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Afrique : Faut-il réduire le nombre des candidats à l’élection présidentielle ?

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La pléthore de candidats demeure le dénominateur commun des élections présidentielles africaines. Sans compter ceux qui sont chaque fois exclus de la course au pouvoir, à tort ou à raison, par le juge constitutionnel, le survol ci-dessus donne le tournis à l’électeur. Quatorze candidats étaient en lice au Nigeria. Il y en avait sept face à Pierre Nkurunzinza au Burundi. A la veille du premier tour en Côte d’Ivoire, sept candidats dont le président sortant Alassane Ouattara briguaient toujours la magistrature suprême. Le Burkina Faso a aligné quatorze candidats. Ils étaient à huit en Guinée Conakry comme en Tanzanie. Après que la cour constitutionnelle de transition ait rejeté quinze candidatures, dont celle de l’ex-président François Bozizé, renversé en mars 2013 et sous le coup de sanctions internationales, trente candidats participeront à l’élection présidentielle en Centrafrique. Le premier tour prévu pour le 27 décembre venait d’être repoussé au 30 décembre. Si des élites congolaises ou africaines embrassent la nouvelle année qui avance au galop en se disant que la pléthore de candidats à l’élection présidentielle n’est pas une fatalité et qu’elle peut être conjurée hic et nunc, nous aurons fait œuvre utile. Ceci d’autant plus que très souvent, comme au Congo en 2006 et 2011, les électeurs sanctionnent la pléthore de candidats, la plupart d’entre eux ne récoltant que 0% et des poussières. Sur les quatorze candidats à l’élection présidentielle du 14 février 2015 au Nigeria, douze ont fait des scores inferieurs à 1%. Sur les huit candidats à l’élection présidentielle du 25 octobre 2015 en Tanzanie, six s’étaient révélés n’être que des zéros et poussières. On pourrait multiplier les exemples jusqu’à l’infini.

Plusieurs élections présidentielles ont eu lieu en Afrique subsaharienne en 2015. Au Nigeria en février, au Burundi en juillet, en Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée Conakry et Tanzanie en octobre. Une autre se fait attendre en cette fin du mois de décembre en Centrafrique. L’an 2016 sera davantage riche. Des élections présidentielles sont prévues dans les pays ci-après : Benin, les deux Congo, Gambie, Ghana, Guinée Equatoriale, Niger et Ouganda. Et la liste n’est pas exhaustive.

Aujourd’hui comme hier, la pléthore de candidats demeure le dénominateur commun des élections présidentielles africaines. Sans compter ceux qui sont chaque fois exclus de la course au pouvoir, à tort ou à raison, par le juge constitutionnel, le survol ci-dessus donne le tournis à l’électeur. Quatorze candidats étaient en lice au Nigeria. Il y en avait sept face à Pierre Nkurunzinza au Burundi. A la veille du premier tour en Côte d’Ivoire, sept candidats dont le président sortant Alassane Ouattara briguaient toujours la magistrature suprême. Le Burkina Faso a aligné quatorze candidats. Ils étaient à huit en Guinée Conakry comme en Tanzanie. Après que la cour constitutionnelle de transition ait rejeté quinze candidatures, dont celle de l’ex-président François Bozizé, renversé en mars 2013 et sous le coup de sanctions internationales, trente candidats participeront à l’élection présidentielle en Centrafrique. Le premier tour prévu pour le 27 décembre venait d’être repoussé au 30 décembre.

Dans tous les Etats africains, les élites politiques et intellectuelles, qui ne semblent avoir d’autre ambition dans la vie que de copier le modèle politique occidental, sont les premières à crier haut et fort que les élections doivent permettre au peuple de faire un choix entre plusieurs programmes politiques. Et presque partout, ces mêmes élites sont conscientes que la pléthore de candidats est aux antipodes d’un tel objectif. Par ailleurs, il convient de noter que plus il y a de candidats, plus le coût du bulletin de vote où sont imprimés leurs numéros ou noms et photos est élevé pour des Etats souvent incapables de financer par eux-mêmes les élections alors que celles-ci, souveraineté oblige, devraient être envisagées dans l’esprit et la lettre de ce proverbe cher aux Bambala : “Lemu di magudu, musambudi lo”. Entendez, personne ne peut aider autrui à porter le fardeau de ses propres couilles.

La pléthore de candidats à l’élection présidentielle constitue donc un problème. Tout le monde semble en être conscient. Mais ce problème est vécu comme une fatalité, car il n’existe aucun débat de fond ou national pour le résoudre. Le nombre trop élevé de candidats discrédite la démocratie en polluant l’espace politique ? La candidature à l’élection présidentielle est banalisée ? Elle ne constitue pas la consécration de l’action politique, mais plutôt une simple quête d’ascension sociale ? Qu’importe ! L’Afrique continue à avancer ou à reculer tête baissée. Faut-il attendre que les Occidentaux viennent nous inciter à réfléchir ou qu’ils réfléchissent carrément à notre place pour enfin nous dicter la conduite à suivre ? 

Mille et une façons possibles et imaginables sont pourtant à notre portée pour conjurer cette calamité d’un système démocratique copié aveuglement et qui peine à asseoir la démocratie en Afrique s’il ne la torpille pas. L’augmentation de la caution constitue déjà une piste. Mais celle-ci a le malheur de ne pas être élégante. D’abord, y recourir donnerait à la démocratie qu’on voudrait bâtir l’allure d’une ploutocratie. Ensuite, politique du ventre oblige, un tel mécanisme ne peut que favoriser la caste enchanteresse des hommes du pouvoir, ceux-là mêmes qui se servent en toute impunité dans la caisse de l’Etat et que l’alternance est censée mettre hors d’état de nuire. Pour un éternel recommencement. 

Au lieu du relèvement censitaire du niveau de la caution, on pourrait ajouter d’autres critères d’éligibilité telle qu’exiger du postulant qu’il soit ou qu’il ait été au moins une fois un élu des législatives. Mais cela laisserait encore la voie grandement ouverte aux individus médiocres qui cherchent à se faire un nom ou qui croient enrichir leur cv avec la mention “candidat à l’élection présidentielle du Gondwana en telle ou telle autre année”.

Réduire drastiquement le nombre de candidats à la candidature présidentielle à partir des critères d’éligibilité semble contraire à l’idée même de démocratie. Il conviendrait donc d’explorer d’autres pistes. Comme, par exemple, créer une autre élection au coût dérisoire pour sélectionner parmi les candidats retenus par le juge constitutionnel ceux devant se présenter au suffrage universel de la nation. Il serait raisonnable de fixer leur nombre à un maximum de trois pour l’élection à un tour et cinq pour l’élection à deux tours. Dans un pays comme le Congo d’hier, c’est-à-dire avant la folie de Joseph Kabila de précipiter la réforme administrative, où les gouverneurs de province étaient élus, ceux-ci pourraient servir de grands électeurs à ce niveau. Une telle élection pourrait même se dérouler en ligne pour minimiser davantage son coût. Il va sans dire qu’il appartiendrait au juge constitutionnel de la valider.

Le système démocratique en vigueur actuellement en Afrique, qui résulte d’un copier-coller du modèle occidental, ne nous a jamais séduit. Aujourd’hui comme hier au lendemain des indépendances, le comportement schizophrène des élites à son origine débouche sur la désillusion, discréditant par voie de conséquence l’idéal démocratique. Mais puisque dans leur écrasante majorité, ces élites ne semblent avoir d’autre ambition que d’être de simples consommatrices de ce modèle exogène, il convient d’en souligner les défauts, qui sont aussi visibles que le nez au milieu du visage, et de proposer des pistes de solution. Tel est justement le cas de la pléthore de candidats à l’élection présidentielle.

Si des élites congolaises ou africaines embrassent la nouvelle année qui avance au galop en se disant que la pléthore de candidats à l’élection présidentielle n’est pas une fatalité et qu’elle peut être conjurée hic et nunc, nous aurons fait œuvre utile. Ceci d’autant plus que très souvent, comme au Congo en 2006 et 2011, les électeurs sanctionnent la pléthore de candidats, la plupart d’entre eux ne récoltant que 0% et des poussières. Sur les quatorze candidats à l’élection présidentielle du 14 février 2015 au Nigeria, douze ont fait des scores inferieurs à 1%. Sur les huit candidats à l’élection présidentielle du 25 octobre 2015 en Tanzanie, six s’étaient révélés n’être que des zéros et poussières. On pourrait multiplier les exemples jusqu’à l’infini. When will we ever learn ?

[Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo]