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RDC : Le FMI doute de la volonté de Kinshasa de mettre de l’ordre dans le secteur minier

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En mission en RDC jusqu’au 21 juin, les experts du FMI scrutent le Programme économique du gouvernement. Le secteur minier risque de constituer, une fois de plus, le goulot d’étranglement pour la conclusion du Programme économique du gouvernement 2 (PEG 2). Son avenir serait suspendu à la tenue, conformément aux règles, des revenus issus du secteur minier. Des sources proches de la mission dépêchée à Kinshasa, les violons sont loin de s’accorder autour d’un compromis entre le FMI et la RDC, concernant la gestion du secteur minier, et ce, malgré toutes les garanties données par le gouvernement, notamment la publication des contrats de cession des parts conclus à la Sodimico et à la Gecamines.

Une fois de plus, l’avenir du second Programme économique du gouvernement (PEG 2) se joue dans le secteur minier. En mission en RDC jusqu’au 21 juin, les experts du FMI scrutent ce programme. La mission n’est pas une routine. De ses éléments de synthèse dépendra la conclusion par le Conseil d’administration du FMI des 4è et 5ème revues du PEG 2. Au FMI, on doute de la volonté de Kinshasa de mettre de l’ordre dans le secteur minier. Dans les couloirs du FMI, l’on brandit notamment les révélations faites en mai dernier par l’ONG britannique Free Fair. Entre le FMI et la RDC, on n’est pas encore sorti de l’auberge.

Le secteur minier risque de constituer, une fois de plus, le goulot d’étranglement pour la conclusion du Programme économique du gouvernement 2 (PEG 2). Son avenir serait suspendu à la tenue, conformément aux règles, des revenus issus du secteur minier. Des sources proches de la mission dépêchée à Kinshasa, les violons sont loin de s’accorder autour d’un compromis entre le FMI et la RDC, concernant la gestion du secteur minier, et ce, malgré toutes les garanties données par le gouvernement, notamment la publication des contrats de cession des parts conclus à la Sodimico et à la Gecamines. L’on se rappelle qu’il y a quelques mois, le FMI avait posé son veto à la conclusion du PEG 2, préférant obtenir de Kinshasa de plus amples explications concernant des contrats miniers engageant la Sodimico et la Gecamines, deux sociétés commerciales détenues à part entière par l’Etat congolais.

Soucieux de relancer le PEG 2, le gouvernement s’était finalement plié à l’exigence du FMI en publiant sur le site du ministère des Mines des contrats de cession des parts de la Sodimico et de la Gecamines. Que le FMI revienne aujourd’hui sur ce problème, il y a certainement bien des raisons de dire que les arguments présentés par Kinshasa n’ont pas été assez convaincants, de l’avis, sans doute, des experts de Washington. D’où, le gel de la conclusion de la 4ème revue du PEG 2, toujours en suspens malgré les efforts consentis par Kinshasa.

Outre la 4ème, la 5ème revue qui devait être conclue depuis des mois paraît tout aussi hypothétique qu’aléatoire. Il y a donc problème. Mais, lequel au regard des avancées réalisées par Kinshasa dans son effort de garantir la gouvernance dans le secteur minier ? Quelle est finalement cette petite goutte qui a fait déborder le vase au point de contraindre le FMI à revenir sur un problème apparemment vidé ?

TENTATIVE D’EXPLICATION

Il y a donc une explication à ce revirement du FMI. Il n’est pas spectaculaire dans la mesure où la directrice du département Afrique du FMI, Antoinette Sayeh, l’avait déjà annoncé lors de son passage à Kinshasa en marge d’une conférence internationale sur la gestion des ressources naturelles en Afrique subsaharienne – forum parrainé par le FMI.

Au cours de ces assises, la directrice du département Afrique du FMI s’est montrée réservée lorsqu’il s’agissait de se prononcer sur les chances de conclusion des 4ème et 5ème revues du PEG 2.

A ce propos, Mme Sayeh avait rappelé que les deux parties, à savoir le FMI et la RDC, devaient échanger davantage en avril 2012 en marge des assemblées de Printemps des Institutions de Bretton Woods. Rien n’a filtré malheureusement de ces discussions. Pendant ce temps, l’ombre continue de planer sur le PEG 2, véritablement en ballottage défavorable. Les nouvelles en provenance du FMI ne sont donc pas rassurantes. Au contraire, elles inquiètent.

Entre autres informations qui auraient mis le FMI sur la voie de contestation, c’est cette révélation faite en mai dernier par une ONG britannique, Free Fair, faisant état de la vente des droits miniers à des prix dérisoires au bénéfice des sociétés fictives, basées pour la plupart dans des paradis fiscaux tels que les Iles Vierges britanniques.

Visiblement, l’ONG britannique met en cause le gouvernement congolais qui avait pratiquement bradé le patrimoine minier. L’information est troublante dans la mesure où elle bat en brèche l’alibi avancé par la RDC, notamment par lequel elle rassurait les partenaires extérieurs de sa ferme détermination à garantir la transparence dans le secteur minier.

«La perte totale pour le peuple de la RDC, au titre des biens perdus ou du manque à gagner, dépasse 5,5 milliards de dollars», a indiqué le parlementaire britannique et président de l’ONG, Eric Joyce, qui a recensé 59 entreprises fictives. Dans une lettre au président de l'Assemblée nationale, le représentant à Kinshasa de Free Fair/RDC, Herman Nzeza, avait appelé les parlementaires à œuvrer pour la transparence dans le secteur minier. «Vous êtes la voix du peuple congolais. Assurez-vous qu'à l'avenir toutes les ressources soient vendues par un appel d'offres public et mettez fin aux cambriolages», martelait-il.

Apparemment, le FMI n’est pas resté indifférent face aux graves dénonciations de Free Fair. L’institution financière internationale exige plus d’explications de Kinshasa pour dégager la voie plus que jamais obstruée du PEG 2.

Jusqu’au 21 juin 2012, le FMI attend obtenir des explications des autorités congolaises. C’est la seule issue de sauvetage du PEG 2. Et le FMI n’entend pas transiger, apprend-on des milieux proches de la mission en cours à Kinshasa.

Sur le plan purement technique, la mise en œuvre du PEG 2 est tout à fait irréprochable. La stabilité du cadre macroéconomique est là, avec un taux d’inflation et un taux de change contenus dans les limites du PEG 2. Tous les indicateurs conjoncturels du PEG 2 sont au vert. C’est le cas des plafonds des avoirs extérieurs et intérieurs nets ainsi que du plafond du crédit net à l’Etat. Mais, c’est sur un autre terrain que se joue l’avenir du PEG 2.

«Chassez le naturel, il revient au galop», dit-on. Comme en 2009, c’est autour des mines, principalement les contrats chinois, qu’a été conclu difficilement le PEG 2. Trois ans après, c’est encore autour des mines que se décidera l’avenir de ce programme pour lequel la RDC devrait bientôt solliciter une dérogation – le programme étant arrivé à terme en ce mois de juin. Le chemin est véritablement parsemé d’embûche ayant pour nom l’absence de transparence dans les revenus issus des ressources minières.

[Le Potentiel]