Médias fermés, journalistes emprisonnés... : En RDC, tout est fait pour bloquer la progression du journalisme

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image Mike Mukebayi Nkoso - Journaliste

En RDC, les médias continuent à être fermés, les journalistes emprisonnés, traqués, intimidés, vivant clandestinement. Depuis 2011, le signal de CANAL FUTUR est coupé, de même que celui de RL TV en 2012 ainsi que le quotidien LE JOURNAL, la même année, suspendu pour une durée indéterminée. En 2013, trois radios et une télévision de Beni, au Nord-Kivu, à savoir: Radio LIBERTE (RALlB), Radio NGOMA FM et Radiotélévision RWANZURURU (RTR) n’émettent plus. La Radiotélévision JUA de Lubumbashi et la radio ESPOIR de FURU à Butembo sont réduites au silence. Le journaliste Mike MUKEBAYI croupit à la Prison centrale de Makala où il purge une peine de onze mois pour avoir usé de sa liberté d’écrire, la profession a encore été mortellement frappée avec l’assassinat de Soleil BELANGA, assassinat de Robert CHAMWAMI et l’attaque armée contre le cameraman GIRA aujourd’hui amputé d’une jambe. La question de sécurité des journalistes demeure une  préoccupation majeure » en République Démocratique du Congo (RDC).

Le président national de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), Kasonga Tshilunde, a affirmé lundi 04 mai 2015 à Kinshasa qu’en République démocratique du Congo (RDC), « tout est fait pour bloquer la progression du journalisme », à l’occasion de la 22ème Journée internationale de la liberté de la presse célébrée le 03 mai.

« Aujourd’hui, au fur et à mesure que nous avançons inexorablement vers la tenue des élections que les uns et les autres veulent, sur le bout des lèvres, libres, transparentes et apaisées, la liberté de la presse se sent effarouchée. Tout est fait  pour bloquer la progression du journalisme », a-t-il stigmatisé à l’ouverture des Premières journées déontologiques de la presse congolaise ». 

« Les médias fermés, les journalistes emprisonnés, traqués »

« En 2013, l’UNPC nous avions lancé un appel pathétique au Président de la République, Chef de l’Etat, garant de toutes les libertés en RDC, afin qu’il se penche aussi sur le dossier de la presse de sorte que ses membres se sentent sécurisés, que l’arbitraire cesse, que les médias jouissent de leur liberté et que le Tribunal des pairs de l’UNPC prenne en charge les dérapages des hommes et femmes des médias », a rappelé Kasonga Tshilunde dans son message.

Malgré cet appel pathétique, a déploré le président national de l’UNPC, « les médias continuent à être fermés, les journalistes emprisonnés, traqués, intimidés, vivant clandestinement ». 

« Depuis 2011, le signal de CANAL FUTUR est coupé, de même que celui de RL TV en 2012 ainsi que le quotidien LE JOURNAL, la même année, suspendu pour une durée indéterminée. En 2013, trois radios et une télévision de Beni, au Nord-Kivu, à savoir: Radio LIBERTE (RALlB), Radio NGOMA FM et Radiotélévision RWANZURURU (RTR) n’émettent plus. La Radiotélévision JUA de Lubumbashi et la radio ESPOIR de FURU à Butembo sont réduites au silence », a-t-il souligné. 

Dans la foulée, il a aussi relevé que le journaliste « Mike MUKEBAYI croupit à la Prison centrale de Makala où il purge une peine de onze mois pour avoir usé de sa liberté d’écrire, la profession a encore été mortellement frappée avec l’assassinat de Soleil BELANGA de la Radio Communautaire de Monkoto, dans la Province de l’Equateur, un an après l’assassinat de Robert CHAMWAMI de Gema et de l’attaque armée contre le cameraman GIRA de la même ville aujourd’hui amputé d’une jambe ».

Notant que « la question de sécurité des journalistes demeure une  préoccupation majeure » en RDC et ne voyant « pas cette sécurité que sur le seul plan de l’intégrité physique », Kasonga Tshilunde a dit qu’elle « concerne aussi l’emploi des journalistes ». 

« Cette année (2015, ndlr), la télévision CANAL KIN, la Radiotélévision catholique Elikya +RTCE+ ainsi que les trois radios communautaires de Moanda, au Kongo Central, à savoir Radio Télé BOMA, Radio Associative KISALU et la Radio Télé communautaire de MOANDA, sont malencontreusement venues s’ajouter à cette liste macabre », a encore déploré le président de l’UNPC. 

Donner les moyens aux organes d’autorégulation des médias

Kasonga Tshilunde a par ailleurs rendu « un hommage marqué » au Premier ministre Augustin Matata Ponyo « pour avoir sorti l’UNPC du puits d’où elle prenait, peu à peu, un vilain plaisir à s’y complaire en finançant l’organisation de son 8ème Congrès de juillet 2014 » et du fait qu’il « tient à ce que tout ce qui se fait dans ce pays et le comportement des Congolais soient excellents ».

« Tout est à son honneur ! Mais, si le Premier ministre veut que la presse congolaise soit aussi excellente, que les organes d’autorégulation des médias que sont l’UNPC et l’OMEC jouent pleinement leur rôle d’encadrement des journalistes, il n’y a pas une autre solution aussi simple que celle de leur donner des moyens. C’est de cette manière qu’elles peuvent entrer dans le Club d’excellence qu’il a institué car, nous ne voyons pas comment un pauvre peut-il être excellent! », a-t-il relevé.

Pour le président de l’UNPC,  « cette année encore, la lutte pour la liberté de la presse paraît plus raboteuse qu’elle ne le fut auparavant », les médias doivent se « battre encore davantage pour briser toutes les chaînes de la censure et de l’autocensure leur imposées ».

« Ainsi donc, nous lançons aux détenteurs du pouvoir d’Etat et du pouvoir d’argent de la République Démocratique du Congo ce qui est retenu par l’ONU, l’UNESCO et la CIDH comme thème de la Journée internationale dé la liberté de la presse pour 2015, à savoir: « Laissez le journalisme progresser ».

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Laisser le journalisme prospérer

Dans un message conjoint publié à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de presse, le 03 mai 2015 sous le thème», Ban Ki-moon (Secrétaire général de l'ONU), Irina Bokova (Directrice générale de l'UNESCO) et Zeid Ra'ad al Hussein (Haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l'homme) ont appelé à « laissez le journalisme prospérer ».

« En 2015, les Etats intensifient leur action pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement et façonner un nouveau programme mondial de développement durable. Pour y parvenir, il faut que règnent, à tous les niveaux, la liberté d’expression et celle de la presse.

Pour que la paix et le développement soient durables, il faut respecter les droits humains », déclarent-ils.

Ils soulignent qu’« un journalisme de qualité permet aux citoyens de prendre des décisions éclairées quant au développement de la société ; il contribue également à dénoncer les injustices, la corruption et les abus de pouvoir ».

En effet, expliquent-ils, « chacun doit pouvoir librement chercher, recevoir et transmettre des connaissances et des informations sur quelque support que ce soit, en ligne et hors ligne ».

« Il faut que le journalisme puisse prospérer »

Afin que les choses s’améliorent, les trois Hauts fonctionnaires des Nations Unies affirment qu’« il faut que le journalisme puisse prospérer dans un environnement favorable et ses acteurs travailler de façon indépendante, sans ingérence indue et en toute sécurité ».

Ils rappellent que « le monde a récemment été témoin d’horribles attentats commis contre des journalistes – au moins un journaliste est tué chaque semaine, dans le cadre d’un conflit ou non ».

Aussi, exhortent-ils tout le monde à « redoubler d’efforts pour améliorer la sécurité des journalistes et mettre un terme à l’impunité, ce qui est précisément l’objectif du Plan d’action sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, que l’UNESCO met en œuvre avec l’appui d’autres entités des Nations Unies ».

« Nous avons besoin que toutes les voix s’expriment et se fassent entendre – en particulier, celles des femmes. Vingt ans après la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, celles-ci demeurent sous-représentées dans tous les médias, tant dans la prise de décisions que dans la couverture des sujets. Nous ne pouvons pas laisser cela perdurer. Il faut que les hommes et les femmes participent de façon égale à la création et au partage de l’information », insiste-ils.

Insistant sur le fait que « la liberté d’expression et celle de la presse ne sont pas des attributs de luxe que l’on peut attendre jusqu’à ce que le développement durable soit atteint », Ban Ki-moon, Irina Bokova et Zeid Ra'ad al Hussein font remarquer que « ce sont elles qui permettent de jouir de tous les droits humains ».

« Elles sont, par conséquent, essentielles à la bonne gouvernance et au respect de la primauté du droit », concluent-ils.


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