RDC : Likinga REDO, un destin exceptionnel

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image Likinga REDO

Dure fatalité. Likinga Redo est décédé le jeudi 8 août à 17h30 d’un arrêt cardiaque à l'hôpital de Reims. Sur Facebook qui a bien propagé l’information, larmes de fans affligés et hommages émouvants d’anciens collègues des orchestres Empire Bakuba, Zaïko-langa-Langa et Familia Dei. Sans oublier ses compagnons du Centre évangélique « Espace de Prières » unis dans la même douleur.

Ces trois dernières années, Likinga s’est retranché dans la prière. Il a donné enfin sa vie au Seigneur Jésus-Christ. Accompagné spirituellement par le Frère Adjina Djuma -Pili, leader dudit Ministère, il peaufinait avec la Sœur Joujou Lumumba un album, « Repentance », dédié à l’Eternel Tout Puissant.

Funérailles à Kinshasa

Sa  famille biologique et Nyboma Mwan Dido, président de l’Association des musiciens congolais d’Europe souhaitent qu’il soit inhumé à Kinshasa. Volonté acceptée par  l’ambassadeur de la RDC à Paris, Ileka Atoki, qui œuvre en ce moment pour le rapatriement rapide de la dépouille de l’illustre disparu avant jeudi prochain. A Paris, un dernier hommage lui sera rendu lundi ou mardi par ses milliers de fans.

Entretemps, de nombreuses personnes en Afrique et en Europe ne veulent pas croire à la mort de cette icône de la musique congolaise.

« Depuis quand était-il malade ? Abelaki ? ». C’est tard pour poser cette question. Oui, Likinga était malade et vivait depuis une dizaine d’années avec des moyens très limités.

Un destin exceptionnel

Né à Kinshasa le 15 mars 1954, Likinga avait 59 ans et laisse officiellement quatre enfants qu’il a eus avec trois femmes différentes. L’année dernière, il a perdu sa fille Viya (la trentaine accomplie) issue de sa relation tumultueuse avec une Congolaise de Brazzaville.

Anna Muyanzi, sa première idylle immortalisée dans Zaiko, est décédée à Kinshasa en 1979 sans lui donner des enfants.

Chanteur à la voix mélancolique, Likinga franchit timidement les portes de la gloire en 1971 dans Empire Bukuba  du trio KADIMA (Kabasele Yampanya, Dilu et Matolu Dode ).

Zaiko Langa-Langa de DV Moanda l’accueille en 1975 pour remplacer Papa Wemba arraché par la vague Lokole Isifi. Sans transition, le jeune artiste révèle d’emblée son immense talent. Toutes les chansons qu’il a interprétées se sont révélées des tubes.

Le succès de Elo, Moselebende, Muvaro, Pacha Labaran, Sentiment Awa, Manzaka ebende, Makanzi ,Viya et autre Antalia lui a permis de devenir une véritable idole de la chanson. Likinga y a apporté dans ces œuvres toute sa sensibilité et son charme. Peut-être un peu trop.

Cette voix manquera toujours à la musique congolaise. Likinga vivait en toute simplicité. Sympathique et attachant, il  n’affichait que spontanéité et bonne humeur.

La déception et la prison

Après sa brève expérience dans Familia Dei, Likinga avait décidé de s’installer à Paris pour relancer sa carrière et son business. Dans la foulée, il a épousé officiellement la jolie et intelligente Charlie Likinga, la maman de ses deux enfants Natacha et Petit Likinga. Parrains choisis : Papa Wemba et Amazone Luzolo . Mariage historique.

Ensuite, les choses n’ont pas évolué comme il voulait. Le mécène sur lequel il comptait pour rebondir était sur la paille. Il fallait attendre et espérer.

Il tournait en rond quand survint, en juillet 2002, l’épisode qui a détruit sa vie. Sous l’influence de la colère et de la jalousie, il a défenestré une nuit un associé de sa femme  accueilli pendant son absence. Méprise aux conséquences désastreuses. Trois mois de prison à Fleury Merogis et désintégration de la famille.

Vie ruinée, il choisit de s’oxygéner à Vigneux, en Essonne. Pour repartir, il a fait un bon album, « Mon Bébé », avec Papy Tex mais le public ne lui a pas rendu l’ascenseur. Forcément, ce nouveau coup du sort l’a beaucoup affecté.

Malgré le soutien de ses proches, Redo s’était gravement déconnecté. Noyé dans sa peine, il  finit par développer de troubles de comportement de type Alzheimer. Ces dernières années, il évoluait vers l’apraxie .Chauve, méconnaissable. 

Plusieurs fois on a parlé au téléphone ces derniers mois.

Il semblait perdu dans ses souvenirs. Pour justifier ses pertes de mémoire, il croyait mordicus avoir été empoisonné pendant son incarcération (de 1987 à 1994) au Portugal. Il se souvenait qu’après les repas, il s’endormait pendant de longues heures.

Papy Tex : « Il était mon frère »

Le témoignage de Matolu Papy Tex, qui a partagé son quotidien pendant six ans dans un appartement à Vigneux avant d’être pris en charge par son neveu Symbad et les Services sociaux de Reims, est assez poignant.

« Redo était mon frère. J’étais son modèle et son parrain en musique. Je l’ai encadré dans Empire Bakuba et nous sommes restés très proche jusqu’à sa mort. Il me sollicitait toujours pour des conseils. Même quand il est parti dans Zaïko Langa-Langa, il venait régulièrement jouer avec Empire Bakuba », rappelle-t-il.

« Pour réaliser l’album +Mon Bébé+, j’ai tout de suite pensé à lui. On avait beaucoup de projets. C’est avec lui que je voulais relancer Empire Bakuba en Europe. Le sort a décidé autrement. Quand il est tombé malade, je l’ai aidé comme j’ai pu. J’ai partagé ses douleurs et ses solitudes. Edo a été courageux jusqu’au bout. Que son âme repose en paix», dévoile avec beaucoup de tristesse Matolu Papy Tex.

[Nicaise Nila Mbungu]


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