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RDC : LUMUMBA - KABILA, deux hommes qui représentaient la lutte anti-impérialiste et anti-colonialiste en Afrique

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L’assassinat de - Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila - deux hommes solides qui représentaient non pas l’histoire de la RDC mais de la lutte anti-impérialiste, anticolonialiste en Afrique a été perpétré dans des conditions comparables.  Lumumba et Kabila ont mené une lutte qui s’est soldée en Afrique par la défaite des colonialistes. Ils sont considérés comme des hommes de l’histoire de l’Afrique dans l’Afrique, notamment en Tanzanie, Angola et en Ouganda. Si je vous parle de ces pays, c’est parce qu’ils ont pris Lumumba comme modèle. Je vous rappelle que la plupart des leaders de ces pays se sont retrouvés en 1960 pour commémorer l’indépendance de notre pays au côté de Patrice-Emery Lumumba.

Hommes de l’histoire de l’Afrique

La commémoration de deux héros nationaux, Patrice-Emery Lumumba et M’zee Laurent-Désiré Kabila, donne à Emile Ilunga Kalambo l’opportunité de témoigner.

Acteur et témoin de l’histoire de lutte en République démocratique du Congo (RDC), ancien membre de l’Union générale des étudiants congolais, compagnon de M’zee et ancien président du RCD Goma, Dr. Emile Ilunga rend hommage au combat du premier Premier ministre de la RDC, retraçant par la même occasion son propre parcours de lutte au côté de Mzee Kabila, le soldat du peuple.

La RDC commémore cette année le double  assassinat de Patrice-Emery Lumumba et M’zee Laurent-Désiré Kabila. Quelle analyse faites-vous de ce double événement douloureux ?

L’assassinat de deux hommes solides qui représentaient non pas l’histoire de la RDC mais de la lutte anti-impérialiste, anticolonialiste en Afrique a été perpétré dans des conditions comparables.  Lumumba et Kabila ont mené une lutte qui s’est soldée en Afrique par la défaite des colonialistes.

Ils sont considérés comme des hommes de l’histoire de l’Afrique dans l’Afrique, notamment en Tanzanie, Angola et en Ouganda. Si je vous parle de ces pays, c’est parce qu’ils ont pris Lumumba comme modèle. Je vous rappelle que la plupart des leaders de ces pays se sont retrouvés en 1960 pour commémorer l’indépendance de notre pays au côté de Patrice-Emery Lumumba.

Y-a-t-il encore des lumumbistes sur le plan idéologique ? Comment êtes-vous devenu lumumbiste ?

Je pense que le peuple congolais demeure foncièrement Lumumbiste. Les militants de 1960 ont trahi le lumumbisme. Cependant, j’ajoute que si nous avons noué contact avec Kabila, c’est parce que, après la défaite des soulèvements populaires insurrectionnels des années 60, Kabila a été le seul militant lumumbiste à vouloir perpétuer le lumumbisme, en créant le maquis de Fizi-Baraka, avec d’autres camarades.

Si aujourd’hui, les anciens dirigeants du MNC ne sont plus lumumbistes, le peuple congolais demeure fondamentalement lumumbiste. Je suis devenu lumumbiste à travers une organisation estudiantine qu’on appelait l’Union générale des étudiants congolais (UGEC). Il y avait des grands leaders de ce mouvement, notamment BelJika. 

C’est grâce à lui en Belgique en 1965 que nous avons pris conscience que la jeunesse congolaise devait s’inspirer de l’histoire de leur pays  et adhérer aux idéaux lumumbistes adoptés par l’ensemble de l’Afrique.

Quels ont été vos rapports avec M’zee Kabila ?

Kabila avait envoyé trois délégués, Ismaël Tito Moto, Kazadi Nyembwe et Deogracias Simba, pour me rencontrer à Bruxelles. Kabila me connaissait probablement de nom. Il savait que j’étais militant. Ils m’ont demandé d’adhérer au PRP et d’en être le représentant en Europe. Avec Robert Mukendi, nous avons mis en place la première cellule du PRP à Bruxelles qui a fait connaître la révolution qui se passait à Fizi-Baraka.

A partir de là, nous avons demandé au président Kabila de venir nous rejoindre à Bruxelles. Nous avons pris en charge son déplacement, sa sécurité, son séjour. C’est ainsi que nous avons noué des contacts très solides avec lui. Il est venu plusieurs fois grâce à notre organisation. Il était très actif.

Qu’en est-il  de votre lutte au côté de Mzee ?

J’aimerais mettre les points sur les ï. Il y a de moment historique qu’on ne peut pas oublier dans la lutte autour de M’zee Laurent-Désiré Kabila. Il y a eu d’abord  l’organisation de la venue de Kabila en Europe. Il y avait l’essoufflement du mouvement révolutionnaire.

Kabila organisait le seul mouvement armé qui se battait contre le géant, c’est-à-dire Mobutu, soutenu par de grandes puissances, le monde occidental. Lorsque nous avons considéré que la lutte était  rude, nous avons organisé une première conférence des cadres à Bruxelles avec Kabila. Et là, je ne vous dis pas si les débats étaient houleux.

Il s’agissait de changer le mouvement politico-militaire en mouvement politique, en transformant la lutte armée comme forme principale de conquête de pouvoir en parti politique.

Nous avons beaucoup était critiqué parce que nous avons changé le dogme, la lutte armée comme seul moyen de conquérir le pouvoir. Pourquoi avons-nous changé la stratégie de lutte. Tout simplement parce que nous voulions collaborer avec les combattants de la rue qui prônaient la lutte non violente, qu’on puisse nous-mêmes changer et discuter de ce qui devait organiser l’après Mobutu.

C’est ainsi que Nous avons présenté Kabila à Nguz Karl-i-Bond, à Mungul Diaka et à  la jeunesse estudiantine révolutionnaire. Tous ces gens ont pu rencontrer Kabila grâce à notre action qui consistait à nous ouvrir aux autres congolais qui connaissent la lutte politique non armée.

Comment M’zee a-t-il été recruté pour la guerre de libération ?

C’est le second moment historique. Après la Conférence nationale souveraine qui n’a pas renversé le système Mobutu. Kabila, Ilunga et Deogracias Simba se sont rencontrés à Lusaka pour constater l’échec de la lutte non armée. Nous avons viré. Nous étions convaincus que seule la lutte armée était susceptible de renverser le régime de Kinshasa. C’est ainsi que nous avons noué des contacts avec d’autres mouvements et notamment le FPR.

Mais dans quelles conditions vous êtes-vous retrouvé avec Kabila à Kigali avant la guerre de libération ?

Les chefs d’Etat à la tête desquels conduits par Nyerere se sont réunis et avaient décidé d’en découdre avec le système Mobutu. Mais, il fallait des Congolais qui devaient jouer le rôle d’avant-garde. Kabila se trouvait en ce moment-là à Tanzanie. Il a été présenté par les collaborateurs de Nyerere au leader tanzanien. Nyerere l’a présenté à Museveni et à Kagame. Mais en même temps, Kisasu Ngandu était à Kampala. Tout naturellement, Museveni l’a présenté comme un allié. Et Kisasu Ngandu nous a seulement appelés pour constituer le trio qui allait bouleverser la face de l’Afrique. Et nous nous sommes retrouvés à Kigali pour déclencher ce que vous avez appelé la guerre de l’AFDL.

Etait-il facile d’entrer en contact avec Kabila ou bien les Rwandais le contrôler ?

Je pense que les Rwandais n’ont jamais apprécié qu’il y ait quelqu’un qui soit soutenu par un pays puissant de la sous-région. C’est ainsi que j’ai eu beaucoup de mal de rencontrer Kabila, la première fois.

Les Rwandais m’ont empêché de rencontrer Kabila la première fois. Parce que j’apparaissais comme un homme qui apportait  la caution nationale significative et qui allait modifier le cours de la lutte parce que nous étions en Angola, parce que nous étions armés, parce que nous étions nombreux. Au départ, j’avais six mille hommes armés, entraînés par les Angolais.

De toute façon, j’étais difficile à manipuler compte tenu de ce que je représentais comme force authentiquement congolaise. Il a fallu insister longuement  pour rencontrer Kabila. Nous nous sommes rencontrés pendant cinq minutes pour la première fois et dix minutes pour la seconde fois.

Etiez-vous surveillés à Kigali ?

Non, nous étions encadrés. Et je n’ai pas pu rencontrer Kabila. Je crois que c’est de l’histoire que nous faisons là. Nous sommes à Kigali. J’arrive à Kigali parce que nous sommes invités à Kigali parce que appelé par Kabila et Kisasu Ngandu. Et on ne fait rien pour que nous puissions nous concerter.

Il a fallu que je comprenne cela pour ne pas rester à Kigali et repartir. C’est ainsi que les accords de l’AFDL, je ne les avais jamais signés. Lorsque je suis arrivé, j’ai demandé de lire les accords de Lemera afin que j’appose ma signature  en connaissance des causes.

Au fond, l’ambiguïté entre Kabila qui connaissait les accords de Lemera et Kisasu Ngandu qui voulait que je participe alors qu’on l’a  empêché de me voir alors que c’est lui qui m’avait appelé et c’est avec lui que nous avons organisé mon départ de Bruxelles vers Kigali.

Comment êtes-vous devenu président du RCD ?

Je vous dis que les contradictions principales n’étaient pas idéologique entre Kabila et moi, puisqu’entre temps Kisasu Ngandu était mort et on ne sait pas comment. A ce moment-là, je me méfie de la direction de la guerre parce que je ne sais pas dans quelles conditions Kisasu Ngandu est mort.

Au moment où nous envoyons des troupes, au moment où les angolais sont impliqués dans la première guerre mondiale de l’Afrique, en ce moment-là nous étions déjà à Kenge, nous devons organiser la prise du pouvoir. Nous décidons d’appeler Kabila à Luanda pour pouvoir prévoir la distribution des rapports des forces à Kinshasa. Alors, entre Kabila et moi il y a eu une divergence fondamentale.

Le plan que nous avons préparé avec les Angolais était d’associer les résistants de Kinshasa notamment Tshisekedi parce qu’il le fallait. Mais Kabila et ses alliés principaux n’en voulait pas. Alors, j’ai renoncé à venir à Kinshasa participer au pouvoir bien que les américains me suppliaient de devenir le vice-président de la République. Même les Belges m’avaient téléphoné pour me dire que j’allais devenir le vice-président de la République. Je n’ai pas accepté.

C’est comme ça que vous êtes allés au RCD Goma ?

Non, pas toute suite. Lorsque nous arrivons au pouvoir le 17 mai 1997, Kabila et ses alliés s’organisent pour m’écarter. Je retourne à Bruxelles et je reprends mon bâton de militant. Au bout de trois mois, je dénonce ce qui allait se passer parce que je connais très bien Kabila et je pouvais savoir comment ses relations avec ses alliés allaient se terminer.

J’étais au fait des choses. Je suis resté à Bruxelles mais très vite les chefs d’Etat de la région prennent langue avec moi. Je comprends que Kabila et les chefs d’Etat de la région allaient connaitre des contradictions difficiles.  Un an après, on est venu me chercher.

J’étais à Bruxelles lorsque Kabila se séparent des rwandais. On a envoyé des délégations pour venir me chercher à Bruxelles. Je me suis rendu à Kigali à Kabuga, je suis Kabugiste, pour créer ce que nous avons appelé le RCD Goma.

Quelles leçons  devons-nous tirer de ces assassinats et comment les éviter ?

La formation politique des Congolais est médiocre et généralement ils accèdent aux affaires comme par hasard. Contrairement à certains pays africains qui ont conquis le pouvoir par la guerre, en ayant des compagnons de lutte, en développant un système de pensée collective, en reconnaissant les mérites des autres, les sacrifices.

Dans ces pays, vous verrez qu’il n’y a pas beaucoup d’assassinats. Prenez l’Angola, il y a eu beaucoup de luttes. Mais, il y a eu très peu d’assassinats parce que politiquement ils ont le sens de compagnons de lutte. Chez nous, la plupart des dirigeants arrivent par des moyens futiles. La crainte, la méfiance, les égos, la jouissance et le souci de la conservation des privilèges.

Quand on est arrivé par hasard, la tendance c’est le machiavélisme : la conquête du pouvoir et sa conservation par tous les moyens. Nous ne sommes pas démocrates. La plupart des dirigeants congolais n’ont pas développé la culture démocratique au sein de leur parti.

C’est ce que Laurent Désiré Kabila qualifiait de rapport de Seigneur à vassal. Regardez les Mobutistes, la plupart ont été des vassaux sous la deuxième République. Un pays, un président, un père, les autres ce sont des vassaux. Le seul seigneur c’était Mobutu.

Cette culture demeure. Même l’Afdl, la plupart des personnalités qui ont accédé au pouvoir ce sont les éléments qui n’ont pas eu le temps de travailler ensemble, de se connaitre, comme nous l’avons fait avec Kabila dans le RPR.

Quand nous nous retrouvions, nous sommes des compagnons. Et nous savons ce que nous avons sacrifié de notre jeunesse pour la lutte et les idéaux.

L’autre maitre c’était Lumumba. Lumumba était un démocrate. Son premier gouvernement a été celui de cohésion nationale. Dans son gouvernement il y avait tous les partis. C’est le premier gouvernement de consensus au sens premier du terme. 

Pensez-vous que s’il y a consensus on peut éviter les assassinats ?

S’il y a consensus, au sens premier du terme, c’est-à-dire que le débat doit exister. Quelqu’un qui a une opinion différente ne doit pas être considéré comme un ennemi ou quelqu’un à abattre. C’est cette notion, cette différenciation, cette sélectivité qui  nous manque.

Je me souviens au PRP, nous avions des débats très houleux et, in fine, Kabila faisait la synthèse. Oh ! Il avait une grande capacité synthèse. Nous étions des intellectuels autour de lui mais après le débat quand Kabila faisait la synthèse, je vous assure, on tirait chapeau bas.

[Freddy Mulumba et Amédée Mwarabu Kiboko]