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La Banque mondiale défend le projet de centrale hydroélectrique en RDC

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Dr Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale vient de défendre, mardi 1er avril 2014 à Washington DC, le projet de construction du barrage hydroélectrique Inga III en République Démocratique du Congo pour réduire le nombre de personnes privées d’électricité en Afrique. Le continent africain est victime d’« une forme d’apartheid énergétique » qui prive ses habitants de l’accès généralisé à l’électricité dont jouissent les pays du Nord, a-t-il regretté.

« Aujourd’hui, la consommation d’énergie du milliard de personnes vivant sur l’ensemble du continent africain équivaut à ce que la Belgique offre à ses 11 millions d’habitants », a déclaré Jim Yong Kim cité par l’AFP. « C’est une forme d’apartheid énergétique », a-t-il affirmé.

Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2013, 1,2 milliard d’individus vivent sans électricité dans le monde. Un tiers d’entre eux sont concentrés dans vingt pays asiatiques et africains. En République Démocratique du Congo, seuls 9% des habitants ont accès à l’énergie électrique.

Afin de tenter de réduire ce fossé, M. Kim a défendu ce vaste projet de centrale hydroélectrique pour lequel la Banque mondiale vient de débloquer une aide de 73 millions de dollars. Son coût total est évalué à environ 12 milliards de dollars.

Baptisé Inga 3, ce site pourrait contribuer à faire naître « la plus grande centrale hydroélectrique au monde » d’une capacité totale de 40 gigawatts, a fait savoir le président de la Banque mondiale.

« Ce serait l’équivalent de la moitié de la capacité de production de l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne aujourd’hui », a assuré le dirigeant. Il a ajouté qu’il permettra d’éviter l’émission de 8 milliards de tonnes de carbone sur 30 ans qu’un projet similaire au charbon aurait provoqué.

Au sujet des inquiétudes de l’impact environnemental négatif de ce projet et les déplacements des populations environnantes qu’il provoquera, Jim Yong Kim a assuré qu’ils seraient «relativement faibles».

«Il n’y a aucun doute sur le fait que cela va être difficile (…) Il y a beaucoup d’instabilité dans la région», a toutefois souligné M. Kim ajoute la dépêche de l’AFP datée de mardi 1er avril.

73 millions déjà débloqués

Déterminée à accompagner la RDC dans la mise œuvre de ce projet, la Banque mondiale a validé, le 20 mars dernier, un don de 73,1 millions de dollars destiné à financer un projet d’assistance technique en vue de la construction du futur barrage hydroélectrique d’Inga III. 

Le directeur des opérations de cette institution financière en RDC, Eustache Ouayoro a précisé que cet argent n’allait pas directement servir à construire ce barrage mais plutôt à créer les conditions de cette construction. Pour lui, l’importance des sommes que va exiger la construction d’Inga III va nécessiter un partenariat public-privé.

« Il faut faire en sorte que la RDC soit dans les meilleures conditions possibles pour négocier ce partenariat, faire en sorte que le site extraordinaire que constitue Inga puisse bénéficier à la RDC », a expliqué Eustache Ouayoro.

Le directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC a affirmé que le projet Inga III serait bénéfique pour la RDC qui enregistre les chiffres d’accès à l’électricité les plus bas en Afrique.

Seules 9 % de la population ont accès à l’électricité en RDC alors que la moyenne en Afrique est de 31 %. « Le site d’Inga est le plus puissant du monde pour produire l’électricité. C’est deux fois la puissance de Trois gorges en Chine qui est le plus grand barrage hydroélectrique au monde. Inga, c’est vraiment l’électricité la moins chère qu’on puisse trouver en Afrique », a fait savoir Eustache Ouayoro.

Pour sa part, le Premier ministre de la RDC, Matata Ponyo Mapon, se réjouit de cette décision de la Banque mondiale. 

« C’est un signal très fort envoyé à l’ensemble de la communauté internationale. Cette décision conforte la RD Congo dans sa volonté de mener à bien ce projet primordial pour le pays et l’ensemble du continent », a assuré le chef du gouvernement congolais. 

Lancé il y a dix ans, Inga III doit permettre de produire 4 800 MW, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires de troisième génération, sur le site des chutes d’Inga, dans la province du Bas-Congo (sud-ouest du pays). À ce jour, la puissance électrique installée en RD Congo est de 2 500 MW. Les deux barrages mis en service dans les années 1970, Inga I et Inga II, en cours de réhabilitation, ont actuellement une production de 1 000 MW pour une capacité de 1 800 MW. Ce déficit énergétique constitue un frein au développement économique du pays tandis que 9 % seulement de la population congolaise a accès à l’électricité. 

Le coût total du projet est évalué à 12 milliards de dollars. Cela comprend la construction du barrage et de la centrale (11 turbines), les frais financiers et l’édification, en territoire congolais, de la ligne à haute tension reliant Inga III à l’Afrique du Sud, via Kolwezi dans la province du Katanga. Le début des travaux est prévu entre fin 2015 et début 2016. 

L’exploitation du site sera octroyée, sous forme de concession, à un consortium sélectionné sur appel d’offres. À ce jour, trois consortiums ont manifesté leur intérêt : China Three Gorges Corporation et Sinohydro (Chine) ; Daewoo et Posco (Corée) et SNC-Lavalin (Canada) ; Actividades de Construccion y Servicios (ACS) et Eurofinsa (Espagne).

L’on rappelle que le 30 octobre 2013, les Présidents congolais, le chef de l’État Joseph Kabila Kabange, et sud-africain, Jacob Zuma, ont signé un accord de partenariat dans lequel l’Afrique du Sud s’engage à acheter 2 500 MW produits par Inga III. Le reste de la production (2 300 MW) sera réservé au réseau congolais, exploité par la Société nationale d’électricité (SNEL), pour les populations (1 000 MW) et les opérateurs miniers (1 300 MW) dont la production est limitée par le manque d’énergie disponible.

 « Cet accord avec l’Afrique du Sud a sécurisé le projet et son financement », a expliqué le Premier ministre Matata Ponyo Mapon. « À présent, nous pouvons accélérer les discussions avec l’ensemble des partenaires techniques et financiers, publics et privés. Ce projet est tellement grand qu’il y a de la place pour tout le monde. »

Grâce au fleuve Congo, le deuxième au monde par son débit (40 000 m3/sec) après l’Amazone, la République Démocratique du Congo dispose d’un potentiel hydroélectrique unique en Afrique. Ses ressources hydroélectriques sont estimées à 100 000 mégawatts (MW), soit plus du tiers du potentiel africain. Près de la moitié de ces capacités de production énergétique est concentrée sur le seul site d’Inga (40 000 MW), à une trentaine de kilomètres de la ville portuaire de Matadi. 

Les chutes naturelles d’Inga et leur fort dénivelé permettent à ce site de produire une électricité très compétitive.

Contribuer à créer de nouvelles entreprises

Au cours d’une conférence-débat organisée à l’Université protestante du Congo à Kinshasa le vendredi dernier, le ministre congolais des Ressources hydrauliques et de l’Electricité a déclaré que la construction d’Inga allait contribuer à créer de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois, de nouvelles industries et la croissance.

Mais il a expliqué qu’il fallait trouver des capitaux pour construire ce barrage.

« Le projet lui-même, pour qu’il soit rentable, il faut des capitaux. Et ces capitaux, nous ne les avons pas sur le marché national. Il faut les emprunter, les prendre quelque part. Et il faudra les rembourser et rembourser le service de la dette de ces capitaux », a-t-il indiqué.

La riche hydrographie de la RDC lui confère un potentiel hydroélectrique estimé à 100 000 MW, soit 13 % du potentiel hydroélectrique mondial. La puissance installée totale est évaluée actuellement à 2 516 MW, soit 2,5 % du potentiel total pour une production moyenne possible de 14 500 GWh. La production effective n’est actuellement que de 6 000 à 7 000 GWh. 

L’hydroélectricité représente 96 % de la production d’électricité, les 4 % restants étant fourni par des centrales thermiques de faible puissance situées, pour la plupart, dans des zones isolées. Les barrages d’Inga, sur le fleuve Congo, sont la principale source de production d’énergie hydroélectrique. Cet ensemble comprend aujourd’hui deux centrales ayant une puissance totale de 1 775 MW : Inga I avec 6 groupes totalisant 351 MW, Inga II avec ses huit groupes totalisant 1 424 MW). Dans son état définitif, le complexe d’Inga fournirait plus de 25 % de la production mondiale d’énergie électrique d’origine hydraulique.

Depuis plusieurs années, le projet d’un Grand Inga a été envisagé, il s’agit d’un barrage qui utiliserait toute la puissance du fleuve Congo. Dans le cadre du Nepad, le site d’Inga a été retenu pour un projet d’interconnexion des réseaux sur toute l’Afrique et même l’Europe a été pensé19. 

Un autre projet, le Western Power Corridor (WESTCOR) sur le même site, cette fois-ci pour l’intégration sous-régionale de la zone de SADC pour la production et le transport de l’énergie électrique, existe. Selon des experts, ce projet pourrait générer USD 5 milliards chaque année –une fois complètement outillé - au tarif d’aujourd’hui. 

W.K.