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Avec le «verbe » : Félix WAZEKWA a apporté une innovation dans la musique congolaise

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Chanteur et parolier, Félix WAZEKWA a introduit cette idée du «verbe » qui est un aphorisme, une réflexion propre à l'artiste qu'il lance dans la chanson, au lieu de se référer à un proverbe déjà existant.

Le chanteur a apporté une nouveauté dans la musique congolaise avec des aphorismes qui permettent de percevoir d’une autre manière certains clichés et réalités quotidiennes. Cet aspect singulier de son art a fait l’objet d’une thèse de doctorat à l’Université de Lubumbashi.

Indéniablement, la musique congolaise recèle des talents. Et Félix Wazekwa a réussi à s’affirmer comme un artiste créateur dans ce macrocosme de l’art d’Orphée de la RDC. En dehors des chansons rumba exceptionnelles qu’il a composées et des morceaux génériques (chansons trépidantes), Félix Wazekwa a apporté une innovation dans la musique congolaise : le verbe. Chanteur et parolier, il a introduit cette idée du «verbe » qui est un aphorisme, une réflexion propre à l'artiste qu'il lance dans la chanson, au lieu de se référer à un proverbe déjà existant ; ainsi un verbe devient proverbe dès qu'il est célèbre dans l'usage populaire. Parmi les célèbres verbes de Wazekwa, on peut citer : « A un idiot on montre la lune, mais lui regarde le doigt » lancé dans l’album «Pauvre mais… » ; ou encore, « Un enfant ne dit jamais merci à celui qui l’apprend à marcher » lancé dans l’opus Bonjour monsieur », etc.

Cet aspect créatif et original de Félix Wazekwa a été défendu en janvier 2011 dans une thèse de doctorat à l’Université de Lubumbashi par Simon Kayembe Malindha Tshikuta sous le thème Idéologie, « Hardiesses langagières et identité chez Félix Wazekwa ». Dans le résumé de la thèse, on peut lire ceci : « L'oeuvre littéraire, comme texte culturel, est reconnue par la société non seulement pour des fins didactiques, mais aussi pour des fins esthétiques. C’est à ce niveau qu’il faudrait situer les hardiesses langagières de Félix Wazekwa, car la spécificité de sa communication musicale est justement d'engendrer ses propres codes esthétiques et de transmettre ainsi une expérience individuelle, unique. Son problème est donc de permettre à un langage, constamment menacé par le cliché et le banal, de dire le nouveau, l'exceptionnel. ». Et l’auteur de la thèse a démontré que le style musical de Félix Wazekwa, inspiré par de nombreuses idéologies, produit à son tour d’autres idéologies qu’au fil de temps, les mélomanes intériorisent. C’est ainsi que l’artiste estime qu’un musicien n’est pas qu’un voyou, un raté, mais peut apporter sa pierre à l’édification de la société ».

Après de récents ennuis avec la justice belge, le chanteur congolais a été relaxé et retrouvé le trac et l’ambiance d’une scène de spectacle ; ce, après plusieurs mois de privation. En effet, il a été condamné en 2010 à deux ans de prison ferme et à une amende de 12.500 euros par le Tribunal correctionnel de Bruxelles, en Belgique, pour affaire de trafic de visas et d'aide à l'immigration clandestine. Le jugement a été prononcé par défaut. Les avocats de Wazekwa ont finalement réussi à sortir l’artiste du pétrin et prouver sa bonne foi et sa non implication dans ce dossier pénal en Belgique. Et Wazekwa a retrouvé sa pleine liberté.

Les infortunes de l’artiste en 2010 ont débuté avec le refus d’octroi de visa aux musiciens de son groupe, Cutlur’a Pays Vie, pour un spectacle tant attendu au Zénith de Paris. C’était en fait le feed back d’une autre production très réussie à l’Olympia de Paris. Mais avec grande détermination, l’artiste s’est produit au Zénith de Paris, accompagné d’anciens musiciens de son groupe Cultur’a Pays Vie. Pour plus de prudence, a déclaré le chanteur dans une de ses interventions dans la presse, son groupe ne se produira plus dans l’espace Schengen pendant un bon moment.

Félix Wazekwa a ensuite été victime d’un accident de circulation à Paris qui l’a rendu indisponible pour des productions scéniques pendant quelques temps. Il y a cependant eu plus de peur que de mal. Ces difficultés momentanées n’ont toutefois pas découragé Félix Wazekwa, réputé aussi pour sa détermination à aller de l’avant. Le chanteur est donc rentré à Kinshasa et a repris la scène et prépare du reste son prochain album après «Mémoire ya Nzambe »

Biographie

Félix Wazekwa S’Grave est né le 14 septembre 1962 à Kinshasa en RDC. Musicien et parolier est connu et respecté dans l’univers musical congolais grâce notamment à ses collaborations avec Papa Wemba et Koffi Olomidé. Félix Wazekwa S’Grave a commencé l’apprentissage de la musique dans les années 1982 ou 1983, dans le groupe Kin-Verso issu de la commune de Matete à Kinshasa. En 1985, il se rend en Europe pour ses études en sciences économiques à Paris. En 1990, il commence une étroite collaboration avec d’autres musiciens en tant que parolier. C'est ainsi qu'entre 1991 et 1993, il travaille avec Koffi Olomidé sur les albums Koweït Rive Gauche et Noblesse Oblige. De 1993 à 1995, il collabore avec Papa Wemba sur les albums Foridoles et Pôle Position.

En 1993, alors qu'il venait d'écrire une chanson pour Papa Wemba, celui-ci lui suggère, pour la première fois, de chanter ses propres chansons. C'est alors que commence en 1995 l’épopée d'une carrière solo. Déjà à cette époque, une rivalité ouverte existe entre lui et Koffi Olomide. L’on rapporte que ce dernier n’aurait pas apprécié que Wazekwa écrive des chansons pour Papa Wemba. Il y a quelques moments de détente entre les deux artistes, mais depuis le conflit s’est radicalisé. «Nous nous entendrons le jour ou Satan coopérera avec Dieu », a lâché une fois le leader du groupe Cultur’a Pays Vie à la presse.

Félix Wazekwa a également travaillé avec d’autres artistes et groupes comme Soukous Stars, Damien Aziwa, Djeffard Lukombo, Bibi Den’s, Duc Hérode, etc. Ses premiers albums ont accroché un large public congolais amoureux des textes profonds. Après avoir pris en compte quelques considérations d’une part important des mélomanes congolais acquis au rythme endiablé de Ndombolo, Félix Wazekwa a sorti en 2001 album Signature au sein duquel celui qui se fait appelé Mokwa Bongo (l'os du cerveau) a réorienté sa musique. C’est à partir de ce moment que Monstre d’Amour (un autre surnom du chanteur) a en quelque sorte intégré le petit carré des stars de la musique congolaise jusqu’aujourd’hui. Mais en 1999, il avait déjà formé son groupe, Cultur’A Pays Vie, à l’occasion de la sortie de l’opus Sponsor.

Discographie

- Tetraframme, YHWH (1995), album en duo avec Papa Wemba et Madilu System. "Dans cet album Félix Wazekwa chante des morceaux de gospels et fait preuve de sa foi chrétienne."

- Pauvres, mais… (1997) : album en duo avec Tabu Ley Rochereau et Bozi Boziana, pour lequel l'Association des chroniqueurs et des musiciens congolais (Acmco) va lui décerner le prix de la Meilleure révélation de l’année en RDC. Dans la chanson « pauvre mais..., » le chanteur fait allusion à l'espoir qu'un homme pauvre possède quand il pense qu'un jour il deviendra riche.

- Bonjour Monsieur (1998) : il revient avec une leçon morale sur la salutation, selon lui, les hommes doivent se saluer car la salutation est synonyme de politesse dans la culture bantoue.

- Sponsor (1999) : cet album est marqué par la création de son orchestre Cultur’A Pays–Vie (ce qui signifie la Culture africaine dans un pays qui vit). Il dit dans cet album que l'amour est notre seul sponsor.

- Signature (2001) : produit par Kiki Tourré et marqué par une générique soukouss, Félix Wazekwa démontre sa capacité de faire danser. Il explique dans cette œuvre qu'on peut corriger les fautes d’une lettre, mais on ne corrigera jamais la signature de l’auteur de la lettre. La danse fétiche ici est Male mambwa, King kong et sourire. Le public congolais découvrit les deux animateurs désormais incontournables de Cultur’A Pays–Vie, Papy louange et Gesac Yhshipoy, les deux ne font plus partie du groupe.

- Yo nani (2002) : encore dans le style ndombolo avec une originalité propre à son orchestre.

- Et après (2004) : malgré le départ de Papy Louange, Félix Wazekwa recrute de nouveaux animateurs, comme Gessac qui fait bouger le public africain et congolais en particulier, avec comme danse "Nzoto ya maman misuni misuni". Dans l’opus, ce chanteur philosophe signifie que l’on doit sans cesse se poser la question "et après ?" dans notre vie.

- Faux mutu moko boye (2006) : se traduisant en français par "un mauvais type" ou "une mauvaise personne",

- Que demande le peuple (2008) : c'est avec cet album qu'il se produit pour la première fois à l'Olympia à Paris et qu'il se voit décerner le prix du «meilleur spectacle de l'année » lors des Ndule awards, trophée congolais récompensant les artistes et leurs œuvres au cours d’une soirée de gala.

- La chèvre de Monsieur Seguin (2009) marque le départ massif de trois musiciens majeurs vers le Quartier latin de Koffi Olomidé. Il s’agit de Joss Diena chef d'orchestre, l'animateur Gesac Tshipoy et de quelques guitaristes.

- Mémoire ya Nzambe (2010) : dans cet album, il signe un featuring avec le poète Lutumba Simaro et il fait son premier spectacle dans la salle du Zénith de Paris, sans ses musiciens bloqués à Kinshasa faute de visa.

Par Martin Enyimo