RDC : Le retour de Michelino MAVATIKU VISI

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Michelino MAVATIKU VISI : Mon plus grand plaisir dans ce métier est d’avoir travaillé avec les deux grands monuments de la musique congolaise moderne, Tabu Ley Rochereau (African Fiesta National, 1967 et Afrisa International, 1972) et le défunt Grand Maître Luambo Makiadi Franco (TP OK Jazz, 1975).

Après le succès récolté à Cannes et en Martinique en avril et mai dernier, Michelino Mavatiku Visi évoque son retour sur la scène musicale. C’est avec émotion qu’il aborde la disparition de deux célébrités de la musique congolaise, Philo Kola et Pépé Ndombe Opetum. Il agite le chiffon rouge sur le projet de création d’une association des artistes musiciens congolais de France et déplore véhément la baisse de régime de la rumba congolaise. Notre correspondant en France, Robert Kongo, l’a rencontré.

Vous revenez de Cannes et de la Martinique où vous avez donné des concerts. Ces prestations ont-elles été à la hauteur de vos attentes ?

Je suis très content et vraiment satisfait de mes deux voyages en ces terres d’excellences qui sont la ville de Cannes et l’île de la Martinique. Je suis d’autant plus fier et heureux, car le résultat est au-dessus de mes espérances. A Cannes, le rendez-vous était de taille. J’étais invité à agrémenter l’une des soirées marquant la 9ème édition du Festival international du film panafricain. J’ai essayé de donner le meilleur de moi-même devant ce parterre du gotha cinématographique venu en grand nombre de quatre coins du monde. Selon la presse, les invités ont beaucoup apprécié la musique qu’ils ont entendu jouer. Tous leurs commentaires très positifs sont complètement justes ! Je tiens à remercier l’actrice Tetchena Bellange, présidente d’honneur du Festival international du film panafricain de Cannes 2012, et M. Mohamed Soudani, président du jury de cette 9ème édition, pour la confiance, le soutien et la sympathie qu’ils m’ont témoignés au cours de cette soirée. En Martinique, c’était pratiquement pareil et beaucoup plus convivial. Durant huit heures, mon groupe a tenu en haleine le public invité au déjeuner dansant organisé par l’association «Pont sur le Congo» qui fêtait son premier anniversaire ce jour-là. Bravo au groupe local «Roro Calico» qui a partagé la scène avec nous. Toute ma reconnaissance au grand chanteur et doyen de l’île, Djo Dezormo, qui a bien voulu mettre à notre disposition son studio, lequel a servi pendant trois jours à des répétitions pour préparer ce concert qui a drainé beaucoup de monde.

Quels souvenirs gardez-vous de ces productions dont les médias locaux ont fait écho ?

Que de bons souvenirs ! Ces deux productions marquent mon retour sur la scène musicale. Les mélomanes l’ont toujours souhaité. Il semblerait que «Michelino a encore beaucoup de choses à donner». Cette sympathie et cette marque de confiance me vont droit au cœur. Je ne peux donc rester indifférent à cet appel. Ils peuvent compter sur moi.

Ces spectacles vous ont donc donné des idées…

Bien évidemment. Je pense, et les mélomanes ont raison de dire que j’ai encore beaucoup de choses à donner. Je travaille tous les jours pour m’améliorer davantage dans ce métier. J’ai énormément de ressources pour cela. Ceux qui me côtoient peuvent en témoigner. Les concerts que je viens de donner à Cannes et en Martinique ne relèvent pas du hasard. J’attends d’ailleurs avec impatience une autre invitation de l’association «Pont sur le Congo», qui entend assurer la promotion de ma musique dans les îles Caraïbes. L’objectif est de véhiculer notre culture et nos valeurs. J’ai beaucoup de projets en tête, et je tiens à les réaliser. Le moment venu, nous en parlerons.

Depuis quand existe le groupe «Congo All Stars» ?

«Congo All Stars» n’existe pas. C’est une appellation de circonstance. Les artistes qui m’accompagnent sont des professionnels de la musique et des intermittents du spectacle. J’ai fait le choix de travailler seul. Les groupes musicaux, tels qu’ils existent encore en Afrique, vont bientôt disparaître. La tendance est à l’indépendance. Aujourd’hui, j’ai besoin de liberté pour pouvoir créer et m’épanouir. Le temps de grands orchestres est révolu.

Vous avez travaillé avec les grands de la musique congolaise dont Luambo Makiadi Franco et Tabu Ley Rochereau. N’est-ce pas exaltant pour l’artiste musicien que vous êtes ?

J’ai connu une riche carrière musicale. Pour cela, je remercie le Très-Haut de m’avoir donné une vie simple mais bien remplie, car il est l’unique source d’inspiration intarissable pour la création de toute œuvre. Mon plus grand plaisir dans ce métier est d’avoir travaillé avec les deux grands monuments de la musique congolaise moderne, Tabu Ley Rochereau (African Fiesta National, 1967 et Afrisa International, 1972) et le défunt Grand Maître Luambo Makiadi Franco (TP OK Jazz, 1975). En 1982 à Bruxelles, et à l’initiative de Jules Lusangi Fataki alias Tchika-Tchika (Prince d’XL), nous avons formé tous les trois le groupe «Lisanga ya ba Nganga». Etre le trait d’union entre les deux grands ; faire la synthèse entre les styles Fiesta et OK Jazz, c’est quelque chose de sublime . Les amateurs de la rumba ont été royalement servis. C’était le summum de la musique congolaise.

Le monde de la musique congolaise vient de perdre deux de ses vedettes, l’artiste musicien Philo Kola et le chanteur Pépé Ndombe Opetum. Quelle est votre réaction ?

D’ abord, je présente aux épouses, aux enfants et aux membres des familles de Philo Kola et Pépé Ndombe Opetun mes plus sincères condoléances. Ensuite, ma pensée va droit à tous les Congolais qui vivent douloureusement cette séparation. Enfin, toute ma gratitude aux frères et sœurs africains, qui ont eu la gentillesse d’envoyer aux familles éprouvées leurs messages de sympathie, messages qui sont pour le peuple congolais d’un grand soutien. Pour dire vrai, je ne réalise pas encore que ces deux amis et collègues ne sont plus de ce monde ! Dans l’Afrisa, Philo Kola était un grand-frère et nous entretenions des relations très amicales. A preuve, pendant nos concerts, et en tant que grand «Jazz man», c’est lui qui jouait les solos de guitare et moi je faisais de la guitare basse, pour les variétés étrangères. C’était sympa, plaisant et enthousiasmant. De même, Pépé Ndombe Opetum restera un camarade, un copain, un ami. Dans l’Afrisa, «promotion Olympia», nous formions lui, Deyesse Empompo, Attel Mbumba et moi-même, le courant de ce que nous appelions les «quatre garçons dans le vent». C’était vraiment la belle époque de la musique congolaise. Certains souvenirs sont restés vivaces, gravés dans mon esprit. Que Dieu Tout-Puissant les accepte en son vaste paradis et qu’ils se reposent en paix.

Vous n’êtes pas sans savoir que les artistes musiciens congolais de France s’organisent et veulent se mettre en association pour mieux défendre leurs intérêts. Qu’en pensez-vous ?

La proposition d’y participer m’a été faite. Mais je n’ai toujours pas pris ma décision. Qu’on me laisse un temps de réflexion parce que je me pose encore la question sur le bien-fondé d’une telle organisation . Toutes les associations des artistes musiciens congolais créées en France ont lamentablement échoué dans leurs actions ! Personnellement, je suis pessimiste quant à l’aboutissement de ce nouveau projet. Les mentalités n’ont pas évolué. Les rivalités, les jalousies, les rancœurs et les rancunes sont toujours présentes. Nous sommes restés les mêmes. Autre chose : sommes-nous prêts à adhérer dans une association avec tout ce que cela implique comme obligations ? Association égale adhésion, et adhésion égale cotisation. Or, c’est là la faiblesse des Congolais. Ils s’engagent difficilement pour une idée si elle est soumise à une quelconque contrainte financière. A la place d’une association, je propose que l’on crée un collectif, dont les contours doivent être définis des artistes et créateurs , qui regrouperait les musiciens, les comédiens, les peintres, les dessinateurs, les cinéastes, les danseurs…, originaires de deux rives du Congo. A mon avis, cette diversité constituerait la richesse de notre organisation en suscitant des échanges intéressants et en alimentant le débat à partir d’expériences et de visions parfois très spécifiques de la problématique de nos droits.

Quelle est votre vision de la rumba congolaise aujourd’hui ?

Je pense qu’il va falloir refonder la rumba tout en respectant les fondamentaux du rythme. Un grand nombre d’artistes musiciens ne connaissent pas l’histoire de notre musique et ignorent que nous sommes les héritiers des «Ba Nkolo Miziki», le socle de notre musique et notre source d’inspiration. Cela ne voudrait pas dire qu’il faut refaire le «Tango ya ba Wendo». Tout en innovant, on peut toujours conserver l’originalité de notre musique en exploitant intelligemment la matière que nous ont léguée nos «vieux». Comme la rumba afro-cubaine en 1973, la rumba congolaise aussi peut être relancée. C’est possible. Nous avions commencé le travail en 1983, Franco, Rochereau et moi-même dans «Lisanga ya ba Nganga». Hélàs, nous ne sommes pas allés loin pour des raisons que je ne peux étaler ici ! La relève n’a donc pas été assurée. Le travail de transmission du savoir reste à faire. Il est bien dommage de constater que les jeunes artistes musiciens Congolais ne font aucun effort et ne travaillent pas leur musique. Ils sont devenus des esclaves de la modernité et des adeptes de la facilité. Ce n’est pas en se privant des guitares et des instruments à vent pour privilégier les synthétiseurs qu’ils apporteront un quelconque changement dans la musique congolaise. C’est aberrant. Chaque musique a un son particulier. C’est le sceau de reconnaissance. C’est un travail de fond qu’il va falloir faire. Ce n’est pas en créant des associations qui ne valent pas un clou qu’on y arrivera. C’est par le travail qu’on peut y arriver. Mettons-nous sérieusement au travail.

Nous ne manquons ni la matière, ni les moyens, encore moins du talent. Tout est question de volonté. La nôtre bien sûr, mais aussi celle de nos politiques qui semblent ignorer que la culture est l’âme d’un pays, sa vitrine, sa carte d’identité.

[Propos recueillis par Robert Kongo/Le Potentiel]


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