RDC - FMI : La rupture ?

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image Augustin MATATA PONYO MAPON

Humilié et éconduit sans ménagement en novembre 2012 par le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement prend calmement sa revanche, surtout qu’il s’agit d’un plat qui se mange très froid. Samedi 6 juillet 2013 devant la presse réunie au hall de l’entrée de son cabinet, le Premier ministre Matata Ponyo Mapon a prouvé, chiffres à l’appui, que la RDC avait atteint un niveau de maturité tel qu’elle pouvait se passer des services, souvent contraignants, du FMI. Pendant ce temps, sur le terrain des négociations d’un nouveau programme avec le FMI, c’est presque le statu quo. Dans les couloirs du gouvernement, certains estiment que les rapports entre le FMI et la RDC se conjugueraient déjà au passé. Est-ce déjà la rupture ? Pas évident. Toutefois, entre la RDC et le FMI, ce n’est plus le parfait amour : plus rien ne sera désormais comme avant.

Qui l’eût cru qu’un jour, la RDC se passerait des conseils du FMI  en parvenant à équilibrer son cadre macro-économique sans être préalablement en programme formel ? Pourtant, depuis l’arrêt brusque en novembre 2012 du PEG 2, le gouvernement est parvenu, dans un contexte de non accord avec le FMI, à consolider davantage la stabilité du cadre macro-économique. Ainsi, toutes choses restant égales par ailleurs, le gouvernement pourrait battre tous les records aussi bien en termes d’inflation, de taux de change que du niveau des réserves internationales.

Toutes ces prouesses, superbement étalées par le Premier ministre Matata Ponyo Mapon, ont été réalisées loin des regards inquisiteurs des experts du FMI. Matata s’en est d’ailleurs félicité, rappelant qu’« il ne faut pas nécessairement être en programme avec le FMI pour réaliser des performances économiques (…). Tout dépend de la rigueur et de la bonne gouvernance qu’on s’impose ». Un message que l’opinion publique a bien capté. Evidemment, chacun à sa manière et suivant le prisme qui lui convient.

Mais, la réalité est que la RDC croit être désormais affranchie du diktat du FMI. Dans les couloirs du gouvernement, on ne s’en cache plus. « L’époque où il fallait nécessairement être en programme avec le FMI pour stabiliser le cadre macro-économique est révolue.

Cette époque appartient au passé. Les chiffres le prouvent. Le cadre macro-économique est stable. Tous les indicateurs sont sous contrôle. Tout cela a été réalisé sans le FMI. Cette étape ayant été franchie, pour le gouvernement, le cap est maintenant engagé sur la croissance et le développement », a indiqué sous le sceau de l’anonymat un expert bien placé dans le sérail du Premier ministre. Un autre est plus explicite sur ce point.

« En novembre 2012, le FMI s’est trompé en suspendant sur des bases non objectives le PEG 2. Pour nous, c’était un défi. Car, il fallait prouver que la RDC avait une expertise éprouvée pour garder le cap. Aujourd’hui, c’est chose faite. La stabilité du cadre macro-économique ne fait plus polémique », commente un autre expert du gouvernement. Et de lancer par la suite la question fatidique : « Le temps n’est-il pas venu de nous affranchir de la forte présence du FMI dans la mise en œuvre de notre politique économique » ?

Si la question n’est pas clairement posée au niveau du gouvernement, elle alimente cependant le débat dans les couloirs du gouvernement. Le vice-Premier ministre, ministre du Budget, le professeur Daniel Mukoko Samba, économiste de formation, n’a pas d’ailleurs écarté l’option – quelques jours après l’arrêt du PEG 2.

Interrogé par la presse, il avait clairement relevé qu’avec l’arrêt du PEG 2, le gouvernement réfléchissait sur la mise en œuvre d’un programme autonome, qui n’émarge pas des ressources du FMI en termes de soutien à la balance des paiements. N’en serait-il pas déjà le cas ? Ce n’est pas exclu pour l’instant.

Toujours est-il qu’entre le FMI et la RDC, les rapports, longtemps assortis de nombreuses conditionnalités, ont changé d’orientation. Le Gouvernement vient nettement de prouver sa capacité à maintenir le cap d’une stabilité à longue durée du cadre macro-économique. 

PLUS RIEN NE SERA COMME AVANT

Certes, ce n’est pas encore la rupture entre les deux parties – la RDC  devant toujours garder son statut de membre à part entière du FMI. Les rapports entre le FMI et la RDC, avant le 30 novembre 2012, date à laquelle le FMI a décidé de l’arrêt unilatéral du PEG 2 et ce jour, sont différents. Ils ne seront plus les mêmes. Beaucoup de choses ont changé, particulièrement en faveur de la RDC.

Signe de fierté pour la Premier ministre Matata qui est parvenu, grâce à la rigueur et de la bonne gouvernance, à redonner fierté à un pays, à tout un pays. Décidément, la condescendance du FMI n’aura plus droit de cité, comme avant le 30 novembre 2012. Le Fonds se rend à l’évidence au regard de la récente évolution économique, financière et monétaire que la RDC a réussi des progrès impressionnants. C’est donc avec respect et plus d’égard que le FMI traitera désormais avec la RDC.

Serait-ce pour cette raison que les négociations piétinent pour la conclusion d’un nouvel accord formel avec le FMI ? On n’est pas loin de cette hypothèse. La raison invoquée par le FMI pour justifier l’arrêt brusque du PEG 2 s’étant avéré finalement inappropriée, le FMI se trouve aussi dans l’embarras.

Logiquement, le FMI devait se repentir de son erreur, avant toute négociation d’un nouvel accord. Car, avec la suspension du PEG 2, c’est tout l’honneur d’un pays et d’un gouvernement qui a été souillé. De ce point de vue, la RDC est dans le droit d’exiger réparation avant la conclusion d’un nouvel accord. Ce qui pourrait expliquer le gel des négociations devant aboutir à la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI.

Dans tous les cas, quelles que soient les prouesses que Matata aligne sur le plan économique, un accord avec le FMI reste indispensable. Question de rétablir, ne serait-ce que sur papier, la crédibilité extérieure de la RDC, entamée depuis la mesure cavalière du 30 novembre 2012.

[Le Potentiel]


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RDC, FMI