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Instabilité permanente : RDC - RCA ventre mou de la région des Grands Lacs

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Le mini-sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), convoquée le jeudi 14 août 2014 à Luanda, s’est clôturé par un appel du président angolais et président en exercice de la CIRGL, José Eduardo dos Santos. Au terme de cette rencontre consacrée essentiellement à la situation de crise dans l’Est de la RDC, le chef de l’Etat angolais a invité chaque pays de la région à continuer à garantir la sécurité des Etats voisins. Le message de José Eduardo dos Santos est sujet à diverses interprétations. Loin de rassurer, il étale l’incapacité de la CIRGL à imposer un schéma pour le retour d’une paix durable dans l’Est de la RDC.

Depuis sa prise de fonction à la tête de la CIRGL, le président angolais, José Eduardo dos Santos, multiplie les rencontres pour ramener le calme dans les zones troublées de la sous-région. Ainsi, après une réunion, sur place à Luanda, qui s’est penchée particulièrement sur la situation de crise qui sévit en République centrafricaine, une autre, du même genre, s’est tenue le jeudi 14 août 2014 sur la RDC. Il faut dire que la RDC et la RCA passent, en raison de leur instabilité permanente, pour le ventre mou de la région des Grands Lacs.

Sept chefs d’Etat étaient annoncés jeudi à la rencontre de Luanda. Il n’y a cependant que trois, hormis l’hôte du sommet, le président angolais, à avoir fait le déplacement de la capitale angolaise : Joseph Kabila de la RDC, Yoweri Museveni de l’Ouganda et Jacob Zuma de l’Afrique du Sud en qualité d’invité. Dans les rangs des absents, il y avait Denis Sassou Nguesso du Congo/Brazzaville, Paul Kagame du Rwanda et Jakaya Kikwete de Tanzanie, convié à cette réunion au même titre que le président sud-africain.

Sur papier, le mini-sommet de Luanda devait se consacrer à la sécurité et à la situation humanitaire en RDC, particulièrement dans sa partie Est.

Selon l’agence officielle angolaise, Angop, les chefs d’Etat et du gouvernement de la CIRGL ont fait un tour d’horizon des  recommandations faites à l’issue de la dernière réunion de Luanda, tenue le 25 mars 2014 sur la situation de la RDC. L’on se rappelle qu’au cours de cette réunion, la CIRGL avait fait état de la nécessité de renforcer la coopération régionale et internationale dans l’identification et la neutralisation de groupes rebelles actifs dans la partie Est de la RDC. La CIRGL visait particulièrement les rebelles rwandais des Fdlr.

Si les conclusions du mini-sommet de Luanda relèvent encore du secret diplomatique, l’on sait néanmoins qu’à l’ouverture de cette réunion, le président angolais a mis en cause les pays de la région dans la situation qui prévaut en RDC. Chaque pays, pense-t-il, devait travailler pour garantir une sécurité mutuelle dans la région.

Faisant mention de la réunion précédente, qui s'est tenue à Luanda sur la même question, José Eduardo dos Santos a dit que des délibérations importantes avaient été approuvées, avec des délais de leur mise en œuvre. « Ces décisions sont le résultat de la stratégie et des choix opérationnels que nous avons faits entre le dialogue et l'action directe, pour le règlement définitif de la question des FDRL et la consolidation de la paix dans l'Est de la République démocratique du Congo », a-t-il rappelé.

Selon lui, « il ne suffit pas seulement d’adopter des décisions, mais le plus important, c’est les exécuter », estimant que « les décisions n'avaient leur raison d’être que si elles sont mises en pratique et donnent de bons résultats ».

Alors que des pays tergiversent pour s’engager résolument dans la voie d’une sortie de crise en RDC, le président angolais a, sur un ton ferme, lancé : « Le temps passe et à chaque minute perdue, des vies disparaissent, des ressources sont dépensées et nous sommes moins disponibles pour faire face à d'autres difficultés entravant notre développement et le bien-être de nos peuples ».

Comme pour dénoncer le manque d’intérêt qu’apportent certains pays de la région dans la résolution de la crise congolaise, José Eduardo dos Santos a rebondi en indiquant que « si les solutions que nous avons trouvées pour le sort de la région des Grands Lacs ne réunissent plus de consensus, nous devons les revoir, les réajuster et restaurer l'unité de pensée et d'action, pour assurer la consolidation de la paix et de la stabilité ».

De l’avis du président en exercice de la CIRGL, il y a deux questions clés qui sapent ces objectifs : celle du M23, qui a déjà reçu le traitement souhaité dans la Déclaration de Nairobi,  et celle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui « restent un problème en attente d'une solution, en particulier leur désarmement et le rapatriement forcé ou la reddition inconditionnelle immédiate ».

Bal des chauves

Que retenir donc du mini-sommet de Luanda ? En tous cas, pas grand-chose. Car, Paul Kagame, qui passe pour le maillon le plus important dans la mise en œuvre d’une stratégie efficace de sortie de crise dans l’Est, a brillé par son absence dans la capitale angolaise. Preuve du peu d’intérêt qu’il accorde à la démarche initiée par Luanda. 

Si on prend en compte l’absence du président Denis Sassou Ngueso, il y a lieu de se poser des questions sur ce qui se tramerait sur l’axe Kigali-Brazzaville.

En réalité, la dernière réunion de Luanda a presqu’accouché d’une souris. En effet, aucune avancée significative n’a été observée dans la volonté des Etats à aider la RDC à sortir de la spirale de violence qui mine sa partie Est.

Vu sous un autre angle, l’appel du président angolais par lequel il invite chaque pays de la région à assurer la sécurité des voisins est ce grand arbre qui cache la forêt de conspiration qui vise la RDC. En effet, cet appel fait la part belle au Rwanda qui a toujours considéré la RDC comme un foyer de déstabilisation de son pays. En tout temps et en toute circonstance, Kigali a justifié ses multiples incursions sur le sol congolais par la traque et la neutralisation des rebelles rwandais opérant à partir de la RDC. C’est dire qu’en lançant cet appel, le chef de l’Etat angolais s’adresse subtilement à la RDC, prenant fait et cause pour le Rwanda.

Sans pour autant faire évoluer la situation sur le terrain, la réunion du Luanda a ramené à la surface l’incapacité de la CIRGL à imposer une paix dans l’Est de la RDC. Qu’importe la volonté affichée par l’Angola, la vérité est qu’au sein de la CIRGL, il y a de pays qui trouvent leur compte dans l’instabilité permanente de l’Est de la RDC.

[lePotentiel]