Lutte contre la balkanisation : La musique de combat de Marie MISAMU

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image Marie MISAMU

La chanson générique du journal télévisé écrit par la sœur Marie Misamu est connue sous le titre « On veut la paix et non la geurre ». Véritable hymne à la paix, Misamu chante avec tout son être : les traits de son visage, son habillement aux couleurs officielles avec à la clé l’emblème national, cette vidéo fait frémir tous les patriotes qui ont le vrai sang congolais dans les veines. Marie Misamu a su choisir son thème, sa gestuelle, sa mélodie et son tempo. Tout est fait pour émouvoir, pour toucher à la fibre nationale et patriotique. Seuls les laquais peuvent rester insensibles à la voix mélodieuse et mélancolique à la fois de la sœur Misamu.    La partie chant commence par ces mots magiques et prémonitoires de la cantatrice : « Congo, laisse-moi te dire : même si la nuit est longue, le jour finit par poindre. Ce jour-là, nous nous réjouirons comme les autres !». « Congo tika nayebisa yo : butu ata ewumeli, tongo esaka kaka na kotana. Pe mokolo yango, tokosepela lokola basusu », dit Misamu en langue lingala.    Outre la profondeur du texte, c’est le choix des images qui accompagnent la musique de combat de Misamu. Enfants soldats, armés au poing, dégainent et vident leurs charges sur des chairs sans défense qui s’écroulent les unes après les autres tels des poteaux de viande. C’est l’horreur !     Marie Misamu, telle une vraie héroïne parée aux couleurs nationales, se dresse contre la guerre. Elle fait la guerre avec ses mots : Butu eyindi, eloko moko elinwe na Mboka, kasi nakoyeba te eloko nini ! Traduisez : « La nuit est tombée, nous venons de perdre quelque chose d’importance dans le village. Mais nous ne savons quoi ! ».    C’est l’obscurité annonciatrice de l’horreur, du carnage car, de partout, des balles crépitent, des canons tonnent. « Enfants, hommes, femmes ; jeunes et vieux ainsi que les animaux domestiques trouvent la situation inhabituelle. Personne ne réalise ce qui vient de se passer.    Et comme nos bourreaux ne connaissent que le langage des armes, il n’y a personne pour nous dire ce qui se passe ! Nous constatons simplement que la paix est rompue », chante Marie Misamu, les yeux larmoyants.    En bonne chrétienne, Misamu invite la nation à tourner son regard vers Jésus- Christ, le Prince de paix. D’où, son cri « Yesu oyooooh ».

Elle ne montera plus sur scène, elle ne fera plus frémir son public qu’il l’avait adoptée avec le timbre de sa voix mélancolique et sa gestuelle d’une vraie guerrière. Marie Misamu s’en est allée, un peu trop vite, dans l’au-delà. La nation avait encore besoin de son talent de mobilisateur pour la cause nationale. Oh, mort où est ta victoire !

Marie Misamu est décédée le samedi 16 janvier dans la soirée. La nouvelle est tombée tard dans la nuit du même samedi. A en croire Eric  Mvula, proche parent  de la chanteuse gospel, Marie Misamu se trouvait en retraite de prière quand elle a ressenti des « malaises ».

Elle a été conduite à l’hôpital de l’amitié sino-congolaise à NDjili le samedi 16 janvier. Elle y est décédée quelques heures seulement après avoir été admise aux urgences de ce centre hospitalier, vers 19 heures.

Très vite, la nouvelle fera le tour de la ville, avec la magie des technologies de l’information et de la communication.

Le président de l’Association des musiciens chrétiens du Congo (AMCC), Patrice Ngoy Munsoko, joint au téléphone, a confirmé l’information à Radio Okapi.

« Oui j’ai des informations sûres. Il y a le chargé des provinces de l’AMCC qui venait de m’informer. Comme il est chargé de provinces, il dit qu’il était là. Et moi, je vais me déplacer tout à l’heure pour aller vérifier où on a gardé son corps. Dans les heures qui viennent, je pourrai encore vous préciser », a déclaré le frère Patrice Ngoy Munsoko.

Une combattante s’en va

A l’annonce de la triste nouvelle, de nombreux sympathisants se sont rassemblés autour de cet hôpital où le corps de la chanteuse était gardé ainsi qu’au domicile familial de Marie Misamu. Mais on apprend aussitôt qu’après s’être concertés, les musiciens gospel ont décidé de transférer la dépouille mortelle de Misamu de l’hôpital l’Amitié sino-congolaise à la morgue de la clinique Ngaliema.

La Rédaction du Journal Le Potentiel rend hommage à cette héroïne de la lutte contre la balkanisation du pays, de la guerre de l’Est, de l’indépendance et de la souveraineté de la RDC. On se souvient de sa piquante composition générique du journal télévisé sur Télé 7 « Congo okomi lokola mwana okufela baboti », entendez « Congo, tu ressembles à un fils orphelin ».

Sur une mélodie et un tempo qui ont caractérisé sa musique gospel, Marie Misamu se présente comme une vraie combattante qui mobilise pour la cause nationale, un peu à l’image de Jeanne d’Arc ou de Kimpa Vita. Et Misamu savait chanter avec tout son cœur, non avec toute son âme. On la voit verser des larmes quand elle chante la douleur du Congo déchiré et balafré par la guerre injustement imposée à la nation par les puissances occidentales à travers les multinationales.

Chanteuse à succès

Seulement, Marie Misamu s’en va très tôt alors que la bataille contre les forces du mal n’est pas encore gagnée. Elle a su montrer la voie pour que d’autres « Misamu » continuent la lutte.

Marie Misamu était l’une des chanteuses gospel les plus en vue en RDC. Elle s’est notamment révélée au public avec sa chanson « Seigneur » qui a recueilli un franc succès.

D’autres titres que la chanteuse a sortis par la suite comme « Mokeli na ngai », « Salela ngai bikamwa », « La reconnaissance » et « Eh Yahweh » ont été également bien accueillis par les mélomanes du monde entier.

Cojef témoigne

La présidente nationale du Collectif des ONG et Mouvements de la jeunesse féminine (Cojef) a témoigné devant les membres de son comité restreint que la « Sœur Marie Misamu a été une femme qui a contribué à l’éducation de l’opinion à la foi en Dieu et aux valeurs humaines ».

« Sœur Marie Misamu mérite nos prières et hommages funèbres  dignes », a souhaité Mlle Raissa Kangamotema, après l’annonce du décès de cette artiste musicienne chrétienne, dimanche 17 janvier 2016 à Kinshasa.

Des messages éducatifs

Après avoir déploré »une perte brutale » et s’être inclinée devant la volonté divine, elle a soutenu que « plusieurs œuvres musicales de Marie Misamu méritent d’être suivies avec beaucoup d’attention au regard des messages éducatifs (la crainte de Dieu, les bonnes conduites à tenir en tout temps et en tout lieu,) et des comportements humains responsables (collaboration et cohabitation pacifiques avec tout le monde notamment avec d’autres artistes) qu’elles véhiculent ». 

« Tout ceci, a ajouté la présidente du Cojef, fait que Marie Misamu mérite les hommages funèbres dignes des  chrétiens et non chrétiens tant au pays qu’à l’étranger pour lui faire bénéficier le repos éternel auprès de Dieu miséricordieux qu’elle a servi à travers son travail ».

Elle a exhorté tout le monde, artistes et non artistes, à aimer son travail comme Marie Misamu et à le considérer comme un acte d’adoration à Dieu et non comme un simple acte d’exhibitions et d’apologies d’antivaleurs.

[avec Augustin K., Bertin Kangamotema]


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