Economie : la zone euro ne va pas échapper à ses problèmes de sitôt

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L'économie de la zone euro est censée faire un peu mieux en 2015, mais pas à cause de la politique exigée par l'Allemagne. Et le rebond risque de n'être que temporaire, et non pas le début d'une reprise soutenue. Pour surmonter sa récession de bilan, la zone euro a besoin d'assainir ses banques, de réduire dans la plupart des cas le surplus écrasant de la dette privée, de remédier à l'insuffisance des investissements énormes, d'éliminer les obstacles à l'entreprise et de s'attaquer à la traînée déflationniste du mercantilisme allemand. Voilà pourquoi la zone euro ne va pas échapper à ses problèmes de sitôt.

La zone euro montre des signes encourageants de reprise économique. Mais cela reste trop modeste pour espérer un véritable rebond.

A première vue, l'économie de la zone euro semble bien être sur la voie de la guérison. Les marchés boursiers affichent une tendance à la reprise. Les consommateurs reprennent confiance. Les prix plus bas du pétrole, près d'un euro moins cher et l'assouplissement quantitatif mis en place par la Banque centrale européenne (BCE) sont censés stimuler la croissance. Le président de la BCE Mario Draghi a déclaré « qu'une reprise durable est en train de prendre » tandis que les décideurs à Berlin et Bruxelles font grand cas des signes de vitalité en Espagne et en Irlande, pour soutenir que leur pilule amère de consolidation budgétaire et de réformes structurelles a fonctionné comme prévu.

Pourtant à y regarder de plus près il parait évident que l'amélioration est modeste, sans doute temporaire et qu'elle ne résulte pas des mesures recommandées par l'Allemagne. Il est vrai que selon certaines estimations, l'économie de la zone euro va sûrement avoir un taux de croissance annuelle de 1,6% contre 0,9% sur l'année durant le quatrième trimestre de 2014. Mais ce taux est beaucoup plus faible qu'aux États-Unis et qu'en Grande-Bretagne. Avec une économie de la zone euro plus faible de 2% qu'il y a sept ans, le terme « reprise » ne semble pas être le mot juste, surtout quand cet apaisement risque d'être de courte durée.

Faux espoirs

Tout d'abord, la hausse sans précédent des prix plus bas du pétrole s'est déjà dissipée. Après une chute de plus de la moitié entre mi-juin et mi-janvier, les prix du pétrole en euros ont depuis rebondi d'un tiers, en partie en raison de la forte dévalorisation de l'euro, qui a en général augmenté les tarifs des importations. L'effet de ce phénomène sur les budgets des ménages et des entreprises ne donne guère de raisons de se réjouir.

Les responsables politiques comptent sur une monnaie plus compétitive pour stimuler la croissance. Mais ils risquent d'être déçus. Alors que les exportations de la zone euro sont de plus en plus tributaires des chaînes d'approvisionnement mondiales, une monnaie moins chère fournit moins de croissance qu'auparavant. Les exportateurs peuvent également choisir d'empocher les gains, plutôt que chercher à accroître leur part de marché.

En 2014, les exportations de la zone euro représentaient près de deux mille milliards ($ 2,6 mille milliards à l'époque) de plus que celles de la Chine. Compte tenu d'une demande mondiale inégale, une croissance rapide des exportations sera difficile à réaliser. Dans tous les cas, comme les exportations représentent seulement un cinquième de l'économie de la zone euro de 10 mille milliards d'euros, elles sont peu susceptibles de stimuler une forte reprise, au moment où la demande intérieure reste faible. Selon le modèle de la BCE, la dévalorisation de 10% de l'euro l'an dernier (en termes réels pondérés) ne pourra faire augmenter la croissance que de 0,2% cette année.

Les avantages de l'assouplissement quantitatif risquent également de se révéler éphémères. La baisse des coûts d'emprunt des gouvernements a peu de chances de stimuler beaucoup la croissance, car les réglementations de l'Union européenne empêchent l'expansion budgétaire. Dans l'ensemble, la politique budgétaire de la zone euro est paramétrée pour être globalement neutre cette année, selon la Commission Européenne, avec toutefois quelques pressions supplémentaires en Irlande, en France et en Italie.

L'assouplissement quantitatif améliore effectivement les conditions de financement de quelques entreprises de la zone euro assez grandes pour exploiter les marchés de capitaux. Mais même aux États-Unis et en Grande-Bretagne où les marchés financiers jouent un rôle beaucoup plus important dans le financement des entreprises, l'inflation du prix des actifs a peu fait pour encourager les consommateurs à dépenser ou les entreprises à investir. Au contraire, les investissements dans une économie réelle faible ont été beaucoup moins attrayants que la perspective de gagner de l'argent facile grâce à de l'ingénierie financière.

Faux succès

La plupart des entreprises dans la zone euro dépendent de financements bancaires et alors que les conditions de crédit ont été quelque peu améliorées, les prêts stagnent (et continuent à chuter en Europe du Sud). Tant que les banques zombies sont plombées par des créances douteuses, cela risque de ne pas changer beaucoup.

Ni la petite remontée dans la croissance de la zone euro, ni l'expansion relativement rapide en Espagne et en Irlande, ne peuvent être attribuées à la recette de consolidation budgétaire allemande, ni aux mesures visant à accroître la compétitivité des exportations. Rien n'est plus éloigné de la vérité.

L'Espagne est loin d'être un exemple d'un ajustement fiscal réussi. Au contraire, sa reprise a coïncidé avec l'assouplissement de l'extrême austérité imposée en 2011-2013, qui a encouragé les ménages à dépenser plus malgré des salaires stagnants. Malgré cela, son économie reste de 5,7% inférieure à celle d'il y a sept ans. Un pourcentage énorme de 23,7% des Espagnols (et d'un jeune sur deux) sont au chômage, alors que beaucoup d'autres ne font même plus partie de la population active.

Parallèlement, le déficit budgétaire de l'Espagne était de 5,7% du PIB l'an dernier, le taux le plus élevé de l'Union européenne. L'augmentation rapide de sa dette publique devrait atteindre 100% du PIB cette année. Comme les responsables du pays se dirigent vers une élection plus tard dans l'année, la Commission européenne a approuvé l'élargissement de son déficit structurel. Plutôt qu'être en pleine expansion suite à l'austérité, l'Espagne à bien des égards n'obtient qu'un simple laissez-passer.

L'Irlande non plus (la plus forte croissance économie européenne de l'an dernier), n'a pas confirmé la pertinence des recommandations politiques de l'Allemagne. Après tout, l'Irlande est une économie minuscule très ouverte, dont le secteur d'exportation en plein essor bénéficie d'atouts existants (y compris de faibles taxes professionnelles, une main-d'œuvre qualifiée et une économie souple) et de conditions externes favorables, en particulier la forte reprise de ses principaux marchés, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Malgré cela, l'économie est plus réduite qu'avant la crise, le taux de chômage est à deux chiffres, la demande intérieure reste déprimée et le projet de loi de renflouement bancaire de 64 milliards d'euros, injustement imposé à 2,2 millions de contribuables irlandais, occupe toujours une place importante.

L'économie de la zone euro est censée faire un peu mieux en 2015, mais pas à cause de la politique exigée par l'Allemagne. Et le rebond risque de n'être que temporaire, et non pas le début d'une reprise soutenue. Pour surmonter sa récession de bilan, la zone euro a besoin d'assainir ses banques, de réduire dans la plupart des cas le surplus écrasant de la dette privée, de remédier à l'insuffisance des investissements énormes, d'éliminer les obstacles à l'entreprise et de s'attaquer à la traînée déflationniste du mercantilisme allemand. Voilà pourquoi la zone euro ne va pas échapper à ses problèmes de sitôt.

[Philippe Legrain/lesechos.fr]


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