La RDC en feu

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image Martin KOBLER et Joseph KABILA

Dans un article intitulé « Sauvons le Congo, oui mais comment ? » publié il y a deux semaines sur le site « congoindependant.com», j’ai tiré la sonnette d’alarme à la suite de la multiplication des conflits intercommunautaires dans certaines parties de la RDC. A ce sujet, j’ai relevé le fait que ces conflits se manifestent surtout de façon accentuée au Kivu. Et j’ai fait remarquer que ce n’est surement pas un fait du hasard que ces conflits, qui se traduisent souvent par des massacres collectifs et des incendies de villages entiers, sont principalement localisés à l’est du pays (Katanga, Kivu, Province Orientale) certainement parce que le sous-sol de ces régions regorge de ressources minières qui font par ailleurs l’objet de convoitises de la part de puissances anglo-saxonnes et de certains pays limitrophes téléguidés par les mêmes puissances.

Enfin je n’ai pas manqué de souligner que ces rivalités interethniques remettent dangereusement en cause l’héritage le plus précieux du maréchal Mobutu, à savoir l’unité nationale symbolisée notamment par le slogan « Ekolo bo moko ! » (« Une seule nation, un seul peuple ! ».

Hélas, d’aucuns n’ont vu que la nostalgie d’un « mobutiste » dans mon plaidoyer en faveur de la sauvegarde de l’unité nationale par des actions concrètes visant à stopper net ces rivalités intercommunautaires qui conduisent tout droit la RDC vers sa dislocation.

Pourtant, ce qui continue de se passer au Kivu au rythme de combats meurtriers entre communautés qui vivaient jadis en bonne intelligence, me donne raison quant à la pertinence de mon cri d’alarme. La RDC est réellement en train de bruler. Et si nous n’y prenons garde, nous allons assister impuissants au processus de balkanisation du pays dont rêvent les multinationales au service de puissances occidentales.

La situation est d’autant plus inquiétante qu’elle semble échapper au contrôle de ceux-là mêmes qui devraient se montrer les premiers à réagir conséquemment, puisque l’objectif, apparemment noble, qu’ils poursuivent est justement de sauver le Congo.

Or, que voit-on ? En lieu et place des leaders de la plate-forme « Sauvons le Congo », c’est plutôt Martin Kobler, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC, qui a ressenti la nécessité de se rendre en personne parmi les communautés belligérantes afin de les aider à aplanir leurs différends, à enterrer la hache de guerre et à se mettre de nouveau ensemble pour construire leur espace vital commun.

Faut-il admettre par là que le patron de la Monusco intervenant auprès des communautés qui se battent entre elles serait-il plus crédible que les chefs coutumiers et les responsables politico-administratifs locaux ? Est-ce à dire que Martin Kobler sait se faire écouter mieux que les acteurs politiques nationaux qui prétendent incarner les aspirations des populations du Kivu ? Qu’attendent-ils pour aller éteindre le feu de la haine qui embrase leurs fiefs respectifs ? Pourquoi la solution aux divisions qui secouent les populations du Kivu, si solution il doit y avoir, devrait-elle venir d’un partenaire étranger ?

Certes, la « médiation » que Martin Kobler vient d’effectuer à Uvira où une trentaine de personnes ont été sauvagement fauchées, est on ne peut plus louable. Pour autant, qu’elle entre ou non dans les missions confiées à la Monusco, cette initiative est gênante dans ce sens  que pareille démarche relève avant tout de la responsabilité des leaders politiques congolais.

Voilà pourquoi, interpellé de nouveau par les derniers développements de la situation à Uvira, je reviens à la charge pour inviter patriotiquement la classe politique congolaise à s’investir de manière résolue dans la recherche de voies pouvant ramener la bonne entente entre tribus et communautés, au lieu de se limiter à l’organisation de « caravanes de la paix » qui n’ont manifestement apporté aucun résultat palpable sur le terrain.

Il y va à la fois, d’une part, de leur honneur en leur qualité de coresponsables, avec les pouvoirs établis, de l’éducation civique des populations et, de l’autre, de leur crédibilité en tant qu’acteurs désireux de prendre demain les rênes de la RDC, étant donné qu’il est de loin plus aisé de diriger une nation en paix que d’être en charge d’un pays balkanisé et déchiré par des phénomènes de massacres intercommunautaires.-

BONDO NSAMA, Journaliste

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