OIF : Pourquoi Michaëlle Jean ?

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image Michaëlle Jean

Michaëlle Jean a été désignée au forceps comme secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) au détriment des quatre autres candidats africains qui voulaient succéder à Abdou Diouf,  » ‘l’homme qu’on ne remplace pas « . Provoquant même l’ire de certains chefs d’Etat africains, dont le Congolais Denis Sassou Nguesso qui tenait tant à son candidat, Henri Lopez. Pourquoi a-t-on préféré cette ancienne journaliste canadienne? 

Alors que certains Africains avaient fait du poste de secrétaire général de l’OIF leur chasse gardée après l’avoir occupé depuis l’Egyptien Boutros-Ghali, le XVe sommet de la Francophonie de Dakar a tourné la page africaine, du moins pour le moment. Le poste d’administrateur devant venir d’Afrique, après avoir appartenu au Nord durant l’ère Boutros et Diouf. Concrètement, l’actuel numéro deux, le Québécois Clément Duhaime, devrait donc être remplacé par un Africain.

Plusieurs raisons ont milité en faveur de la nomination de Michaëlle Jean comme secrétaire générale de l’OIF. Michaëlle Jean  est l’un des rares candidats à avoir mené des campagnes très intenses, en voyageant sur les cinq continents.

Elle a su donc montrer – même si cela n’était pas l’un des critères  de désignation du secrétaire général – de quoi elle pourrait être capable une fois aux affaires. Ses points faibles, sa nationalité – canadienne – alors que les Africains sont majoritaires au sein de l’organisation), sa connaissance modeste de la scène politique africaine et le fait que son pays soit opposé à ce qu’un pays africain devienne membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu, n’ont pas pu faire basculer la balance en sa défaveur.

D’autant plus que cette candidate a bénéficié des faveurs du Français François Hollande qui a eu du mal à voiler ce soutien au cours de l’interview qu’il avait accordée le 27 novembre dernier à TV5 Monde, RFI et France 24. Ce soutien, renforcé par ses points forts ; son âge -57 ans -, le fait qu’il s’agit de la seule femme, son statut d’ancien chef d’État -bien que ce soit un poste honorifique, elle a été gouverneure générale du Canada, sa campagne très active sur le thème de la francophonie économique et ses origines haïtiennes, a joué profondément en sa faveur.

Les Africains partaient déjà perdants  pour n’avoir pas présenté un candidat unique à un poste qui devient de plus en plus stratégique et fort envié  après sa création en 1997. D’autant plus que les quatre candidats présentaient chacun de points faibles qui ne pouvaient pas jouer en faveur de l’élection de l’un d’eux.

La malchance d’être soutenu par un chef d’Etat en rupture de ban avec le faiseur de rois

Henri Lopez, candidat du congolais Denis Sassou Nguesso, avait la malchance d’être soutenu par un chef de l’Etat qui, lui-même, n’était pas en odeur de sainteté avec le faiseur de rois François Hollande. Son âge – 77 ans -, sa faible expérience en matière politique et  surtout économique et  la mauvaise image que véhicule son pays dont le président, quoique à la limite de l’âge, tient à modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir ont joué en défaveur de sa désignation malgré l’obstination de Denis Sassou de le voir occuper le poste de secrétaire général de l’OIF.

D’ailleurs, fort déçu de n’être pas parvenu à ses fins, le président congolais est parti furieux avant la clôture des assises.

Quant au candidat Pierre Buyoya, en dépit de ses points forts : son statut d’ancien chef d’État, sa bonne connaissance de la scène politique africaine et son expérience des médiations,  son expérience (il s’était déjà présenté en 2002). sa légitimité linguistique, l’influence de son pays – le Burundi- et le fait qu’il soit issu d’Afrique centrale, une des grandes régions francophones à ne jamais avoir été représentée au poste de secrétaire général, n’ont pas beaucoup pesé face à ses faiblesses (son passé de putschiste.et la place assez marginale du français au Burundi et de ce pays dans l’OIF).

L’influence modeste de l’île Maurice

Le candidat mauricien, Jean-Claude de l’Estrac, n’a pas eu beaucoup de chance, tout comme les trois autres candidats. L’influence modeste de son pays et le fait que l’anglais soit la langue officielle de son pays ont constitué entre autres un handicap majeur qui a beaucoup pesé face à des atouts de poids comme sa connaissance des institutions multilatérales (il a été secrétaire général de la Commission de l’océan Indien), le symbole de Maurice (cette île multiculturelle connaît une réussite démocratique et économique) et sa campagne très active sur le plan de l’économique (il a été ministre de l’Economie de son pays).

Agustin Nze Nfumu, candidat équato-guinéen, ne pouvait pas faire face à la carrure de ces quatre candidats. En effet, malgré la puissance financière de son pays avec son pétrole qui coule à flots, le candidat Agustin Nze Mfumu, très peu connu en dehors de son pays dont la langue officielle est l’espagnol, n’a pas beaucoup pesé pour que la trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement puisse le désigner au poste de secrétaire général de l’OIF, d’autant plus que la Guinée équatoriale répand une mauvaise image, en matière de transparence et de démocratie.

Voilà pourquoi, tous ces facteurs pris en compte, et avec le poids hégémonique et le soutien de la France, la Canadienne Michaëlle Jean a été préférée, en dernière minute, aux quatre autres, au terme d’intenses tractations qui ont failli aboutir à une impasse.

Face à ce risque, François Hollande a pris le courage de réunir les représentants de deux pays présentant des candidats : le Premier ministre canadien, Stephen Harper, l’Ivoirien Alassane Ouattara et le président congolais, Denis Sassou Nguesso  dans un « huis clos » Ce dernier aura fait jusqu’au dernier moment le forcing pour son candidat, Henri Lopes, et il ne décolérait pas à la fin de la réunion ayant abouti à la désignation de Michaëlle Jean, affichant un visage fermé, les mâchoires crispées ne laissant sortir aucun mot.

Présenter un seul candidat consensuel choisi selon la zone géographique devant occuper le poste de secrétaire général de l’OIF, tel doit être désormais la stratégie des chefs d’Etat africains lors de prochains sommets de la Francophonie. Ce poste fait courir davantage de candidats que l’occuper devient un véritable combat.

Les chefs d’Etat réunis au XVe sommet de la Francophonie à Dakar ont décidé que le XVIe sommet de la Francophonie aura lieu à Madagascar dans deux ans.

[Kléber Kungu]


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