Conflit pétrolier RDC - Angola : Kinshasa rejette une solution à l’amiable impliquant les Nations unies

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image Pétrole - Perenco

Le gouvernement de Kinshasa s’oppose cette fois ouvertement à l’Angola pour défendre son pétrole offshore. Selon des sources généralement bien informées, Kinshasa aurait rejeté une solution à l’amiable impliquant les Nations unies dans la mesure où il sent qu’il n’y trouverait pas son compte. Par contre, il reposerait tous ses espoirs sur la justice internationale. Voilà donc une affaire qui agite de la plus belle des manières les relations pour le moins apaisées qui lient les deux pays.

Entre la RDC et l’Angola, les rapports paraissent au beau fixe. Juste en apparence ! Car le différend qui les oppose sur le pétrole du plateau continental, principalement dans les blocs 14 et 15, n’a jamais été dissipé. Kinshasa réclame son pétrole que Luanda exploite sans partage depuis trois décennies.

Fort de la Convention de Montego Bay qui redéfinit les limites du plateau continent d’un Etat, la République démocratique du Congo s’est engagée dans une bataille juridique pour retrouver ses droits sur le versant du plateau continental lui revenant  et où l’Angola tire actuellement une bonne partie de sa production de brut.

A Luanda, le forcing de Kinshasa a été par moment perçu comme un affront, au regard, commentait-on dans la capitale angolaise, de l’appui que l’Angola accordé à la RDC dans les temps difficiles de la guerre. L’on agitait notamment la grande offensive menée par les troupes angolaises en 1998 pour mater une opération commando menée depuis la base de Kitona dans le Bas-Congo par les rebelles du RCD/Goma. 

Depuis lors, des réunions se sont multipliées aussi bien à Luanda qu’à Kinshasa pour dissiper les malentendus.  A défaut d’un compromis, c’est finalement auprès de la Commission onusienne des limites du Plateau continental des Nations unies que la partie angolaise avait préféré se référer pour une solution à l’amiable.

La démarche n’ayant pas été du goût de Kinshasa, celui-ci n’a pas avalisé la procédure et très vite, l’on s’est trouvé devant une impasse.  Pour contourner ce blocage, la partie congolaise s’est tournée vers Hambourg, auprès du Tribunal du droit de la mer. Nos sources indiquent que c’est le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, qui en a clairement fait mention dans sa lettre du 11 avril au secrétaire général des Nations unies.

Qu’est-ce à dire ? Selon des sources généralement bien informées, Kinshasa aurait rejeté une solution à l’amiable impliquant les Nations unies dans la mesure où il sent qu’il n’y trouverait pas son compte. Par contre, il reposerait tous ses espoirs sur la justice internationale. Voilà donc une affaire qui agite de la plus belle des manières les relations pour le moins apaisées qui lient les deux pays.

Dans une tribune parue le 2 mai 2014 dans La Libre Belgique, Marie-France Cros tente de pénétrer à sa manière cette énigme. « Après avoir fait longtemps l’autruche, écrit-elle, le gouvernement de Kinshasa s’oppose cette fois ouvertement à l’Angola pour défendre son pétrole offshore ».

Le 11 avril, rapporte-t-elle, le ministre des Affaires étrangères de la RDC, Raymond Tshibanda, a écrit au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, pour lui demander que la Commission onusienne des limites du Plateau continental « s’interdise » d’examiner la demande angolaise en cette matière avant que Luanda et Kinshasa résolvent leur différend frontalier.

Comment en est-on arrivé là ? Nombre d’experts pensent que Kinshasa a péché par sa négligence, si bien que Luanda a jugé mieux de se référer à la Commission onusienne des limites du Plateau continental pour obtenir gain de cause. Or la procédure exigerait un accord préalable de Kinshasa avant la saisine de la commission spécialisée de l’ONU.

« Le type de demande fait par l’Angola n’est pas inhabituel », note à juste titre Marie-France Cros. « L’Onu l’accorde, poursuit-elle, lorsque les pays voisins du demandeur sont d’accord. Clairement, ce n’est pas le cas ».

Dans les faits, l’Angola a effectivement déposé devant l’Onu, comme il le peut, une demande d’extension vers le large de sa Zone économique exclusive (ZEE), qui va jusqu’à 370 km des côtes maximum.  Selon Kinshasa, cette ZEE angolaise empiète sur le territoire maritime congolais, souligne La Libre Belgique.

Selon le professeur Kasongo Numbi, expert géologue cité par La Libre Belgique, l’Etat angolais exploite à son compte « exclusif » une partie de la ZEE congolaise de même que celle  qui s’étend sur sa mer territoriale (12 miles marins de la côte) et sa Zone contiguë (24 miles marins au maximum). La plus grande partie des blocs 14 et 15 angolais appartiendrait ainsi au Congo. En 2009, on estimait les réserves de ces deux blocs à 4,3milliards de barils.

Les bons offices de la France

Des sources généralement bien informées indiquent que la France a offert sa mission de bons offices pour tenter de régler ce différend. C’est le géant pétrolier Total qui s’est chargé de piloter cette opération, commentent les mêmes sources. Le récent passage du PDG de Total à Luanda, suivi quelques jours après par le voyage du président José Eduardo dos Santos en France, rentrerait dans le cadre de l’offense diplomatique que mènent les dirigeants français. Fini l’Angolagate qui avait éloigné pendant plus d’une décennie la France de l’Angola. Les nouveaux rapports entre les deux parties pourraient de redéfinir autour du pétrole. 

L’on se rappelle que Total s’est engagé à investir 16 milliards de dollars américains dans les eaux ultra-profondes offshore de l'Angola. Les fonds, a indiqué la compagnie dans un communiqué de presse, vont financer le projet Kaombo, situé à environ 260 km au large de Luanda et à une profondeur de 1.400 à 1 900 m. Ironie du sort, Total est en exploitation dans les deux blocs querellés, c’est-à-dire les blocs 14 et 15.

Aux dernières nouvelles, il nous revient que ce n’est plus ni à New York, ni à Hambourg que devrait se dénouer le différend entre Kinshasa et Luanda ; ce serait plutôt à Paris, capitale de la France. Le prochain déplacement du président Kabila rentrerait dans ce schéma, susurre-t-on dans les milieux spécialisés.

Le plus évident est qu’après des années d’exploitation dans les blocs litigieux, Kinshasa ne cache plus ses intentions de récupérer ses droits sur son Plateau continental. Y arrivera-t-il ? Nul ne le sait pour l’instant. Tous les regards sont désormais tournés vers Paris où le règlement du différend pourrait se faire des Nations unies et de la justice internationale.

[lePotentiel]


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