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Washington - Kigali : Le divorce

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Les Etats-Unis d’Amérique ont suspendu depuis samedi toute coopération militaire avec le Rwanda. Cette décision du Pentagone fait suite à l’implication manifeste de Kigali dans la déstabilisation de l’Est de la Rd Congo et à ses élans expansionnistes visant la balkanisation de ce grand pays. La décision du Gouvernement américain d’isoler militairement le Rwanda est une étape décisive qui consacre la victoire diplomatique de Kinshasa sur le régime criminel de Kigali, une aubaine pour Joseph Kabila qui devrait désormais réaliser son plan de développement et de modernisation de la Rd Congo. Par la bouche de son porte-parole, le Gouvernement de la Rd Congo se dit satisfait de cette pression des Etats-Unis et pense que le Rwanda ne peut pas rester indifférent suite à une décision prise par son principal soutien dans la Communauté internationale.

Tôt ou tard, la vérité finit par triompher. Le Rwanda qui comptait narguer tout le monde, y compris la Communauté internationale, a fini par être rattrapé par la réalité. En effet, les Etats-Unis ont interrompu leur aide militaire au Rwanda, en donnant pour raison leur préoccupation face au fait que le gouvernement de Kigali apporte un soutien aux rebelles de M23. Le Département d’Etat américain a déclaré samedi qu’il disposait d’éléments de preuve selon lesquels le Rwanda apporte son appui à des groupes rebelles congolais, y compris le M23. Il déclare qu’une enveloppe de 200.000$ qui devait être remise à un centre d’entraînement de l’armée rwandaise a été gelée.

Le gouvernement congolais s’en félicite

Comme on peut bien le constater, la décision du Gouvernement américain d’isoler militairement le Rwanda est une étape décisive de la victoire diplomatique de Kinshasa sur le régime criminel de Kigali. C’est aussi une aubaine pour le président Joseph Kabila qui devrait désormais réaliser son plan de développement et de modernisation de la Rd Congo.

En effet, après une enquête des experts de l’ONU qui a conclu sur le soutien effectif du Rwanda à la bande à Bosco Ntaganda, l’opinion tant nationale qu’internationale attendait voir le comportement de la Communauté internationale. Heureusement que les Etats-Unis d’Amérique viennent de comprendre les cris des Congolais victimes des affres des hommes de paille de Paul Kagame et ont décidé d’interrompre leur aide militaire.

Au-delà de l’enquête des experts de l’ONU, Joseph Kabila Kabange vient donc d’engranger une première victoire diplomatique dans la mesure où au lendemain de la publication du rapport sur l’implication du Rwanda, la Rd Congo a mobilisé les lobbies pour que soient publiés les annexes dudit rapport. Ceci, après que le ministre des Affaires étrangères et de la Francophonie se soit déplacé dans bon nombre de pays voisins à la Rd Congo. Pour le porte-parole du Gouvernement et ministre de la Communication et Médias, des Relations avec le parlement et de l’Initiation à la nouvelle citoyenneté, Lambert Mende Omalanga, le Gouvernement est satisfait de cette pression amicale que les Etats-Unis exercent sur le voisin Rwanda, parce qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour des millions des Congolais.

Le Gouvernement pense que tout effort qui vise à ramener la paix et la sécurité dans cette région martyr des Grands Lacs est la bienvenue. Selon le ministre Mende, le Gouvernement du Rwanda ne peut pas rester indifférent suite à une décision qui est prise par son principal soutien dans la Communauté internationale. D’autant que cela aura un impact sur son comportement vis-à-vis de tous ses réseaux maffieux qui fonctionnent à l’intérieur de ce pays.

Le message ne passe plus

Il sied de souligner que la position prise par Washington intervient une semaine après que les présidents rwandais et congolais se soient accordés pour le déploiement d’une force internationale neutre pour combattre les forces rebelles de l’Est du Congo et patrouiller le long de leurs frontières communes. Le M23 est composé d’anciens soldats dont on pense qu’ils sont loyaux à Bosco Ntaganda, un seigneur de guerre recherché par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre.

Dans un article intitulé « Quel jeu joue le Rwanda ? » publié par la Libre Belgique, dans son édition du jeudi 12 juillet, en page 11, la consœur Marie-France Cros indique qu’après avoir vainement tenté de nier le rôle joué par le Rwanda au côté de la rébellion congolaise du M23, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo avait, voici peu, annulé-sous prétexte d’agenda trop-chargé-la conférence de presse qu’elle comptait donner à Bruxelles sur ce thème. Et la consœur de continuer qu’il est vrai que l’exercice semblait totalement inutile : pris la main dans le sac par l’Onu, Kigali ne peut convaincre de son innocence. Des pressions internationales importantes sont exercées sur ce pays qui dépend à 50% de l’aide extérieure. Qu’est-ce qui a pu pousser Kigali à prendre pareil risque ?, s’interroge-t-elle.

Et de répondre que ce n’est pas la première fois que le Rwanda aide une rébellion au Kivu. Les fois précédentes, toutefois, il pouvait appuyer sa décision sur le besoin d’assurer sa sécurité face aux génocidaires hutus réfugiés au Kivu ; sur l’obligation de venir en aide aux Tutsis congolais et rwandais en danger dans la province congolaise en raison de pogroms ou massacres les visant. Cette fois, la rébellion survient alors que les ex-rebelles tutsis congolais ont obtenu des postes importants dans l’armée. Alors ? L’explication tient sans doute dans plusieurs éléments. D’abord, l’équipe au pouvoir à Kigali, efficace pour se battre et pour gérer, a toujours été déficiente en sens politique ; elle n’a pas senti que l’heure ne se prêtait plus à de telles manœuvres.

Le Rwanda craint-il une résurgence du danger FDLR-très affaibli ces dernières années-à sa frontière ? Avec possibilité de voir le général Kayumba (dissident resté populaire au sein de l’armée rwandaise) en profiter pour catalyser les oppositions au président rwandais Kagame et attaquer le Rwanda par le Kivu ? Le président Kagame espérait-il profiter des désordres créés par Bosco Ntaganda pour aider le M23 à obtenir de Kinshasa le règlement-promis mais non exécuté-des points qui empêchent 57.000 Tutsis congolais réfugiés au Rwanda (surpeuplé) de rentrer au Kivu, où leurs terres leur ont été prises par d’autres ethnies ? Dans tous les cas, conclut Marie-France Cros, le coup a raté. Le message politique du M23 ne passe pas et tout le monde pense que cela ne va nulle part.

L’on devra tous retenir que la thèse de la chasse aux Tutsis et aux Hutus congolais n’est plus une marchandise à vendre dans la question de l’Est de la Rd Congo. Pour preuve, les Tutsis congolais ont déjà occupé et continuent à occuper de plus hautes fonctions publiques en Rd Congo. D’ailleurs, depuis la spirale des guerres au Kivu, les seules victimes sont congolaises. Pas une seule vache rwandaise n’a été tuée.

Le double jeu du Rwanda

Connaissant bien la cupidité du Rwanda, il ne pouvait jamais accepter son implication dans la mutinerie de M23 à l’Est de la Rd Congo. Même s’il était établi que les FDLR démobilisés par la MONUSCO et rapatriés au Rwanda, étaient recrutés et armés pour appuyer la rébellion du M23. Ce ne sont pas les preuves qui font défaut, lorsqu’on sait qu’acculés, les rwandais qui participaient à la réunion mixte de Goma avaient même refusé de signer le procès-verbal consacrant la fin des enquêtes conjointes.

C’est ici qu’il faut saluer le comportement du président Barack Obama. Lui au moins a compris que 8 millions de morts à l’Est de la Rd Congo et sous l’indifférence totale d’une Communauté internationale globalement hypocrite, c’en est trop. C’est comme si au niveau de la Communauté internationale, il y avait un mot d’ordre selon lequel il faut exterminer tous les congolais ! Avec 8 millions de victimes, les dernières guerres du Kivu opposant l’armée loyaliste de la Rd Congo aux groupes armés montés ou sponsorisés par le régime de Kigali ont toujours été une épine sous les pieds de Joseph KabilaKabange, président de la Rd Congo.

Tout en saluant cette interruption de l’aide au Rwanda, les congolais souhaitent que des sanctions plus dures soient appliquées contre ce pays qui se croyait tout permis. Il faut également saluer l’action de la société civile congolaise qui a initié une pétition à laquelle tous les Congolais sont appelés à signer et qui exige non seulement des sanctions plus extrêmes au régime de Kigali, mais aussi une inculpation par la Cour pénale internationale (CPI) de tous les dignitaires rwandais impliqués dans le massacre des congolais à l’Est de la Rd Congo.

Quand la France joue à l’indifférence et au chantage

Pendant que les pays anglophones se mobilisent pour la cause du Congo, les pays francophones s’embourbent dans une indifférence et un chantage de mauvais goût. C’est le cas de la France de François Hollande et de Laurent Fabius, champions d’une Francophonie improductive pour les congolais. L’attitude du Canada et de la Suisse qui soutiennent le Rwanda dans tous les forums internationaux est à condamner.

Aujourd’hui, la France oublie que n’eût été sa demande d’ouvrir un couloir humanitaire en 1994 pour les réfugiés hutus, la Rd Congo n’aurait jamais hébergé les génocidaires. Ceci pour dire qu’il ne sert à rien de faire du chantage sur la violation des droits de l’homme en Rd Congo, alors que le président français reçoit des pays qui ne sont même pas de modèles dans le respect des droits de l’homme en Afrique.

C’est bien de mettre en exergue la mort de Chebeya, mais il ne faut pas oublier que 8 millions de congolais sont morts et continuent à mourir à l’Est de la Rd Congo, dans l’indifférence totale d’une certaine communauté internationale. Que deviendra la francophonie si tous les 80 millions des congolais étaient massacrés par Kagame ? Le moment viendra aux congolais de se demander ce que la Francophonie leur apporte socialement, économiquement et politiquement.

L’Avenir