RDC : La connexion à la fibre optique n’a pas résolu tout le problème

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image Connection fibre optique - Station de Muanda en RDC.

Le flou persiste. Concernant la gestion de la fibre optique en RDC, le ministre des Postes, Téléphones et Nouvelles technologies de l’Information et de communication, Tryphon Kin-Kiey Mulumba s’est montré évasif. Selon lui,  le gouvernement va collaborer avec la SCPT pour « mettre en place un mécanisme de gestion qui puisse être bénéfique pour le peuple congolais et pour les opérateurs ». De quoi sera donc fait ce mécanisme ? Le ministre n’a pas été explicite sur ce point. Mais, le plus évident est que la SCPT n’aura pas le monopole de la gestion de la fibre. L’opérateur public devait faire partie sans doute d’un consortium où il aura juste la qualité d’associé, sans pourtant bénéficier des privilèges dus à son statut d’opérateur public. Ce qui risque davantage de compliquer l’équation.

Après plusieurs reports, la République démocratique du Congo est enfin connectée à la fibre optique. Une cérémonie marquée depuis Muanda dans le Bas-Congo par la présence du chef de l’Etat qui a fait le déplacement de la cité côtière. Si l’avènement de la fibre optique est salué de toutes parts, il ouvre cependant la voie à une grande bataille,  notamment dans sa phase d’exploitation et de commercialisation. L’atterrage à la station de Muanda étant finalement opérationnel, le plus dur reste à faire, prédisent les experts du secteur.

L’attente aura été longue, très longue, au point que certains prédisaient déjà un atterrissage en catastrophe de la fibre optique. Sur le terrain opérationnel, l’épilogue de la fibre optique a été digne d’un scénario hollywoodien. En effet, tout y est passé. Des cabales, des combines, etc. jusqu’à ce que le chef de l’Etat, Joseph Kabila, tape du poing sur la table, libérant du coup le dossier de la fibre optique. Le dossier était certes relancé, mais la maffia qui s’est formée autour de ce projet n’avait pas désarmé. Elle a multiplié des stratagèmes pour avoir à  tout prix le contrôle de la fibre optique dans sa phase opérationnelle. Par moments, la Banque mondiale avait été mise à profit pour cautionner le hold-up. 

Néanmoins, après plusieurs reports et après que beaucoup d’eau a coulé sous le pont, la RDC a été finalement connectée depuis hier lundi 8 juillet à la fibre optique. Pour marquer la solennité de l’événement, le chef de l’Etat a effectué le déplacement de la cité côtière de Muanda, où est construite la station d’atterrage à la fibre optique. 

La nuit aura été très longue, certes, mais le jour a fini par poindre, selon une vieille maxime. Le chemin de la fibre optique a été parsemé d’embûches et d’obstacles quasi infranchissables. Mais, le plus important est que la  RDC a rejoint, avec beaucoup de peines d’ailleurs,  le club des pays connectés à la fibre optique. 

Toutefois, il ne suffit pas de connecter le pays à la fibre optique. Le plus difficile est à venir. La gestion et la commercialisation de cet important canal haut débit ne s’annonce pas comme une partie de plaisir, bien au contraire. Les opérateurs privés n’entendent pas accorder un chèque à blanc à la Société congolaise des postes et télécommunications (SCPT), opérateur public qui se considère comme garant de cet important outil de télécommunications. 

Les opérateurs privés qui voudraient aussi profiter de cette technologie n’ont pas encore dit leur dernier mot. Ils ont juré d’écarter la SCPT de la gestion de la fibre optique.

La grande bataille

Des montages financiers existent, notamment ceux préconisant la création d’une entreprise bâtie sur le partenariat public-privé dénommé « Congo Singa ». 

Décidément, la connexion à la fibre optique n’a pas résolu tout le problème – les préalables n’ayant pas pu être réunis pour une gestion orthodoxe de la fibre dans sa phase opérationnelle. On devait dans les tout prochains jours assister à un combat de gladiateurs autour de la fibre optique. 

Si à la SCPT, la connexion à la fibre a été accueillie à Kinshasa par des rameaux et des cris de joie devant l’Hôtel de la poste, le personnel de la SCPT ne devait pas encore crier victoire. Elle a certes gagné la bataille, mais pas la guerre. 

Le flou persiste. Concernant la gestion de la fibre optique, le ministre des Postes, Téléphones et Nouvelles technologies de l’Information et de communication, Tryphon Kin-Kiey Mulumba s’est montré évasif. Selon lui,  le gouvernement va collaborer avec la SCPT pour « mettre en place un mécanisme de gestion qui puisse être bénéfique pour le peuple congolais et pour les opérateurs ». De quoi sera donc fait ce mécanisme ? Le ministre n’a pas été explicite sur ce point. Mais, le plus évident est que la SCPT n’aura pas le monopole de la gestion de la fibre. L’opérateur public devait faire partie sans doute d’un consortium où il aura juste la qualité d’associé, sans pourtant bénéficier des privilèges dus à son statut d’opérateur public. Ce qui risque davantage de compliquer l’équation.

Inaugurée également hier lundi, la station d’atterrage de Muanda, à en croire le professeur Kin-Kiey, est l’une des plus grandes du système du câble sous-marin Wacs. Le consortium Wacs offre la connexion à la fibre optique exactement à 13 pays de l’Afrique. Il permet d’avoir une large bande de diffusion de données permettant d’obtenir l’Internet à haut débit.

La construction et l’équipement de la station d’atterrage, avec des matériels d’Alcatel, aura coûté la bagatelle de 60 millions USD, entièrement financés sur fonds propres du Gouvernement. La fibre devait s’étendre sur un réseau de 40 000 km à travers le pays. La première phase de cette extension part de Kinshasa jusqu’à la cité frontalière de Kasumbalesa dans la province du Katanga, porte de sortie et d’entrée vers la Zambie voisine.

Maîtrise des enjeux

Cette réalisation permet-elle de dormir sur les lauriers avec en prime le haut débit connecté ? L’exploitation quotidienne et la commercialisation seraient les deux éléments qui laissent les opérateurs privés prudents. La jurisprudence avec la desserte en électricité offre des arguments en béton aux opérateurs de la téléphonie cellulaire. La SCPT serait-elle capable d’intervenir suffisamment à temps à chaque interruption dans le système ou en cas d’incident sur la ligne de transport ? 

Toutes ces interrogations n’augurent pas de lendemains qui chantent pour la fibre optique qui risque de manquer preneur. Les opérateurs de la téléphonie cellulaire œuvrant en RDC étalent publiquement leurs appréhensions. Sans fioritures, ces opérateurs déclarent à voix intelligibles et audibles qu’ils préféreraient « payer plus pour les satellites que de confier  d’importants flux à une fibre optique au prix abordable, mais à la fiabilité pérenne douteuse ».

L’autre bénéfice d’une meilleure gestion de la fibre optique proviendrait de la maîtrise des flux communicationnels entrants et sortants. A ce niveau, la fraude est telle que le manque à gagner pour l’Etat s’élève à plusieurs millions USD mensuels. Il va de soi que la prise en main de la sécurité du pays sera davantage accrue. Tous ces enjeux mis ensemble constituent des moyens pour l’Etat de remettre sur les rails la SCPT, de drainer de nouvelles recettes vers le Trésor public, de faciliter les communications à haut débit au moindre coût, … Rater la fibre optique suite à des atermoiements funestes voulus pour des raisons évidentes de positionnement à la caisse.

[Le Potentiel]


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