombre, il deviendra un luxe comme pendant la deuxième République. Cette fois-ci, l’on tente d’appliquer cette politique anti-peuple sur les cartes SIM. Les 22 millions de connexions actuelles  seraient ainsi des privilégiés citadins.

Pendant ce temps, les ruraux vers qui les opérateurs tentent de se tourner ne pourront en aucun cas payer rubis sur oncle 50 USD pour une simple carte SIM. La contraction qui se profile à l’horizon risque de sonner le glas pour le deuxième secteur porteur des recettes au Trésor public. Et ce serait le saut dans le néant.

Vu sous cet angle, l’on se croirait dans un show d’un télévangéliste qui promet monts et merveilles à des téléspectateurs crédules et médusés. La démarche des PTNTIC devrait être étouffée dans l’œuf avant qu’elle ne vienne embraser la RDC toute entière.

Dans le cas contraire, l’Ecofin aura vomi du feu en embouchant le « fire ».