RDC, pays le plus corrompu de la planète

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image Joseph Kabila - President de la RDC

Le dernier rapport de la Banque mondiale classant la RDC, notre pays, à la 147ème place sur 167 pays, en termes de pays corrompus, continue d’alimenter les conversations et les débats dans le pays, mais particulièrement dans ses grandes villes. En termes clairs, ce classement montre que la RDC est comptée, aujourd’hui, parmi les pays les plus corrompus de la planète. Et cela n’est nullement une occasion, pour ses habitants, de se réjouir, de se frotter les mains, de se bomber le torse ou, pire, de banaliser cette information. Car elle va de la vie de chaque jour, donc du présent et de l’avenir, de chaque Congolais, de tous les Congolais, quelles que soient leurs appartenances (religieuse, sociale, tribale).

Lorsqu’on parle corruption, généralement, tous les regards sont tournés vers les détournements des deniers publics. C’est vrai que ce sont là les cas les plus médiatisés, à l’occasion. Mais pour atteindre cette performance d’être compté parmi les premiers en matière de corruption, la chose est prise dans sa globalité.

C’est vrai que, d’après les différentes révélations, environ 15 milliards de dollars sont dilapidés chaque année dans ce pays dont le budget est d’à peine 8 milliards de dollars. Comment peut-il en être autrement, lorsqu’on apprend, par exemple, que 500.000$ échappent chaque année du secteur pétrolier dans l’Ituri, qu’au Fonds de promotion industrielle, 140 millions de dollars se sont volatilisés entre 2008 et 2014 ? Ce n’est là qu’une petite illustration de la vaste entreprise de corruption dans ce pays.

Que ces chiffres soient excessifs ou pas, il est un fait, que personne ne peut remettre en cause, que des sommes faramineuses sont, pourquoi ne pas appeler le chat par son nom, volés régulièrement dans ce pays.

Mais l’autre forme de corruption dont on ne parle pas beaucoup est celle par laquelle s’illustrent plusieurs autorités congolaises par lesquelles sont obligés de passer les potentiels investisseurs. Lorsque ceux-ci arrivent, cherchant à investir en RDC, plusieurs parmi les autorités qu’ils rencontrent en vue de l’obtention de telle ou telle autre autorisation leur exigent une part à eux dans cette affaire.

Ce que le pays gagnerait les importe peu. Ils n’en ont cure. C’est leur part à eux qui les intéresse, comme s’ils ont apporté quelque chose dans cet investissement, comme s’ils ont été nommés, non pour servir, mais uniquement pour se servir. Et cela ne date pas d’aujourd’hui.

Le danger de l’impunité, en effet, n’est pas seulement que l’argent volé n’est pas récupéré. Il est surtout celui de contagion. Comment veut-on que se comporte un nouveau ministre lorsque celui auquel il succède s’était illustré par un détournement, quel que soit le montant, dont il n’a pas eu à répondre ?

Un compatriote, journaliste de surcroît, vécut une histoire rocambolesque il y a environ 25 ans. Une firme japonaise de fabrique d’automobiles voulait implanter une filiale dans ce qui était encore le Zaïre. Son délégué atterrit bien à Kinshasa et entama les démarches. Les prospections furent effectuées. Le Japonais cherchant absolument un terrain qui ne devait pas être éloigné d’un cours d’eau, le compatriote l’amena à Kisantu, dans le Kongo Central, où il fut impressionné par la rivière Inkisi.

C’est donc avec joie qu’il regagna Kinshasa. Allant revoir le Ministre en charge du dossier pour sa conclusion, le Japonais sera estomaqué d’entendre celui-ci lui tenir un langage saugrenu :  » oui, mais qu’est-ce que je gagne, moi, dans tout ça ? « .

Le Japonais, croyant se trouver sur une planète inconnue, prit ses cliques et ses claques et alla proposer le marché à un autre pays africain qui lui accorda toutes les facilités. Le Zaïre et les Zaïrois perdirent bêtement cette incroyable opportunité, à cause de la cupidité d’un individu qui ne fut même pas inquiété.

Beaucoup de Congolais doivent encore se rappeler le feuilleton  » Léon Taman « . Cet Israélien voulait installer une usine pharmaceutique à Kinshasa. Des travaux de construction avaient déjà démarré et atteint un certain niveau. Mais des complications des gens qui tenaient absolument à se servir avaient fini par briser sa détermination. Il alla paître ailleurs.

Il y a une année et trois mois, lors de la célébration du 40ème anniversaire de ce qui avait été appelé en son temps  » combat du siècle « , entre George Foreman et Muhammad Ali, des journalistes congolais avaient suivi, dans les locaux de l’Ambassade américaine, un film réalisé sur ce match de boxe resté légendaire dans le monde. Ce film a été tourné au Kenya. Mais aucun Congolais ne s’est demandé pourquoi l’a-t-on tourné là-bas, alors que le décor naturel était bien disponible.

Le film devait effectivement être tourné à Kinshasa. Les producteurs hollywoodiens étaient bien arrivés en RDC et avaient entamés des négociations pour ce faire. Ils n’attendaient de la partie congolaise que les autorisations nécessaires. Mais le responsable congolais chargé du dossier exigea que l’on pensa à lui et resta figé à cette exigence, malgré les promesses américaines de laisser tout leur matériel à la disposition du cinéma congolais.

Les diplomates kenyans qui suivaient les tractations sautèrent sur l’occasion et arrachèrent aisément cette importante activité.

De tels cas en RDC, on peut en faire des milliers de livres. Et on se demande comment ce pays béni est toujours classé parmi les plus pauvres de la planète, lorsqu’on tient compte de sa population qui vit dans des conditions misérables. Et on se demande comment le chômage est toujours la règle ici, l’emploi étant l’exception. Et on s’étonne que des gens se complaisent à aller passer la nuit dans des veillées de prière, espérant au-delà de toute espérance trouver un emploi, comme celui-ci devait tomber du ciel comme, jadis, la manne.

Le Gouvernement dispose de grands atouts. Son ambition de faire de la RDC un pays émergent est envieuse. Mais cet objectif restera longtemps un leurre tant que la corruption, sous toutes ses formes, ne sera pas combattue avec la dernière énergie.

[Jean-Claude Ntuala]


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