RDC : Des accusations anachroniques de la CSAC à l’endroit des journalistes

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image Jean-Bosco BAHALA

Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Jean-Bosco Bahala semble considérer les médias congolais comme des «petits soldats» qui doivent se tenir au garde à vous devant les «autorités publiques». Dans un entretien, jeudi 18 juillet, avec l’Agence congolaise de presse, ce prêtre - qui a pris goût à la politique - articule des accusations anachroniques à l’endroit des journalistes : libertinage, légèreté, incivisme etc. Des propos inqualifiables de la part du responsable numéro 1 d’une institution dont la mission, consignée dans la Constitution, consiste principalement à «garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi».

Sept années après la promulgation de la Constitution du 18 février 2006, le Congo dit démocratique baigne dans une ambiance totalitaire qui n’est pas sans rappeler les «démocraties populaires» de l’ex-Bloc soviétique. Le pluralisme politique proclamé dans cette charte fondamentale n’est plus qu’un pitoyable souhait. L’unanimisme est de retour; il n’y a point de salut en dehors du parti présidentiel, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie). Le sacro-saint principe de séparation de pouvoirs est ramené au rang de slogan de campagne. Comme à l’époque du parti-Etat, une institution a réussi, par la ruse, la corruption et la violence, à annihiler les autres en l’occurrence le Parlement, le gouvernement et les Cours et tribunaux. Il s’agit de l’institution «Président de la République». Le pouvoir d’Etat est à nouveau personnalisé. Comme dans la fable de Jean de La Fontaine, tous les «renards» rivalisent en paroles mielleuses pour flatter le "corbeau" qui a, en son bec, le fameux fromage. 

« L’obligation de la consolidation de la paix, de la promotion des valeurs positives et du développement harmonieux et durable de la RDC impose aux médias congolais et particulièrement à leurs promoteurs un comportement conséquent en terme, notamment, de sens élevé de responsabilité, de décence et de discipline éprouvée». L’homme qui parle s’appelle Jean-Bosco Bahala. Il est le président du CSAC (Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication), une des institutions d’«appui à la démocratie».

Dans son entretien avec l’ACP, Bahala - qui paraît incapable de peser le poids des mots – dit avoir décelé dans le chef des animateurs des médias congolais non seulement une «recrudescence d’une certaine tendance au libertinage» mais aussi de la «légèreté» et de «l’incivisme». Il ne cite aucun fait pour étayer ce qui ressemble à un réquisitoire. Il ne s’arrête pas là. Il accuse les journalistes d’être «peu respectueux des autorités publiques» y compris le premier magistrat du pays. Selon lui, ce comportement «les expose naturellement à tous les risques». Lesquels?

A en croire «Jean-Bosco», «le mal est profond» dans le secteur de la presse. Il invite les «structures de la corporation et de l’autorégulation à s’assumer pour un encadrement professionnel de leurs membres dans la perspective d’un assainissement qualitatif de ce secteur important de la vie nationale». Dans un langage parabolique, le président du CSAC de conclure : «Le noble métier de communicateur doit se débarrasser, avec le soutien éventuel du régulateur, du chantage, du trafic d’influence, de l’inféodation et de toute autre forme d’antivaleurs qui tentent de refaire surface». Parle-t-on du journalisme ou de la communication? Ce n’est pas la même chose.

Quelle mouche a pu piquer ce prêtre dont le comportement n’a rien à envier à celui des vulgaires politiciens sans foi ni loi qui s’évertuent, au quotidien, à restreindre les espaces de liberté pour plaire à «Joseph Kabila»? A quelle époque se croit-il ? Comment peut-il exiger de la «discipline» aux responsables médias dont le rôle est de rechercher la vérité en mettant à nu les dysfonctionnements qui affectent l’appareil d’Etat ? Bahala ignore-t-il que les médias sont des contre-pouvoirs ? Il y a des journalistes qui prennent des libertés avec la déontologie ? Sans doute. Ce fait donne-t-il au président du CSAC de s’ériger en censeur en détournant cette institution de sa mission de régulateur et de promoteur de la liberté et de la protection de la presse? 

La tentative du «patron» du CSAC de transformer les responsables des médias congolais en "danseurs du ventre" du PPRD est tout simplement méprisable. Flagorneur, Bahala fait partie de cette "élite" opportuniste et corrompue, dénuée de tout sens de l’intérêt général. Cette "aristocratie" constitue un frein au progrès. Les "autorités publiques" pour lesquelles Bahala exige du "respect" sont tenues de rendre compte. Les médias y veilleront...

[B.A.W / Congoindépendant]


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