Home | ÉCO / TECH | RDC : Le gouvernement exécute de manière cavalière le budget 2013 ?

RDC : Le gouvernement exécute de manière cavalière le budget 2013 ?

image

Entre l’Exécutif et l’autoritaire budgétaire, des harmonisations s’imposent dans l’exécution de la loi de finances 2013. Pour plus d’efficience, le gouvernement s’attelle à expliquer aux sous-gestionnaires des crédits et aux conseillers financiers des cabinets les stratégies de bonne exécution du budget en cours. En réalité, l’incapacité d’absorption tant décriée par les partenaires internationaux plombe la bonne exécution de la loi des finances 2013. Preuve : l’existence « des crédits orphelins ».

La procédure de déblocage budgétaire mise en place par l’Exécutif national lui vaut des boulets rouges de la part d’autres institutions et services publics. « Le gouvernement exécute de manière  cavalière le budget 2013 », entend-on un peu partout.

Cette préoccupation a fait l’objet d’une question écrite du député UNC Claudel-André Lubaya adressée au Premier ministre. Coïncidence de calendrier, quelques jours seulement après la publication du contenu de cette question écrite dans la presse, le vice-Premier ministre en charge du Budget a lancé les travaux de  vulgarisation de la loi de finances 2013 et de la circulaire contenant les instructions relatives à son exécution. La cible retenue est constituée des sous-gestionnaires des crédits et des conseillers financiers des cabinets des institutions de la République.

Un accent particulier est mis sur « la présentation analytique des dépenses et recommandations de la loi de finances 2013 » et surtout le « circuit standard d’exécution de la dépense publique ». Ces deux instruments, à en croire le gouvernement, participent du devoir de transparence qu’impose la gestion des finances de l’Etat.

Non seulement les députés, mais aussi tous les acteurs émargeant du budget de l’Etat ont tendance à croire que lorsque des lignes budgétaires sont inscrites et votées, le devoir de transparence disparait. Ce rappel a été fait par le vice-Premier ministre Mukoko Samba. Pour lui, « Sacré, l’argent public l’est aussi parce que les besoins sont toujours plus importants que les ressources, parce qu’il y a trop de détresses, de misères et de souffrances à soulager, parce qu’il y a trop d’inégalité à corriger et trop peu de moyens pour qu’un seul franc soit gaspillé, pour qu’un seul franc soit détourné ».

La situation sur le terrain est caractérisée par l’exigence faite au gouvernement de libérer les lignes budgétaires sans se soucier de leur pertinence. Les justificatifs ne sont pas souvent le fort des destinataires de certaines lignes budgétaires. A titre illustratif, l’on peut noter la difficulté à libérer celle relative au paiement de la bourse aux étudiants alors que le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire n’arrive pas à fournir la liste des bénéficiaires.

Il en est de même dans les secteurs de la Santé, du Transport, de l’Agriculture, notamment.  Les entités appelées à engager ces dépenses ne sont pas en mesure de produire des projets bancables. Ce qui pourrait justifier de la pertinence du déclenchement du mécanisme de déblocage des fonds, somme toute, disponibles.

Nombre de gestionnaires, sous-gestionnaires des crédits et autres conseillers des cabinets ministériels évitent de s’encombrer des procédures dans la gestion des finances publiques. Ils tombent sous le coup de l’absence de pertinence de la dépense à engager.

L’occasion était propice pour le vice-Premier ministre Mukoko de dévoiler les stratégies arrêtées pour faire de la dépense des fonds de l’Etat un acte de redistribution du revenu national. A ce sujet, il note que « Trop longtemps on a considéré dans notre pays  le gaspillage et le détournement de l’argent  public avec une certaine légèreté. Trop longtemps on a considéré que le manque de rigueur dans la gestion des deniers publics n’était pas si grave. Trop longtemps on a considéré que le propre de l’argent public était d’être dépensé sans compter ».

LA NORMALITE DE L’ETAT

Sous d’autres cieux, ce rappel n’aurait pas eu sa raison d’être. Les agitations n’auraient pas donné lieu à des chassés-croisés entre membres du gouvernement ou entre l’Exécutif et les autres institutions de la République. Tous ceux qui ont la responsabilité de gérer l’argent du Trésor public sont invités, particulièrement les sous-gestionnaires des crédits, les conseillers financiers des cabinets et autres à prendre conscience qu’ils peuvent faire du budget de la République un véritable outil de la démocratie et de la justice sociale à travers une redistribution équitable du revenu national à toutes les couches de la population. Par ce fait, ils participent à la matérialisation efficiente du programme gouvernemental, en se conformant aux procédures afin de ne dépenser que ce qui est utile et justifié.

Procéder autrement reviendrait à quitter la normalité, en offrant des opportunités aux « détourneurs » de se servir, sans sentir le devoir de rendre compte de l’usage fait de l’argent du Trésor public.

Vu sous cet angle, le  gouvernement Matata jette là les bases d’une gestion responsable et participative des finances de l’Etat. Ce qui a pour conséquence le déploiement des audits afin de certifier la bonne utilisation des affectations faites aux institutions étatiques.

C’est dans cette optique que le vice-Premier ministre vient de prendre à bras-le-corps l’épineuse question de la Révolution de la moralité : « Notre Etat a besoin d’une révolution intellectuelle et morale. La révolution intellectuelle pour moi, c’est celle de la certification qui oblige à la transparence et à la sincérité des comptes et celle de l’évaluation qui oblige chacun de nous à se soucier des conséquences de ce qu’il décide et des résultats de ce qu’il entreprend. C’est peut-être le moment de faire revenir, en chacun de nous, la peur de l’audit, la peur de l’auditeur ».

L’espoir des observateurs seraient que désormais, la reddition des comptes et leur certification par la Cour des comptes deviennent des réalités.

[Le Potentiel]