KongoTimes! - La Force d'Informer: Attaque de Lukolela : Kinshasa et Brazzaville ne se disent pas des vérités «vraies» Attaque de Lukolela : Kinshasa et Brazzaville ne se disent pas des vérités «vraies» ================================================================================ KongoTimes! on 12/10/2011 15:21:00 Visiblement, les deux pays ne se disent pas des vérités «vraies». Le langage diplomatique embouché du côté congolais de Kinshasa contraste d’avec l’arrogance de la partie congolaise de Brazzaville. L’attaque de Lukolela est un incident de plus entre Kinshasa et Brazzaville. Des mots «fâcheux» de trop. Kinshasa et Brazzaville ne peuvent plus se contenter du «lavage du linge sale en famille». Mais d’une vraie diplomatie préventive, socle de toute politique de bon voisinage. Malheureusement, les parties ne jouent pas franc jeu. Les déclarations publiques contrastent d’avec les actes posés sur le terrain. Vendredi 7 octobre, un commando attaquait le village de Lukolela, en République démocratique du Congo. Dans un point de presse tenu quelques heures plus tard, le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, professeur Adolphe Lumanu, annonçait que Lukolela était attaqué par des éléments venus du Congo-Brazzaville. Outre Lukolela, ils devraient également attaquer les villes de Mbandaka, Bolobo, Kwamouth dans les provinces de l’Equateur et du Bandundu ainsi que les villes de Kinshasa et Matadi (chef-lieu de la province du Bas-Congo). De plus, les assaillants étaient munis d’un ordre de mission signé par le général Benoît-Faustin Munene en détention à Brazzaville, et qu’ils avaient sur eux des cartes de résidents du Congo-Brazzaville. Réplique de Brazzaville par la bouche du ministre de l’Intérieur : «Il s’agit d’un montage pour ne pas organiser le scrutin du 28 novembre 2011». Juste ce qu’il fallait pour convoquer une réunion urgente. Une «rencontre de vérité» pour reprendre les propos du vice-Premier ministre Lumanu vient de se tenir à Brazzaville. Les deux parties ont convenu de privilégier le dialogue et le linge sale a été lavé en famille. Décrispation. Pour combien de temps ? DES INCIDENTS A REPETITION On ne peut que saluer le courage politique de Kinshasa et Brazzaville de privilégier le dialogue et de laver le linge sale en famille. Mais à dire vrai, Kinshasa et Brazzaville ne doivent plus s’arrêter en si bon chemin. Il importe désormais d’aller en profondeur, de renforcer les mécanismes en place, pilotée par la grande commission mixte Congolo-congolaise et la structure de «règlement de crise», mise dernièrement en place, par l’acceptation des pratiques classiques de la «Diplomatie préventive» afin de prévenir les incidents, de mieux les gérer dans le but de disposer d’une vraie politique de bon voisinage. Au fait, Kinshasa et Brazzaville ne sont pas du tout à leur premier incident. Déjà dans les années 60, en pleine période de la Guerre froide, les cartes se brouillaient avec l’abbé Fulbert Youlou d’un côté, ami et frère du président Kasa-Vubu, mais qui soutenait Moïse Tshombe dans la sécession katangaise avant qu’ils ne se brouillent par la suite. Moïse Tshombe, alors Premier ministre du Congo-Léopoldville, venait de décider de l’expulsion de tous les Congolais de Brazzaville. Incident grave et de triste mémoire. Evolution des relations en dents de scie à l’époque de Massamba-Débat, avec la Jeunesse MNR, et Marien Ngouabi, d’une part, de l’autre Mobutu. L’on se souvient des Kikadidi, Pierre Kikanga alias Sirocco, Ange Diawara, pour ne citer qu’eux. Des Congolais de Brazzaville qui avaient trouvé refuge à Kinshasa et accusés d’avoir mené des expéditions militaires pour renverser les régimes en place à Brazzaville. Entre-temps, Kinshasa ne cessait d’interpeller Brazzaville sur la présence des lumumbistes qui avaient fui le pays pour se réfugier à Brazzaville. Ils avaient créé le «Conseil national de libération, CNL», avec André-Guillaume Lubaya. Ce climat de méfiance entre les deux rives, deux capitales les plus proches du monde, était alimenté par la «guerre des ondes», des «cartes blanches» épistolaires que relayaient les musiciens de deux côtés à travers des tirades, des «chansons pamphlétaires». L’on avait même atteint le point de non retour avec la rupture des relations diplomatiques en 1969 autour de l’Affaire Mulele. Par ces temps qui courent, le climat est empoisonné, depuis l’arrivée de l’AFDL au pouvoir, avec la présence des éléments des ex-FAZ/DSP à Brazzaville, le général Faustin Munene par qui le dernier incident est arrivé, et le chef des Enyele, Udjani. Le climat de méfiance s’est installé, la suspicion s’est accentuée. Certes, au sommet des Etats, les présidents Denis Sassou Nguesso et Joseph Kabila Kabange ne cessent de déployer des efforts considérables pour maintenir un climat de bon voisinage. Mais aujourd’hui, plus que jamais, il faut concourir au renforcement de ce climat par une approche pragmatique qui ne consiste qu’à déclencher tout le mécanisme de la diplomatie préventive. Elle sous-entend un échange régulier des renseignements prioritaires de tous ordres, un service mixte de surveillance des frontières, un échange d’informations entre services de migration, un accord judiciaire portant sur l’arrestation et l’extradition des fugitifs de la Justice ou des condamnés à la suite d’un procès régulier ; création d’un cadre permanent de concertation des «Amis de deux Congo» se fondant sur la dimension culturelle qui unit les deux pays… Ces cellules ont pour mission de renforcer le travail de la grande commission mixte, de cette structure de crise, dans le but de consolider un climat de confiance indispensable à toute politique de bon voisinage. Car, il est important de souligner que le moindre incident ne peut toujours pas avoir comme cause principale, la politique. Il peut être tributaire de la contrebande, la fraude des minerais, et aujourd’hui, la circulation des armes légères et la drogue. Autant d’éléments susceptibles d’entretenir des «groupes d’intérêts», d’allumer le brasier, de provoquer des incidents calculés, d’opposer les régimes en place, d’élargir le fossé entre deux peuples aux liens de consanguinité séculaires. Réalité que l’on cherche certainement à consolider en jetant un pont route-rail sur le majestueux fleuve Congo. C’EST SI LOIN LES COREE… Les deux Congo ont une histoire unique. Deux Etats séparés par la colonisation depuis leur fondation mais qui disposent de deux peuples, mais un seul, ayant quasiment les mêmes us et coutumes, parlant les mêmes langues et dialectes. Deux peuples, un seul, qui ont longtemps souffert des caprices de la Guerre froide, avec les marxistes-léninistes à Brazzaville, et les capitalistes à Kinshasa. Qu’est-ce qui va les séparer maintenant, en cette période de démocratisation des pays, de l’Union des Etats pour se doter d’une véritable force économique et monétaire ? Apparemment rien. Le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville, deux pays stratégiques, peuvent servir de rampe de lancement du développement de l’Afrique centrale. Avec comme voisin direct et immédiat, non des moindres, l’Angola, les trois pays forment la «Troïka», si pas les «Dragons» de l’Afrique centrale à même d’offrir des opportunités incommensurables à l’Afrique australe, orientale pour tendre ensuite vers l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville n’ont plus rien avoir avec les deux Corée, par exemple, soumises encore aux influences idéologiques, divisées par des intérêts occidentaux et socialistes du dernier âge. C’est si loin, les deux Corée, dirait-on. Un peu comme la Chine, «Deux Etats, une Nation». DIPLOMATIE DES DUPES Visiblement, les deux pays ne se disent pas des vérités «vraies». Le langage diplomatique embouché du côté congolais de Kinshasa contraste d’avec l’arrogance de la partie congolaise de Brazzaville. Lorsque le vice-Premier ministre Lumanu parle de linges sales lavés en famille, cela voudrait-il signifier que les propos tenus par son homologue ont été retirés ? Pourquoi ne l’avoir pas fait publiquement ? Serait-il désormais diplomatiquement correct de traiter des dossiers sensibles sur la place publique en dénigrant un voisin ? Toutes ces interrogations démontrent, si besoin en était encore, que le langage des dupes ne permettrait pas d’asseoir des relations sincères de bon voisinage. Il est temps que Kinshasa et Brazzaville prennent la mesure des enjeux sous-régionaux et régionaux dans cet élan de justifier leur appartenance à l’Afrique centrale ; la plaque tournante des «autoroutes» du développement de toute l’Afrique. [Le Potentiel]