RDC : Gécamines, le cri d’un révolté

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image Gécamines

Dans un livre qu'il vient de publier, un ancien cadre de la Gécamines, s’indigne de la déliquescence d’une entreprise vouée pourtant à un avenir meilleur. Il est temps, croit-il, de rectifier le tir pour récupérer le temps perdu. Le réveil de la ou Société générale des carrières et des mines (Gécamines), estime-t-il, est encore possible.

Raphaël Ngoy Mushiya, cet ancien cadre de la Gécamines, tour à tour stagiaire au concentrateur de Kamoto/Dima, ingénieur d’exploitation aux usines de Lubumbashi et longtemps chef de service cuivre et cobalt aux usines de Luilu, avant de migrer en Afrique du Sud et d’exercer actuellement dans les mines de cuivre en Zambie, vient de publier un ouvrage au titre évocateur : « Les défis de la Gécamines : sanctuaire du népotisme ou géant minier performant ? ».

C’est le cri d’un révolté qui s’indigne de la déliquescence d’une entreprise vouée pourtant à un avenir meilleur. Il est temps, croit-il, de rectifier le tir pour récupérer le temps perdu. Le réveil de la ou Société générale des carrières et des mines (Gécamines), estime-t-il, est encore possible. Ci-dessous, l’introduction de son ouvrage et la conclusion qu’il se fait de ces 263 pages de réflexion. 

Selon un rapport de la Banque mondiale d’avril 2014 la République démocratique du Congo (RDC) a la plus forte densité de pauvreté au monde (88%). Sa grande masse de pauvres survit dans des conditions infrahumaines malgré que son sous-sol renferme les plus grande réserves de cobalt du monde ainsi qu’une très grande diversité d’autre ressources minières telles que le cuivre, l’or, le tantalium, le diamant, l’argent, le germanium, le cadmium, etc. 

De ce fabuleux «coffre-fort» sous terre, les exploitants miniers ont notamment tiré en 2013, une production de cuivre frôlant pour première fois la barre d’un million de tonnes et qui a hissé la RD Congo en septième position de grands pays producteurs de cuivre du monde. 

Inamovible leader en production du cobalt, le pays couvre environ 60 de besoins de la planète. Il y a quelques années déjà. Profondément indigné par ce choquant contraste, l’ancien Premier ministre, prof. Lunda Bululu s’interrogeait : «Quelle est la raison de cette inadéquation entre les dons de la nature et la misère du peuple ?».

Après exactement un siècle d’exploitation industrielle du cuivre, gouvernement de la RDC, tirant à sa manière des leçons de vingt années de débâcle de la Gécamines, notre fleuron national, transformée en décembre 2010 en société commerciale espérant afin la rendre efficace et rentable. 

L’euphorie suscitée s’est vite estompée en milieu de l’exécution d’un Plan stratégique de développement 2012-2016 ambitieux qui n’a jusqu’ici donné lieu qu’à une production essentiellement cosmétique, sans retombées financières significatives. 

Comme un rappel qu’aucune société ne devient efficace par décret, compteur des arriérés de salaires des travailleurs Gécamines, victimes perpétuelles et directes d’incurie et bricolage, tourne de nouveau en les replongeant dans une nouvelle saison de précarité à dure indéterminée.

La nouvelle Gécamines a clairement raté son décollage et les prémices hautement alarmantes de ses quatre années d’existence confirment qu’elle devrait désormais être considérée comme un très sérieux problème national. Exactement cinquante années après l’indépendance, la reconstruction de cet ancien empire minier a été confiée exclusivement aux cadres nationaux. 

Elle est devenue par ricochet, un baromètre de la qualité de gouvernance du pays et bien plus une mesure objective de la capacité des Congolais à trouver des solutions aux grands problèmes de leur pays. 

Avec un portefeuille minier de nouveau renfloué, la relance de la Gécamines est effectivement possible. Cependant, elle exige que les Congolais et particulièrement les preneurs de décisions surmontent  d’abord trois grands obstacles : (i) le déni du réel ; (ii) la puérile illusion qu’il existe une façon congolaise d’opérer l’industrie minière ; enfin de croire que très exceptionnellement au Congo; tout le monde peut tout faire. 

Les prémices de la SARL sont d’une gravité extrême. Ce document de travail est une modeste contribution à l’urgente réflexion qu’il faut tenir sur l’avenir de cette société malgré que la nature fragmentaire de données accessibles au public ait été un sérieux handicap pour balayer toutes les pistes de solution. 

Il a été rédigé par obligation morale en ma triple qualité: (i) d’« enfant» et ancien cadre d’exploitation de la Gécamines ; (ii) de mandataire en mines ayant participé activement à l’élaboration du code minier de 2002 ; (iii) et enfin de Congolais donnant sa voix sur les grands enjeux de son pays. A ces différents titres, ce document de travail n’engage que moi et moi seul. 

Il a été inspiré par un cher collègue et grand ami du Congo : Paul Franssens, ancien haut cadre de la Gécamines dont la fermeté et la courtoise implication aux enjeux du secteur minier congolais nous interpellent tous, par mon très excellent mentor A. Mbaka Kawaya qui m’a appris à ne jamais abdiquer devant les multiples défis de  l’exploitation minière ni devant l’intimidation de nombreux charlatans.

Et enfin, il a été inspiré, très spécialement, par les membres du Groupe de réflexion des intellectuels de Kolwezi, auteurs courageux pendant les sombres jours  de la dictature, de « La Gécamines, quel avenir? », un travail important qui aurait dû être pris au sérieux en son temps, c’est-à dire il y a vingt ans. 

Alors que la longue embellie de cours de matières premières, la clôture de la révision des contrats miniers et le caractère incitatif du Code minier de 2002 ont nettement favorisé la relance du secteur minier  congolais par les investisseurs étrangers, l’impressionnante augmentation de la production nationale de cuivre en 2013 très largement acclamée (environ un million de tonnes de cuivre contre à peine 29.464 t Cu en 2000 soit une multiplication par 32), doit aussi être comprise comme une accélération du compte à rebours vers l’irréversible épuisement de cette ressource non renouvelable. 

Concomitamment, la vibrante démographie du pays propulse la population congolaise qui atteindra près de 151 millions d’âmes à l’horizon 2050 contre seulement 10 millions au lancement de l’exploitation industrielle du cuivre en 1910. Ainsi sous nos yeux, se cristallise la très grande probabilité que les futures générations des Congolais ne profitent pas de ces ressources minières faute aujourd’hui, d’une gestion responsable et intelligente. 

Il serait injuste qu’elles paient si cher, l’abject cynisme et la criante incompétence de nos contemporains. 

Dans ce contexte, les dernières années de la Gécamines entreprise publique et le récent parcours de la Gécamines SARL constituent un très intéressant cas d’école au sujet duquel, beaucoup sera écrit dans les prochains mois. 

Ils illustrent, en effet, comment une société peut, sous une pulsion suicidaire et aveugle, annihiler un à un ses avantages comparatifs, dilapider de déterminantes opportunités, s’auto-dépouiller à son grand détriment et ensuite mouvementer d’énormes masses de  minerais dans un ballet impressionnant de gros engins sans retombées financières significatives pour elle-même et moins encore pour le pays. 

Après une répétition ad nauseam de ventes sélectives et au rabais de ses plus importants actifs sous l’Entreprise Publique. ventes au rabais scellées définitivement sous le Management de Transition, le démantèlement du fleuron national se prolonge sous la Gécamines SARL avec un Nouveau Management qui a été autant habile pour séduire par le verbe que prompt à tailler en pièces son propre « business-model» en excellant dans la maximisation d’immenses saignées financières au détriment de la société dont il devait orchestrer la relance. 

Cet échantillon montre aussi que le Congo devra vite apprendre au risque de se réveiller bredouille et trop tard ; que : 

(i) les retombées financières de l’exploitation minière ne viennent pas automatiquement parce qu’il y a un exploitant sur chaque gisement. Loin de là ; 

( ii) elles doivent urgemment être optimisées et ne les seront que sur les gisements dans les mains d’opérateurs à l’éthique non poreuse et qui appliqueront les plus performantes méthodes d’extractions minières et métallurgiques maximisant la récupération de substances valorisables  aux moindres coûts et sous la forme la plus élaborée possible tout en minimisant l’impact environnemental et 

(iii) qu’enfin il est impératif que le gouvernement congolais mette un terme au népotisme en confiant la gestion de ce secteur-moteur de l’économie nationale aux Congolais et/ou expatriés compétents et honnêtes qui en ont une réelle maitrise. 

Ce document est écrit en prenant en compte la grande diversité des Congolais de différents horizons désormais très vigilants et hautement intéressés à la gestion de ressources du pays qui s’épuisent sous leurs yeux à un rythme plus soutenu et sans incidences notamment financières palpables. 

Pour ce faire, il est expressément illustratif, évitant autant que possible les jargons techniques. Une note plus technique pourra être produite quand la Gécamines publiera ses rapports annuels et rendra accessibles les données pertinentes notamment les contrats de traitement à façon. 

Ce document est spécialement destiné à tous les vrais amis du Congo et aux très nombreux Congolais et patriotes vrais - ultimes actionnaires de la Gécamines SARL - qui restent engagés, contre vents et marrées à faire de ce pays le « Grand Brésil Africain » et non pas une fiction dans laquelle une « prétendue » élite n’est préoccupée que par une plus grande décentralisation du népotisme. 

La renaissance d’une Gécamines, géant minier prospère, est possible. Pour ce faire, il n’y a pas de raccourci mais un double prix à payer : mettre fin aux combines du conglomérat d’aventuriers et lutter sans merci contre les antivaleurs à la base de la ruine du pays telles qu’épinglées dans le préambule de la Constitution. Le paiera-t-on ? 

Dans tous les cas, au bout du chemin, comme l’écrivait Martin Luther King Jr : « La plus grande tragédie n’aura pas été l’oppression ou la cruauté des méchants, mais le silence résigné et assourdissant des hommes de bien ». 

Quand le pays du « tu ne manqueras de rien, dont les roches contiennent du fer, et où tu pourras extraire du Cuivre des montagnes (Deutéronome 8 :9, version du semeur 2000) » devient un enfer détenteur du record mondial sur la densité de pauvreté après un siècle d’exploitation industrielle de cuivre dont la production, la même année, frôle la barre d’un million, l’interpellation des congolais est trop stridente pour qu’on l’ignore et reste distrait par des débats sans importance. 

Quand nos compatriotes, collègues, amis, frères et pères de famille sont impayés, leurs enfants languissent affamés, chassés des écoles et réduits en vagabonds sans aucun espoir d’un lendemain meilleur, ce n’est pas par manque de ressources! 

Le cas de la Gécamines-petit échantillon- illustre à échelle très réduite combien, suite aux manigances manifestement démesurées et trop longtemps tolérées de quelques aventuriers, malfrats arrogants et spécialistes dans la diversion, qui se pavanent librement dans nos rues avec les ventres chargés d’embonpoints, un plus grand nombre de congolais (densité de pauvreté de 88% !) est réduit à des  conditions de vie infrahumaines! 

L’heure est arrivée de s’assumer pleinement. Pour tous les Congolais, les vrais, qui ont fait le serment « Congo, don béni. ... nous assurerons ta grandeur », l’apathie et la lâcheté ne sont plus des options ! 


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