RDC, un réservoir de matières premières

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La complexification des enjeux face auxquels le Congo-Kinshasa est placé depuis son indépendance nominale nous semble être un exerce de l’esprit auquel s’adonnent ‘’les experts’’ de la narration impérialiste et néocolonialiste de l’Afrique. L’enjeu congolais est simple : créé comme un réservoir de matières premières, il doit le demeurer ad vitam aeternam pour ses créateurs aux dépens de ses filles et fils. Pour diriger ce pays, il faut, selon la logique de ses créateurs être ‘’un mercenaire’’, ‘’un nègre de service’’ ou ‘’un acteur gouvernemental apparent’’.

Explicitons. Quand les USA s’allient à la Belgique pour mettre hors d’état d’agir le premier Ministre Congolais, Patrice Lumumba en 1961, ils s’engagent dans un processus de contrôle permanent de ce pays qui leur a fourni l’uranium leur ayant permis de détruire Hiroshima et Nagasaki. D’ailleurs, après l’assassinat de Lumumba, ils décident d’occuper ce pays pendant quelques décennies. Quand, s’alliant à la Grande-Bretagne et à Israël, ils décident de chasser Mobutu du ‘’pouvoir-os’’ en 1996-1997 en recourant à leurs proxys de la sous-région des Grands-Lacs africains, ils cherchent aussi à se débarrasser, à tout jamais, de l’influence de la Belgique et de la France dans cette partie de l’Afrique. Ce faisant, ils obéissent à leur doctrine de la sécurité nationale.

Selon cette doctrine, ils doivent être les seuls maîtres des espaces géographiques du monde regorgeant des matières premières stratégiques et ne pas laisser à leurs concurrents l’opportunité d’y accéder sous peine de mettre leur puissance mondiale en jeu. Pour cause. Ils croient fermement en un monde unipolaire qu’ils soient seuls à contrôler.

Le début de la marche d’un monde multipolaire où la Chine et la Russie sont en train de s’imposer comme des puissances concurrentes les met mal à l’aise. Voulant demeurer à tout jamais ‘’la grande puissance’’ incontestable, ils s’arrangent, à recourant à moult subterfuges et stratagèmes pour déstabiliser ou créer le chaos dans tous les pays qui, par leur coopération avec la Chine, la Russie, l’Iran ou les pays de l’Amérique Latine, risquent de remettre en cause leur place dans un monde se multipolarisant. Leur ‘’corporatocratie’’ composée de multi et transnationales, de banques et de services secrets liés au complexe militaro-industriel essaie de déployer tous les moyens possibles et imaginables pour casser la dynamique d’un monde multipolaire en se servant des ‘’armées mercenaires’’ et des ‘’négriers des temps modernes’’.

‘’Les génocides’’, ‘’les assassinats ciblés’’, ‘’les crimes organisés’’[1], ‘’les carnages’’[2] et ‘’les bombardements chirurgicaux’’ sont souvent les moyens auxquels ils recourent pour soumettre les pays récalcitrants ou ‘’résistants’’.

Plusieurs ‘’négriers des temps modernes’’ se repartissent ‘’le sale boulot’’ de manière partisane. Dans les pays où, comme au Congo-Kinshasa, un ‘’Etat raté’’ a été produit après ‘’un supergénocide’’[3], ‘’les négriers des temps modernes’’ l’héritant vont procéder à la division de leur ‘’sale boulot’’ de manière partisane. Certains font faire partie de ‘’la majorité au pouvoir-os’’ et les autres sont ‘’membres de l’opposition’’ (dans un pays sans Etat). D’autres encore diront qu’ils sont soit de ‘’l’opposition républicaine’’ (dans une République bananière) ou de ‘’l’opposition constructive’’ (dans un pays sous tutelle).

Tous, ‘’négriers des temps moderne’’, au service de la doctrine de la sécurité nationale US (et alliés) vont finir par organiser un théâtre où les populations ignorantes de l’enjeu capital seront utilisées comme ‘’chair à canon’’. Cynisme et cupidité obligent ! ‘’La majorité au pouvoir-os’’ manipulée par ‘’les nouveaux cercles’’ de pouvoir opérant à partir de Wall Street ou de Pékin donnera l’impression d’affronter sur plusieurs fronts des espaces congolais ‘’l’opposition’’ servant la même ‘’corporatocratie’’. Elle va aller acheter les armes produites par ‘’le complexe militaro-industriel US’’ à Kiev (ou ailleurs) en feignant qu’elle lutte contre ‘’les impérialistes’’ pour la souveraineté nationale.

‘’L’opposition politique’’ multipliera des voyages en Occident et en Orient en affirmant à qui voudrait l’entendre qu’elle sera plus forte que l’une des têtes de ‘’la pieuvre’’ les parrainant toutes pour mieux la servir en utilisant les populations congolaises qu’elle lancera dans la rue comme ‘’chair à canon’’ avant d’accepter de participer à ‘’un gouvernement d’union nationale’’ au service de ‘’la corporatocratie’’.

Aucun débat n’est organisé au pays autour de ce théâtre de mauvais goût ! Les populations affamées, appauvries, épuisées psychologiquement et moralement sont menées comme des moutons de Panurge par ‘’les vassaux’’ de l’empire luttant contre l’avènement d’un monde multipolaire.

Partisans de ‘’la politique dynamique’’, ces ‘’vassaux’’ de l’ordre ultralibéral font l’impasse sur l’histoire réelle du Congo-Kinshasa telle que certains de ses dignes fils et filles l’ont réécrite ou sont en train de la réécrire. Consciemment ou inconsciemment, ils ignorent le fait que la mondialisation ultralibérale, partout où elle s’impose corrompt le principe démocratique en usurpant ‘’le pouvoir légitime’’ en transformant les gouvernants élus au suffrage universel en ses ‘’petites mains’’.

Toujours costumés et cravatés, ils croient qu’ils sont ‘’les partenaires’’ de ‘’petites mains’’ de ‘’nouveaux cercles du pouvoir’’, du 1% ayant dépossédé les 99% de la population du monde de tout son avoir. Ils mentent à nos populations en disant du Congo-Kinshasa, un ‘’Etat raté’’ et sous tutelle de l’ONU qu’il est ‘’une jeune démocratie’’. Ils évitent d’aborder et de soumettre au débat public l’enjeu congolais. Cupides et sans honte, ils promettent qu’ils vont, à partir de leurs divisions partisanes mises au service de ‘’la pieuvre multi et transnationale’’, faire du Congo-Kinshasa un ‘’pays émergeant’’. Triste !

Il se pourrait que ‘’les indignés réveillés’’ au pays et dans la diaspora finissent par faire la différence ! La lutte continue…Ils pourront réaliser ce rêve de l’une des ‘’grandes dames’’ que l’Afrique a aujourd’hui, Aminata Traoré. « Je me suis mise à rêver (…) du jour où une telle idée effleurera l’esprit des dirigeants. Je vais jusqu’à imaginer une gigantesque place publique où, les uns après les autres, ils déposeraient leurs cravates, en même temps que leurs idées reçues qui obstruent notre horizon. Nous en ferions, tous ensemble, - eux, les dirigeants dirigés, et nous les peuples-, un immense et beau brasier. Le cou libéré, l’esprit aéré, nos élites daigneraient alors regarder et écouter des peuples, qui se sentent de plus en plus orphelins et désarmés face à l’adversité et à l’inconnu. »[4] A quoi cela servira-t-il ? « En dépit du terrorisme intellectuel ambiant, ils oseraient, et nous avec eux, jeter un regard sur le passé, nommer et dénoncer (….) l’esclavage, la colonisation, la néocolonisation et la mondialisation néolibérale parce qu’ils procèdent de la même logique et engendrent le même mépris, le même racisme. »[5]

Nous n’en resterons pas là. Nous pourrons, eux et nous, à partir de nos collectifs citoyens, nous engager dans une démarche collective de production de sens et de réappropriation de notre destinée.

[Mbelu Babanya Kabudi]

[1] Lire H. Ngbanda Nzambo, Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, Paris, Duboiris, 2004, 456 p. Lire aussi A. Deneault et alii, Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, Montréal, Ecosociété, 2008, 348 p.

[2] Lire P. Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, 2010, 547 p.

[3] Lire N. Chomsky & A. Vltchek, L’Occident terroriste. D’Hiroshima à la guerre des drones, Montréal, Ecosociété, 174 p.

[4] A. Traoré, L’Afrique humiliée, Paris, Fayard, 2008, p.146.

[5] Ibidem, p. 146-147.


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