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Echec au sommet de Kampala : Paul KAGAME n’a pas trouvé gain de cause dans ses revendications

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Echec ! C’est le mot à retenir du sommet de Kampala où les chefs d’Etat du Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ont planché sur l’instabilité dans l’Est de la RDC. Quatre raisons sont à la base de ce raté prévisible : les caprices de Kagame exaspèrent ses soutiens occidentaux face au drame humanitaire vécu dans l’Est de la RDC. Puis, le poids de l’opinion publique congolaise qui veille au grain voire aux détails. Ensuite, le quorum des chefs d’Etat présents à ce sommet sème le doute sur leur adhésion à la démarche. Enfin, Kampala est considéré comme juge et partie. Encore du temps perdu !

Les pays de la Conférence internationale pour la région des Grands Lacs (CIRGL) n’ont pas pu se mettre d’accord sur la composition de la Force internationale neutre devant être déployée, en principe, à la frontière entre la RDC et le Rwanda pour neutraliser tous les «forces négatives», dont les FDRL et le M23 ainsi que d’autres groupes armés, qui opèrent dans la partie Est de la RDC.

La déclaration finale signée hier mercredi 8 août à Kampala par les chefs d’Etat et de délégations de la CIRGL, après un jour de prorogation, n’a pas non plus résolu le problème. Bien au contraire. Elle donne la preuve de profondes divergences qui ont caractérisé la réunion de Kampala. Ainsi, en campant chacun sur sa position, Kinshasa et Kigali, ont fait échouer une réunion, censée pourtant baliser la voie à l’opérationnalisation de la Force internationale neutre.

Cependant, une brèche a vite été trouvée à Kampala pour camoufler l’échec de cette rencontre. Un sous-comité, composé des ministres de la Défense de la CIRGL, a été mise en place, avec pour principale mission de proposer des pistes de solutions pour «l’opérationnalisation» de la Force internationale neutre.

Pour leur part, c’est dans «quatre semaines» que les chefs d’Etat et de gouvernement de la CIRGL ont promis de se rencontrer pour lever une option définitive quant à l’opérationnalisation de cette Force internationale neutre.

Les raisons de la dérive

Pour une fois, Kigali n’a pas trouvé gain de cause dans ses revendications. Kinshasa est ainsi parvenu à le faire fléchir. Raison de plus pour s’interroger sur les raisons de la dérive de Kampala. Quatre cas de figure se présentent en vue d’un décryptage objectif de cette situation.

La première hypothèse est à chercher du côté de Kigali. En effet, depuis un temps, Kagame ne passe plus pour «l’enfant chéri» des Occidentaux. Les mêmes qui l’ont fait «Roi» dans la région des Grands Lacs, comme avec Mobutu, ne sont plus disposés à le soutenir dans l’option levée de faire perdurer l’instabilité dans l’Est de la RDC! La vérité est que le génocide rwandais de 1994 que Kagame a toujours utilisé comme fonds de commerce pour légitimer son action dans la sous-région ne convainc plus. Les millions de morts enregistrés dans l’Est de la RDC dérangent la conscience internationale.

Longtemps placé dans la position de victime, Kagame s’est révélé au grand jour comme le principal bourreau dans la région des Grands Lacs. Il passe désormais pour la variable de déstabilisation des Grands Lacs. C’est prenant en compte cette donne que ses principaux soutiens, entre autres, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et bien d’autres, ont fini par l’abandonner. Les suspensions successives des aides bilatérales font foi !

Au-delà de la pression extérieure exercée sur Kagame, l’opinion publique congolaise a également pesé dans les choix de Kampala. La «marche de l’espérance» organisée par l’Eglise catholique le 1er août 2012 a été l’électrochoc dans l’attitude adoptée par Kinshasa. La délégation congolaise se savait suivie par une opinion désormais très regardante quand il s’agit de la question des provinces du Kivu et de toute la partie orientale du pays.

A Kampala, le gouvernement congolais n’avait pas d’autre choix que celui de se soumettre à la volonté populaire, clairement exprimée, via les médias, l’Eglise catholique et diverses autres Organisations de la Société civile. Agir autrement serait faire preuve de trahison envers un peuple, dont plus de neuf millions sont déjà tombés sur le champ de bataille de l’Est.

Mais à Kampala, la question de quorum n’a pas été en faveur de l’agenda de Kigali. Car, seuls cinq chefs d’Etat de la CIRGL ont fait le déplacement de la capitale ougandaise. Comment dans ces conditions adopter une résolution opposable à tous ?

Loin de toutes ces hypothèses, il y a aussi le président ougandais Museveni qui aurait, visiblement, refusé de jouer le mauvais jeu. Un peu comme le Ponce Pilate pour couvrir les forfaits de son voisin, le Rwanda. Même si Kampala fait partie, dans les coulisses, des soutiens au M23, Museveni cherche encore à protéger son image pour se refaire un crédit sur le plan international.

Le tout récent passage à Kampala de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, devrait être pour beaucoup dans cette attitude affichée par Museveni. Kampala joue certainement sa carte, avec ambition de se positionner comme point focal de la politique américaine dans les Grands Lacs. Museveni le sait. Il n’y a donc pas de raison pour lui d’alourdir son passif en se lançant aveuglement dans l’aventure de Kagame. L’échec des négociations pourrait bien se justifier de ce point de vue.

Que faire alors à Kinshasa pour capitaliser cet acquis de Kampala. Maintenir la pression en se cambrant davantage sur la ligne de conduite qui accentue l’isolement de Kigali. Il s’agit donc pour le gouvernement congolais de garder le cap, en refusant de tomber, une fois de plus, sous le charme des chants de cygne de Kigali.

Déclaration des chefs d'Etat et de Gouvernement des Etats membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) concernant la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC)

• Nous, chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), réunis à Kampala, en Ouganda, les 7 et 8 août 2012, à l'invitation de S.E. Mr. Yoweri Museveni, président de la République de l'Ouganda et président en exercice de la CIRGL, pour discuter de la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo;

• Rappelant notre décision prise à Addis-Abeba, le 15 juillet 2012, de nous réunir à Kampala, en Ouganda, le 7 et 8 août 2012, pour discuter sur les causes profondes de l'insécurité dans l'Est de la République démocratique du Congo, et trouver des voies et moyens pour résoudre la crise humanitaire;

• Prenant note de la réunion des ministres de la Défense de la CIRGL sur la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo, tenue à Khartoum, le 1er août 2012 ;

• Ayant examine le rapport de la réunion extraordinaire du Comité interministériel régional (CIMR) de la CIRGL sur la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo, tenue à Kampala, le 6 aout 2012;

• Reconnaissant que la gravité de la situation sécuritaire et humanitaire dans l'Est de République démocratique du Congo constitue une menace sérieuse à la paix, à la sécurité, à la stabilité et au développement dans la région des Grands Lacs;

• Considérant que la détérioration sérieuse de la situation sécuritaire et humanitaire dans l'Est de la République de la démocratique du Congo est due à l'action armée du Mouvement, dit M23;

• Rappelant notre engagement ferme aux termes du Pacte de la CIRGL sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs du 15 décembre 2006 et les protocoles y afférant;

• Rappelant notre déclaration sur la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo, faite à Addis-Abeba, lors du sommet extraordinaire du 15 Juillet 2012;

• Notant que les efforts diplomatiques déployés jusqu'a présent par la région à travers le président du sommet en exercice S.E. Yoweri Museveni ont conduit à une accalmie dans les zones de combats dans l’Est de la République démocratique du Congo;

• Déterminés à chercher des solutions locales aux problèmes que connait la région des Grands Lacs a travers des Mécanismes régionaux existants;

• Considérant que les discussions du sommet de Kampala se sont déroulées dans une atmosphère conviviale, fraternelle et constructive;

1. Mener des actions vigoureuses de façon à faire cesser définitivement les combats dans l’Est de la République démocratique du Congo, sans exclure la possibilité de prise de sanctions à l'endroit de ceux qui obstruent le processus de paix ;

2. D'appuyer les efforts par le gouvernement de la République démocratique du Congo pour la restauration de la paix et de la sécurité dans l’Est de la République démocratique du Congo, particulièrement dans la province du Nord-Kivu;

3. Mettre sur pied un Sous-comité des ministres de la Défense des Etats membres suivants: la République d'Angola, de la République du Burundi, de la République du Congo, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, de la République d'Ouganda et de la République Unie de Tanzanie;

- Le mandat du Sous-comité sera d'arrêter des actions urgentes à mener afin que les combats cessent définitivement dans l’Est de la République démocratique du Congo, ainsi que d'arriver la consolidation de la paix, de la sécurité et de la stabilité;

- Le Sous-comité devra également proposer des éléments précis sur l'opérationnalisation de la force internationale neutre ;

- Le Sous-comité sera présidé par le ministre de la Défense de la République d'Ouganda;

- Le ministre assurant la présidence en exercice du Comite interministériel de la CIRGL participe également au sous-comité pour tout ce qui concerne les aspects diplomatique ;

4. Donner au dit Sous-comité une période de deux semaines pour soumettre un rapport intérimaire au président en exercice de la CIRGL, et une période de quatre semaines pour soumettre son rapport final au sommet des chefs d'Etats de la CIRGL ;

5. Demander au président en exercice de la CIRGL de bien vouloir continuer ses consultations, notamment pour le rétablissement de l'équipe d'envoyés spéciaux et la consolidation de la paix dans l'Est de la République démocratique du Congo ;

6. Créer un Fonds d'assistance humanitaire aux populations sinistrées suite à la détérioration sécuritaire dans l'Est de la République démocratique. Encourager les Etats membres et les partenaires et contribuer à ce Fonds, et remercier la République d'Ouganda de s'être engage à verser 1 millions de dollars américains à ce Fonds.

7. Appeler la communauté internationale pour qu'elle apporte une assistance humanitaire complémentaire aux populations sinistrées. De faire en sorte que les voies d'accès aux populations sinistrées ne soient pas obstruées ;

8. Remercier le gouvernement de la République d'Ouganda et le peuple ougandais pour l'accueil chaleureux qui nous a été accorde.

Fait à Kampala, le 8 aout 2012