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Exploitation des forêts : Discrédit sur le gouvernement de la RDC

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Un  rapport de l'ONG britannique Global Witness  sur l'exploitation des forêts congolaises rendu public la semaine dernière fait couler beaucoup d'encre et de salive. Ce rapport  très médiatisé au niveau international a jeté le discrédit sur nos méthodes de gestion et notre gouvernance du secteur forêt. L'image du pays est  de nouveau écornée. En effet,  ce document très critique dénonce particulièrement  le pillage des forêts de la RDC. Il  est fait état d'une exploitation abusive de la forêt équatoriale par des entreprises  usant des permis de coupe de bois artisanale.  Ce rapport de Global Witness est intitulé: "L'art de l'exploitation industrielle au Congo : comment les compagnies forestières abusent des permis artisanaux pour piller les forêts de la République Démocratique du Congo". Globalement, l'ONG britannique a épinglé dix points illustrant, selon elle, l'exploitation illégale des forêts en RDC.

Entre autres, l'ONG  note  la violation de la disposition légale interdisant l'usage d'engins industriels lourds pour la coupe du bois artisanale. Global Withness soutient, entre autres,  avoir découvert que jusqu'à douze permis de coupe artisanale sont attribués par an à des compagnies forestières étrangères qui pénètrent dans les forêts munies d'équipements lourds tels que des bulldozers et des chargeuses. L'on peut s'interroger comment ces pratiques anormales n'ont pas suscité  l'attention du gouvernement, la vigilance de l'administration congolaise, des protestations des communautés locales de base et des plaidoyers des ONG locales du secteur forêt?

Mais, il faut  aussi dire que le rapport de l'ONG britannique n'est pas la seule sonnette d'alarme tirée dans ce secteur. Pour illustration, le président de la Fédération des Industriels du Bois (FIB) Gabriel Mola, pour ne pas le citer, avait dénoncé en août dernier  des abus de l'administration  congolaise à travers nos colonnes. Concrètement, il s'est insurgé notamment contre la présence  envahissante des étrangers dans l'exploitation  forestière artisanale à travers le pays. " L'activité forestière artisanale est réservée aux nationaux, que viennent y faire les Chinois, les Libanais et les Ouest-Africains ?  ". Le défenseur  des intérêts de la  corporation des industriels du bois  avait mis en cause les services de l'administration publique qui délivrent  anarchiquement des permis de coupe artisanale aux étrangers, alors que cette activité est réservée aux nationaux.

En marge d'un atelier sur les arbitrages des politiques sur la fiscalité forestière en août 2012 à Kinshasa, il  y a eu  des révélations sur les dégâts causés par l'exploitation informelle du bois dans notre pays. Ces activités illégales représentent  des quantités plus importantes que les productions du secteur formel. A titre indicatif,  en   juin 2012 il y a eu une vérification faite par la Société générale de Surveillance (SGS) dans le cadre du programme  de la légalité du bois grumes entreposées à Kinshasa. Il a été découvert la présence de 90 000 M 3 de bois illégal, soit près de la moitié du total des exportations par le corridor Kinshasa/Matadi. Ce chiffre en dit long  sur l'étendue des dégâts causés par des activités frauduleuses du secteur forestier.

Le rapport de l'ONG britannique et les  interventions  des acteurs nationaux  mettent en exergue la nécessité d'améliorer la gouvernance dans les industries extractives (forestière,  minière et pétrolière).  Par rapport au rapport de Golbal Witness,  il y a de quoi interpeller le ministère de l'Environnement,  conservation de la nature et Tourisme. Il est vrai que  des fonctionnaires de ce ministère prennent  beaucoup de libertés par rapport à l'application des textes réglementaires et  de la loi.

Intervenant sur  Radio Okapi, le  ministre de l'Environnement  a réagi au rapport de Global Witness. Il  n'a pas donné véritablement des assurances pour assainir ce secteur. Selon  lui,  ce rapport rejoint le constat fait par le gouvernement. Il ne dit  rien  sur   des sanctions  éventuelles  à prendre contre des fonctionnaires indélicats qui ont favorisé les pratiques inacceptables qui mettent en péril la forêt équatoriale congolaise. Moralité : le ministre doit s'organiser pour avoir l'œil partout et surtout redresser une situation sur le point d'échapper au contrôle de ses services.

Tant que des sanctions disciplinaires ou administratives ne seront pas prises pour faire régner l'ordre et  dissuader les fonctionnaires indélicats, les textes réglementaires et la loi seront toujours violées,  en toute impunité. Si rien n'est fait, comme d'habitude,  la RDC va continuer à faire encore la une de l'actualité sur la mauvaise gouvernance et la persistance de l'impunité. La balle se trouve dans le camp du gouvernement pour renverser la tendance, afin que la RDC redevienne un Etat de droit et un exemple en matière de gouvernance. A condition de le vouloir.

Didier Munsala Buakasa