RDC : Les conditions sociales de la population ne s'améliorent pas

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image Joseph KABILA, Olive Lembe et les enfants

De façon fréquente et répétitive, l'opinion se demande pourquoi en dépit des taux de croissance élevés depuis 2010, les conditions sociales de la population en RDC ne s'améliorent pas significativement. Deux réponses simples peuvent être données à cette préoccupation légitime. D'abord, lorsque la croissance augmente, elle se diffuse en premier lieu sur ceux qui travaillent, à condition bien sûr que l'inflation soit maîtrisée. Ensuite, cette diffusion ne se fait pas immédiatement, mais elle exige du temps et tient surtout compte de l'importance initiale du gâteau national.

La finalité de toute politique économique est l'amélioration du bien-être collectif. Pour ce faire, la politique économique a traditionnellement deux principaux objectifs : un taux d'inflation faible (maîtrise du coût de la vie) et un taux de croissance ou d'augmentation des richesses suffisamment élevé.

Pourquoi ces deux objectifs ? Soit un individu disposant d'un revenu mensuel de 1.500.000 FC reparti comme suit pour couvrir ses besoins :

" Nourriture : 300.000 FC

" Soins de santé : 150.000 FC

" Frais scolaires : 350.000 FC

" Habillements : 150.000 FC

" Loisirs : 100.000 FC

" Imprévus : 150.000 FC

" Epargne en vue des investissements futurs : 300.000 FC

1.500.000 FC

Pour que le bien-être de l'individu soit préservé, il faut que le pouvoir d'achat (en termes simples la quantité des biens et services relevés ci-haut que permet de procurer son revenu de 1.500.000 FC) soit stable ou augmente. De ce fait, pour que son pouvoir d'achat soit le même; il faut que l'inflation (l'augmentation du niveau général des prix) soit maîtrisée. Pour améliorer son bien-être, il faut accroître son pouvoir d'achat. Et ceci n'est possible que si les richesses augmentent ou en d'autres termes, s'il y a croissance de l'activité.

En résumé, comme l'inflation comporte le risque de faire baisser le pouvoir d'achat et de dégrader le bien-être, il faut chercher à tout prix à la contrôler, à la maîtriser, à la stabiliser.

Par ailleurs, comme la croissance comporte l'avantage d'accroître le pouvoir d'achat et d'améliorer le bien-être, il faut chercher à tout prix à l'augmenter, à l'accélérer tout en veillant à la redistribution de ses fruits.

2. Bilan de la croissance en RDC

a)    Depuis 1960, l'économie congolaise n'a pas encore enregistré de croissance à deux chiffres ;

b) Dans l'ordre de priorités, les 10 meilleurs taux de croissance  en termes de création rapide des richesses sont les suivants: 9,7% en 1970, 9,1% en 1969, 8,5% en 2013, 8,4% en 1968, 8% en 1973, 7,4% en 1960, 7,2% en 2012, 7,1% en 2010, 6,9 % en 2011 et 6,7% en 1965;

 c) Dans l'ordre de priorités, les dix mauvais taux de croissance en termes de destruction rapide des richesses sont les suivants: -26,1% en 1961 (guerre civile, troubles sociaux après la mort de l'Héros National Patrice LUMUMBA, sécession katangaise, amputant l'économie de la production de la Gécamines notamment), -13,5% en 1993 (contrecoups de la crise politique, villes mortes,  pillages de l'appareil de production notamment  du secteur import-export), -10,5% en 1992 (contrecoups de pillages, villes mortes, désobéissance civile) , -8,4% en 1991(contrecoups de pillages, crise politique , désobéissance civile, villes mortes), -7,8 % en 1975 (contrecoups de l'échec des mesures de nationalisation (Zairianisation), d'étatisation (radicalisation) et de rétrocession (désengagement de l'Etat de l'activité économique)), -6,9% en 2000 (contrecoups de la guerre d'agression, amputation de la partie Est du pays), -6,6% en 1990 ( chute de la production de la Gécamines avec l'ébranlement de la mine de KAMOTO), -6,4% en 1976, -5,4% en 1997 et-5,3% en 1978;

 d) Les périodes les plus longues de croissance ou de création de richesses (5 ans d'affilée et plus): 2002 à 2013 (12 ans), 1968 à 1973 ( 6 ans),  1983 à 1988 (6 ans ), 1962 à 1966 (5 ans); 

e) Les périodes les plus longues de décroissance ou de destruction de richesses : 1989 à 1994 (6 ans), 1996 à 2001 (6 ans);

Graphique 5 : Les plus longues périodes de décroissance (au moins 5 ans d'affilée)

f) Dans l'ordre de priorités, les dix meilleurs taux de croissance (où le taux de croissance des richesses est supérieur au taux de croissance démographique d'une  moyenne de 3%) sont les suivants: 9,7% en 1970, 9,1% en 1969, 8,5% en 2013, 8,4% en 1968, 8% en 1973, 7,4% en 1960, 7,2% en 2012, 7,1% en 2010, 6,9 % en 2011 et 6,7% en 1965;

(Voir graphique 2 ci-haut)

g) Dans l'ordre de priorités, les dix pires  taux de croissance (où le taux de croissance est inférieur au taux de croissance démographique d'une  moyenne de 3%) sont : -26,1% en 1961, -13,5% en 1993, -10,5% en 1992, -8,4% en 1991, -6,9% en 2000, -6,6% en 1990, -6,5 en 1976, -5,4% en 1997, -5,3% en 1978.

(Voir graphique 3 ci-haut)

3. Bilan de l'inflation en RDC

a) Dans l'ordre de priorités, les dix taux d'inflation les plus faibles (taux d'inflation annuel à 1 chiffre) sont: 1,03% en 2013, 1,7% en 1970, 2,7% en 2012, 3,9% en 1971, 4,4% en 2003, 8,5% en 1965, 9% en 2004, 9,4% en 1972, 9,8% en 2010, 9,9% en 2007;

 b) Dans l'ordre de priorités, les dix pires taux d'inflation: 9.794,9% en 1994, 4651,7% en 1993, 3644,9% en 1991, 2989,6% en 1992, 693% en 1996, 511,2 % en 2000, 483,7% en 1999, 370,3% en 1995, 233,2% en 1990, 135,1% en 2001 ;    

c) Les plus longues périodes en inflation forte (40% l'an et plus, Cfr. MICHAEL BRUNO): 1987 à 1996 (10 ans), 1974 à 1979 (6 ans) ;

Graphique 8 : Les plus longues périodes d'inflation forte(au moins 5 ans d'affilée)

Critère : Taux d'inflation ? 40% l'an

e) Année où le taux d'inflation a été négatif (déflation) : ---

4. Bilan du rapport croissance/Inflation

On peut compter cinq années où le taux de croissance a été supérieur au taux d'inflation c'est-à-dire où la création des richesses a plus que compenser l'augmentation du coût de la vie:  1970 (9,7% contre 1,7%, soit un écart positif de 8), 2013 (8,5% contre 1,03%, soit un écart positif de 7,47), 2012 (7,2% contre 2,7%, soit un écart de 4,5), 1971( 5,6% contre 3,9%, soit un écart de 1,7), 2003 (5,8% contre 4,4%, soit un écart de 1,4),

5. Considérations finales

De façon fréquente et répétitive, l'opinion se demande pourquoi en dépit des taux de croissance élevés depuis 2010, les conditions sociales de la population en RDC ne s'améliorent pas significativement. Deux réponses simples peuvent être données à cette préoccupation légitime. D'abord, lorsque la croissance augmente, elle se diffuse en premier lieu sur ceux qui travaillent, à condition bien sûr que l'inflation soit maîtrisée. Ensuite, cette diffusion ne se fait pas immédiatement, mais elle exige du temps et tient surtout compte de l'importance initiale du gâteau national.

Les exemples les plus simples peuvent se référer à deux élèves : le premier obtient régulièrement une mention de 75%, le deuxième une mention de 20%. Ce dernier est menacé d'être exclu de l'école si ses résultats ne s'amélioraient pas. Le deuxième élève s'engage à s'imposer des sacrifices et il voit ses résultats s'améliorer passant de 20 à 30%. D'autre part, pour le premier élève les résultats sont passés de 75 à 76%.

Le 2ème élève s'étonne que malgré les efforts fournis (une augmentation de 10 points), les enseignants et les parents ne sont toujours pas très satisfaits. Il ne comprend pas pourquoi le premier élève dont les résultats n'ont augmenté que d'un point reçoit toujours de vives félicitations, alors qu'à lui ne réserver que des encouragements.

Le 1èr élève c'est comme les pays développés qui actuellement réalisent des taux de croissance de 2% l'an au plus, mais du fait qu'ils ont déjà une taille du PIB suffisamment élevée, ce taux de croissance, soit-il faible, permet de maintenir ou d'améliorer dans l'immédiat les conditions sociales.

Le 2ème élève renvoie aux pays en développement dont la RDC. En dépit des taux de croissance élevés, les conditions sociales de la population ne s'en ressentent pas dans l'immédiat. La raison est simple, la taille du gâteau est trop petite et devrait continuer à augmenter rapidement pour tendre vers les standards des pays développés. D'où les encouragements qui incitent à s'imposer encore des sacrifices, car les pays aujourd'hui développés ont commencé par là.

Souvenez-vous des conditions des populations d'Europe et d'Amérique au 18ème et 19ème et à la première moitié du 20è siècle.


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