«Joseph KABILA» : Un autocrate aux abois

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image joseph KABILA - President sortant de la RDC.

Peut-on franchement consolider la cohésion en l’absence de solidarité et de justice sociale? Peut-on parler de cohésion nationale pendant que des segments de la société congolaise sont laissés au bord de la route et ne se sentent plus comme membres à part entière de la grande famille congolaise? Pour sauver la Nation en péril, il importe de commencer par le commencement en se posant une question : comment en est-on arrivé là? Seule une relecture de l’Histoire du pays, du 17 mai 1997 à ce jour, pourrait donner la réponse adéquate. Si les concertations convoquées par Joseph Kabila n’ont pas pour but la relecture de cette partie de l’Histoire commune, les forces politiques et sociales du pays rendront un éminent service à sa population meurtrie, en boycottant cette réunion pour éviter de donner dans un piège consistant à "légitimer" un autocrate aux abois.

La télévision nationale congolaise a annoncé ce jeudi 27 juin 2013, dans la soirée, la signature, par Joseph Kabila" d’une ordonnance portant organisation des "Concertations nationales" d’une durée de 15 jours, au strict maximum ! 

Ce forum réunirait, semble-t-il, toutes les couches socio-politiques de la Nation, bien que les Congolais de la diaspora n’ont pas été officiellement invités à y participer. Selon l’Agence Congolaise de Presse, il serait indiqué que les points qui seront débattus au cours de cette réunion, feront l’objet de discussion sans contrainte, ni intimidation quelconque. 

Que veut réellement Joseph Kabila ? Quelle finalité assigne-t-il à cette rencontre après une gestion calamiteuse de son pouvoir, et s’être imposé, en dépit de sa débâcle électorale du 28 novembre 2011, comme Président de la République Démocratique du Congo. 

L’idée d’organiser des "consultations" a été lancée par Joseph Kabila lors de son discours du 15 décembre 2012, des suites de la guerre au Nord-Kivu, et de l’occupation de la ville de Goma par les rebelles du M23. Ce qui est étonnant, c’est que Joseph Kabila, depuis qu’il est à la commande de l’Etat congolais, ne communique jamais avec "son" peuple pour connaitre les véritables aspirations de celui-ci. 

Sous l’égide des Nations Unies, l’Union Africaine a fait signer à onze Etats africains un "Accord Cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour le Congo Kinshasa". C’était le 24 Février 2013. Le texte recommande aux autorités congolaises notamment de "promouvoir la réconciliation nationale".

Que peut donc signifier une "concertation" ou un «dialogue" ? 

Selon la conception universellement admise, le mot "dialogue" met en présence deux interlocuteurs qui échangent dans le cadre d’un "entretien". Cela suppose que chaque personne ou chaque groupe de personnes, dispose d’un droit de parole et d’un contenu de ses déclarations, supposées différentes par rapport à son interlocuteur. Et le dialogue ne pourra être fructueux que dans le travail d’un chacun pour atteindre une synthèse acceptée par les deux antagonistes. Ce qui sous-entend qu’on se donne en amont, des critères pour se départager, en cas de divergences inconciliables ! De même, en aval, des critères bien définis doivent être retenus, pour dépasser le piège de l’influence de l’autorité organisatrice et maintenir le respect des principes de la démocratie, des valeurs fondatrices du progrès et du développement sociétal. 

La "concertation" se définit comme l’action de "se concerter" ou de discuter. Cela veut dire, s’entendre pour agir de concert et/ou "se décider" après "réflexion". Ainsi, dans son discours précité, Joseph Kabila a dit que les "concertations" auxquelles il aspire, visent seulement à consolider la "cohésion nationale".

Or, le peuple congolais ne s’est jamais complètement reconnu en Joseph Kabila depuis son accession à la magistrature suprême. La situation s’est corsée après le hold-up électoral du 28 novembre 2011. Et, la "cohésion nationale" s’est davantage fissurée par le retour en force du tribalisme et du régionalisme. Sans omettre de nombreux crimes d’Etat. On peut citer l’assassinat de Floribert Chebeya, de Fidèle Bazana et d’Armand Tungulu. On pourrait citer également la détention et la persécution injustifiée d’Eugène Diomi Ndongala, de Fernando Kutinho, de Jacques Chalupa, d’Eddy Kapend. 

Devant un tel sombre tableau, des concertations nationales vont parler de quoi ? Etant donné que le thème de "cohésion nationale" retenu par Joseph Kabila est totalement désintéressé de la véritable préoccupation des congolais, qui est, l’avènement d’un nouvel ordre politique, fondé essentiellement sur trois piliers : l’Etat de droit, le respect des droits de l’homme, et enfin, le progrès économique et social. 

On ne le dira jamais assez que le système Kabila est caractérisé par un Etat policier, la résurgence du tribalisme, du népotisme, du régionalisme, de l’arbitraire. Inutile de parler de la corruption, de la gabegie, de la spoliation et de l’aliénation des biens d’autrui, du bradage du patrimoine national et in fine, d’une justice aux ordres. 

Après considération de tous ces aléas, nous constatons qu’il y a déjà en sus, un faux départ, si l’on tient compte du fait que "l’acte convoquant les concertations nationales" confie la gestion du «présidium» au président de l’Assemblée nationale et du Sénat ! Et pourtant, il est connu que l’actuel président de l’Assemblée nationale, est le secrétaire exécutif de la Majorité présidentielle (MP), et membre influent du PPRD, tandis que par contre, Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, n’est qu’un opposant de façade. Il va sans dire que ces discussions inutiles sont "verrouillées".

La tenue de ces assises est également faussée, du fait que toutes les "propositions" qui s’exprimeront dans ce forum, ne seront entendues que comme de simples "recommandations politiques" adressées à Joseph Kabila. 

A l’appui de l’élection d’Apollinaire Malu Malu à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et de la sortie remarquée du secrétaire général du PPRD, Evariste Boshab, pour le baptême de son controversé ouvrage, visent le projet de la révision de la Constitution (impossible actuellement par l’article 220 de la constitution), en poussant sa réalisation par voie de concertation en vue de renforcer une prétendue «cohésion nationale».

Peut-on franchement consolider la cohésion en l’absence de solidarité et de justice sociale? Peut-on parler de cohésion nationale pendant que des segments de la société congolaise sont laissés au bord de la route et ne se sentent plus comme membres à part entière de la grande famille congolaise? 

Pour sauver la Nation en péril, il importe de commencer par le commencement en se posant une question : comment en est-on arrivé là? Seule une relecture de l’Histoire du pays, du 17 mai 1997 à ce jour, pourrait donner la réponse adéquate. 

Si les concertations convoquées par Joseph Kabila n’ont pas pour but la relecture de cette partie de l’Histoire commune, les forces politiques et sociales du pays rendront un éminent service à sa population meurtrie, en boycottant cette réunion pour éviter de donner dans un piège consistant à "légitimer" un autocrate aux abois. Ce boycott sera rythmé, comme les Congolais en ont le secret par cette leçon qu’un petit voleur congolais a tiré devant ses juges : « Voler n’est pas bon ! Voler n’est pas bon ! Tricher n’est pas bon ! Tricher n’est pas bon ! » 

[Bamba di Lelo / Docteur en Sciences Politiques de l’UCL / Analyste des questions politiques du Congo / jbadil@hotmail.be]


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