Matata PONYO : « Un décret malvenu » !

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image Augustin MATATA PONYO MAPON - PM de la RDC

« Un décret malvenu » ! C’est en ces termes que réagissent les Congolais importateurs de véhicules, pour fustiger la décision du Premier ministre Augustin Matata Ponyo, interdisant l’importantion des véhicules d’occasion fabriqués avant 2002. La décision de Matata Ponyo entrera en vigueur à partir du 2 décembre prochain. Après cette date, tout véhicule d’occasion mis en circulation avant 2002 et importé vers la République Démocratique du Congo (RDC), sera soit réexporté soit détruit au moment de son dédouanement aux frais du transitaire ou du transporteur. M. Freddy Nkumu, président national de cette structure, avait en son temps, proposé des pistes préalables. Selon lui, le Gouvernement devrait, avant tout, baisser les frais de dédouanement des véhicules récents avant de penser à interdire l’importation des plus anciens. Il soutient que les frais douaniers en RDC sont les plus élevés de toute l’Afrique. A titre d’illustration, dit-il, une jeep Toyota Rav4 d’occasion d’Europe fabriquée en 1995, coûte entre 800 et 1000 euros (soit 1000 à 1300 Usd). Mais pour l’importer, il faut payer 4.000 Usd à la douane. Par contre, la même marque de véhicule  fabriquée entre 2004 et 2008 vendue à 4 000 euros (soit plus de 5000 Usd), a une valeur douanière de 7.000 à 8.000 Usd aux ports congolais. Ce qui  est inadmissible. Entre-temps, le ministère des Transports et Voies de communication envisage une campagne de retrait des anciens permis de conduire en cours de validité. Le transport en commun à Kinshasa menacé. Le parlement interpellé. Le Premier ministre  mal conseillé ?

Aucun véhicule d’occasion fabriqué avant 2002 ne doit plus être importé en RD Congo. Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo en a ainsi décidé par voie d’un décret rendu public le 2 octobre. Un sursis de deux mois seulement a été accordé aux importateurs grossistes et autres petits acheteurs pour rectifier leurs commandes. La décision de Matata Ponyo entrera en vigueur à partir du 2 décembre prochain. Après cette date, tout véhicule d’occasion mis en circulation avant 2002 et importé vers la RD Congo, sera soit réexporté soit détruit au moment de son dédouanement aux frais du transitaire ou du transporteur.

Selon le chef du Gouvernement congolais, cette décision a été motivée par son  souci de limiter l’impact nuisible des véhicules polluant l’environnement. Voilà pour la première motivation de ce décret qui fait couler beaucoup d’eau et de salive. Tant mieux pour le chef de l’Exécutif !

Cependant, dans les rues de Kinshasa, la décision de Matata Ponyo suscite indignation et mépris. Certains la qualifient d’irréaliste. D’autres disent que le décret Matata est inopportun. « Le premier ministre a perdu son temps, en signant un tel décret non adapté aux réalités du pays », disent encore bien d’autres Kinois. Balayant d’un revers de la main, les raisons avancées par Matata Ponyo pour motiver son décret, certaines personnes estiment qu’il s’agit plutôt d’une affaire de gros sous. Les auteurs de cette opinion voient tout de suite la main invisible d’un concessionnaire. Ils pensent à ce propos que le Gouvernement aurait été sollicité par un exploitant (asiatique ?) ayant réalisé que les véhicules d’occasion importés pour la plupart d’Europe, ne lui permet pas de vendre ses engins neufs.

Ce que le Premier ministre devrait peut-être savoir, c’est que les Congolais achètent malgré eux les véhicules d’occasion. Ils ne les achètent pas par snobisme. Bien au contraire. Le choix est motivé par leur revenu. Quel est le revenu d’un Congolais moyen ? Encore qu’ici, le terme moyen employé dans les sociétés structurées d’Europe, est utilisé par commodité de langage. Car, en réalité, il n’existe pas de classe moyenne en République démocratique du Congo. Cette réalité n’échappe à aucun dirigeant du pays. Sauf si l’on provenait d’une autre planète. 

Bravo, monsieur le Premier ministre pour son souci de vouloir minimiser la pollution de l’environnement par les véhicules ! Une fois encore, cette décision sent du copier coller. Si les pays d’Europe en sont arrivés là,  c’est avec raison. Leurs villes sont très industrialisées. Et, ce sont des usines qui produisent quantité de fumées et  de gaz polluant. D’où, la nécessité de réduire le taux de pollution. C’est pour cela qu’il a été institué une taxe de pollution pour les véhicules. Alors, de quelle pollution parle le Premier ministre dans une République démocratique du Congo, qui sur le plan industriel, en est encore vierge. Quel peut-être le taux de pollution dans une ville de Kinshasa, par exemple, où terrasses, salles de fêtes, églises et autres restaurants tiennent lieu d’usines ? Combien d’usines peut-on compter dans les villes de Kindu, Bandundu, Kikwit, Kolwezi, Likasi, Lubumbashi, Kipushi, Bukavu, Goma, Béni, Matadi, Boma, Mbandaka, Kananga, Mbuji Mayi et Kisangani ?

On serait bien d’accord avec le Premier ministre, s’il avait dit que le Gouvernement est jusqu’ici incapable de recycler les déchets ménagers qui polluent l’environnement.  Pas seulement le sien. Mais aussi tous ceux qui ont précédé l’actuel Exécutif national. On serait aussi d’accord Matata, s’il avait annoncé une mesure interdisant l’importation des vivres surgelés, pour proposer aux Congolais des poissons fraichement pêchés des  lacs Albert et Tanganyika ou encore du Fleuve Congo et de ses affluents. Ce, grâce à une nouvelle technique de pêche industrielle mise en place par le Gouvernement. Là, le chef de l’Exécutif aurait résolu un vrai problème de santé communautaire.

LA DOUANE COUTE CHER

« Un décret malvenu » ! C’est en ces termes que réagissent les Congolais importateurs de véhicules, pour fustiger la décision du Premier ministre. M. Freddy Nkumu, président national de cette structure, avait en son temps, proposé des pistes préalables. Selon lui, le Gouvernement devrait, avant tout, baisser les frais de dédouanement des véhicules récents avant de penser à interdire l’importation des plus anciens.

Il soutient que les frais douaniers en RDC sont les plus élevés de toute l’Afrique. A titre d’illustration, dit-il, une jeep Toyota Rav4 d’occasion d’Europe fabriquée en 1995, coûte entre 800 et 1000 euros (soit 1000 à 1300 Usd). Mais pour l’importer, il faut payer 4.000 Usd à la douane. Par contre, la même marque de véhicule  fabriquée entre 2004 et 2008 vendue à 4 000 euros (soit plus de 5000 Usd), a une valeur douanière de 7.000 à 8.000 Usd aux ports congolais. Ce qui  est inadmissible.

LE TRANSPORT EN COMMUN MENACE

Invité par une télévision de la place, diffusée dans la soirée de mardi dernier, un conseiller du ministre des Transports et voies de communication, interrogé au sujet du décret  sus-évoqué, n’avait pas tari d’éloges au Premier ministre.  Selon lui, la plupart des accidents mortels si pas tous, dans les grandes villes de la RD Congo, sont causés par de vieux véhicules importés d’Europe. Accusations gratuites ou exagérées ? C’est selon. Il pourrait avoir  raison si les statistiques disponibles et fiables le prouvent. Mais alors, que dirait-on  des avions ? Combien sont fabriqués après 2002 et qui volent dans les airs congolais ?

Selon certains experts, le vrai problème ne porte pas sur les dates de fabrication ou de mise en circulation. Le défi à relever est plutôt de s’assurer du bon état technique d’un véhicule. Et, c’est là que le Gouvernement congolais devrait assumer ses responsabilités, en renforçant le contrôle technique des véhicules, avant leurs mises en circulation sur son territoire. Sinon, combien gagne mensuellement un Congolais pour s’acheter un véhicule neuf ? On devrait sans doute commencer par se poser ce genre de question, avant d’envisager une quelconque mesure. Fusse-t-elle  coercitive et contraignante.

S’il est admis que le transport en commun en RD Congo, est assuré à 99¨% par les privés, donc par des véhicules d’occasion importés d’Europe ou d’Asie, il y a lieu de craindre les effets boomerangs du décret signé par le Premier ministre Augustin Matata Ponyo. La conséquence tient en ce que cette mesure constitue une menace réelle au secteur de transport en commun. S’il est vrai que la loi régule la vie au sein d’une société humaine, il n’est pas moins vrai qu’une loi non adaptée aux réalités  interne peut produire les effets contraires. C’est-à-dire dérégler la société. Le Premier ministre y avait-il pensé ? On le suppose.  

Laurel KANKOLE


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