RDC : Mise en œuvre de la fibre optique, qui corrompt qui ?

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image Fibre optique

Mauvais départ pour la mise en œuvre de la fibre optique. Des divergences persistent entre l’opérateur public (SCPT, ex-OCPT) et les privés. Ces derniers rechignent à se plier aux conditions d’exploitation imposées par la SCPT. Motif : la surévaluation du coût d’installation de la fibre optique, laquelle aurait pour origine la corruption à large échelle ayant entouré le  processus en cours. Mais qui corrompt qui ? 

Faudrait-il que régulièrement le chef de l’Etat soit mis devant ses responsabilités à cause de l’insouciance voire l’incompétence des collaborateurs véreux ? Dans le processus de mise en service de la fibre optique, aucune promesse n’a été tenue. Jusque-là ! Cependant, au ministère de PT et NTIC, on se veut rassurant.

De nouvelles promesses sont formulées, notamment une mise en service au cours du mois de mars 2013 ! Les ingénieurs d’Alcatel travaillent d’arrache-pied pour cette fin. La construction de la station d’atterrage, qui a fait couler autant d’encre que de salive, se poursuit tant bien que mal. Le prêt accordé par une banque commerciale de la place tend d’ailleurs vers son épuisement. Signe que le financement des travaux serait suffisamment avancé. Il reste à se rendre compte de l’évolution sur le terrain pour juger de l’efficience des affectations effectuées.

Les tergiversations enregistrées dans le processus ont jeté un véritable froid entre acteurs impliqués. Les uns et les autres ne se font plus confiance. L’on se regarde en chiens de faïence. L’effectivité de la fibre optique ne pousse pas à un optimisme naïf. 

UN PROBLEME STRUCTUREL A LA SCPT

Le problème de la fibre optique, depuis que l’idée avait été lancée, reste la capacité de la SCPT, opérateur public dans le secteur. Un consensus se fait sur l’absence d’expertise avérée au sein de la SCPT pour la gestion de « ce projet complexe ».  Le problème structurel risque de causer un tort certain à la fibre optique. Ceux qui ont en charge l’acheminement vers l’utilisateur final estiment que la SCPT, à ce stade constitue un goulot d’étranglement. « Comment confier notre trafic à un opérateur qui ne pourrait pas nous garantir un fonctionnement normal et ininterrompu de la fibre optique ? », s’interroge un cadre d’une société de télécommunication.

Un expert indépendant en matière de télécommunications embraye dans le même sens : « la SCPT risque d’offrir aux usagers et aux opérateurs un service de la même qualité que la SNEL, à la différence qu’à la Snel il existe une expertise réelle en matière de gestion de l’électricité ».

ODEUR DE DETOURNEMENT

Lors d’une réunion tenue dernièrement entre les opérateurs du secteur et la SCPT, il est apparu clairement que la SCPT a brillé par des surfacturations inadmissibles. Les experts en matière de fibre optique constatent que la structure des coûts présentée par la SCPT ne répond pas à la réalité telle que vécue partout ailleurs.

Ainsi, la construction de la station d’atterrage a coûté la bagatelle de 12 millions USD. Ce que les experts et les opérateurs privés refusent d’avaliser. Pour eux, à tout casser, le coût de construction de la station d’atterrage ne peut dépasser 4 millions USD. Curieusement, la facture se chiffre à trois voire quatre fois plus que le coût normal.

Cette odeur de détournement se fait également sentir à mille lieues, en rapport avec la pose de la ligne Muanda-Kinshasa. Selon des estimations intégrées dans la structure des coûts de la SCPT, la ligne aurait coûté 100 000 USD par kilomètre. Ailleurs, l’on a déboursé au maximum 35 000 USD par kilomètre de câble posé.

Au final, les opérateurs privés de la téléphonie se rechignent à verser les 100 000 USD mensuels exigés pour bénéficier de la connexion à la fibre optique.  Le périmètre des calculs n’étant pas correctement établi, il est fort à craindre que la fibre optique ne trouve pas preneur parmi les canaux appelés à l’acheminer jusqu’aux derniers utilisateurs.

CHANTAGE OU EXIGENCE LEGITIME

Du côté de la SCPT, l’on parle « de chantage » de la part des opérateurs privés, pour qui la gestion de la fibre optique devrait être l’affaire de tous. Toutefois, un expert en la matière soutient que la solution serait de confier cette gestion « à un câblo-opérateur expérimenté ». De cette manière, la SCPT prendra le temps qu’il faut pour se familiariser avec la complexité de la fibre optique.

Au même moment, les opérateurs retrouveront confiance au travers « une structure dont l’expertise est confirmée dans la gestion commerciale et technique des câbles ». L’expert poursuit : « confier la gestion de la fibre optique à la SCPT au stade actuel ne peut être accepté. La courbe d’apprentissage des ingénieurs de la SCPT ne serait acceptable en cette matière où l’évolution est extrêmement rapide ». Et de conclure : « Ce qui importe c’est une gestion qui garantit la vente des capacités couplée au respect des contrats de survie ».

Une attitude des opérateurs que les experts comprennent. Mais qui ne devra pas prendre en otage l’Etat. La gestion de la fibre est une question hautement stratégique. Elle touche également à la sécurité de l’Etat congolais. Un mécanisme efficace de gestion technique et commerciale doit s’accompagner d’une appropriation de la souveraineté en la matière. Chacune des parties est invitée à mettre de l’eau dans son vin afin de pouvoir permettre à la population congolaise de bénéficier, en retard certes, des avantages qu’offre la fibre optique.

Plus rien ne va. Les perspectives de la fibre optique ne sont pas heureuses. Le gouvernement est obligé de mettre les bouchées doubles pour aboutir rapidement à la mise en service de la fibre optique.

PLUSIEURS SOURCES DE CONNEXION

Connecter la RDC, un pays aux dimensions continentales,  par l’unique source de Muanda est irréaliste. Des pays, comme le Djibouti, l’Angola, comptent trois câbles. Celui de la SAPP 3, le Wacs avec la RDC et l’ACE. La République Sud-africaine et le Kenya sont connectés à deux sources, etc. Cette expérience peut servir à la RDC qui peut se connecter par la Province Orientale ou l’Equateur au Nord, le Kivu à l’Est, au Sud par le Katanga.

Cependant, il faut commencer quelque part avec la fibre de Muanda, en prenant soin d’éviter un endettement supplémentaire à l’Etat. Le gouvernement est invité à examiner toutes les voies susceptibles de conduire à une exploitation cohérente de la fibre optique de manière à ramener les prix des communications à des niveaux compétitifs qui tiennent la route, mais aussi à augmenter la vitesse d’accès aux données et permettre à un plus grand nombre d’accéder à cette technologie de pointe.

Des partenariats public-privé doivent être envisagés afin d’allier la nécessité de se doter de la fibre et de se mettre au diapason des autres Etats d’Afrique. Toutefois, il serait contre-productif d’endetter l’Etat congolais, alors qu’il y a moyen de s’en sortir à peu de frais. Le débat est ouvert.

Le ministre des Postes, Télécommunications, Nouvelles technologies de l’information et de la communication est appelé à négocier fermement et amener les opérateurs privés à une coopération transparente au mieux de leurs intérêts et à ceux de l’opérateur historique-SCPT. L’objectif étant de permettre au peuple congolais de bénéficier avant 2015, de la mise en œuvre de cette nouvelle technologie.

[Le Potentiel]


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