Dialogue en RDC : Qui est Edem KODJO ?

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image Edem KODJO

A peine nommé à ce poste, Edem Kodjo doit faire face à un front qui se dresse contre lui. Le G7 et la Dynamique de l’Opposition réservent une fin de non-recevoir à la démarche de l’Union africaine. Poue « Le Front citoyen 2016 », l’UA se fait embarquer par le président Kabila. C’est comme si, susurre-t-on dans les rangs du G7 et de la Dynamique, que la déclaration de l’UA était rédigée à Kinshasa.     Edem Kodjo, ancien Premier ministre togolais et membre du groupe de sages de l’Union africaine, vient d’être chargé par la présidente de la commission de l’Union Africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour mener les consultations nécessaires au lancement du dialogue en RDC.     Né le 23 mai 1938, Edem Kodjo (né Édouard Kodjovi Kodjo) est un homme politique togolais qui a assumé des fonctions politiques dans son pays et au sein de l’Union africaine (ex-OUA). Sur le plan international,  il a été gouverneur du Fonds monétaire international (FMI) de 1967 à 1973 et secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine de 1978 à 1983.  Il fut Premier ministre dans son pays à deux reprises, du 23 avril 1994 au 20 août 1996, puis du 9 juin 2005 au 20 septembre 2006. Il a été ministre de l’Économie, puis des Affaires étrangères dans les années 1970.     On dit de cet homme qu’il est démocrate convaincu après s’être opposé à l’autoritarisme croissant dans le parti unique RPT vers la fin des années 1970. Pour contrer son prestige, le général Eyadema, s’opposa à son action à la tête de l’OUA, au terme de laquelle il s’exila en France.     Au début des années 1990, il va créer l’Union togolaise pour la démocratie (UTD). Candidat unique de l’opposition à l’élection présidentielle de 1993, il va boycotter finalement le scrutin. Il devient Premier ministre4 l’année suivante après une victoire aux élections législatives, fonction qu’il va quitter en 1996.. Le 9 juin 2005, le président Faure Essozimna Gnassingbé l’appelle pour former un gouvernement et rétablir le calme dans le pays suite aux troubles survenus après la mort de Gnassingbé Eyadema.     En 2009, à l’âge de 71 ans, Edem Kodjo fait publiquement ses adieux à la politique.

Se tiendra, se tiendra pas ? Pas facile de parvenir à un compromis autour du dialogue. D’épais nuages couvrent toujours le ciel de ce forum que l’UDPS d’Etienne Tshisekedi a qualifié de « dernière chance » pour un nouveau départ. La désignation par l’Union africaine du diplomate togolais Edem Kodjo comme facilitateur n’a pas non plus dissipé les malentendus.

A peine nommé à ce poste, Edem Kodjo doit faire face à un front qui se dresse contre lui. Dans un communiqué conjoint, signé hier lundi à Kinshasa, le G7 et la Dynamique de l’Opposition réservent une fin de non-recevoir à la démarche de l’Union africaine. « Le Front citoyen 2016 » s’est aussi prononcé sur le contenu du communiqué de Mme Zuma. Cette frange de l’Opposition, farouchement opposée au dialogue, est  d’avis que l’UA se fait embarquer par le président Kabila. C’est comme si, susurre-t-on dans les rangs du G7 et de la Dynamique, que la déclaration de l’UA était rédigée à Kinshasa. Ces derniers trouvent aberrant que l’Organisation continentale ait déjà dicté un format au dialogue, bradant les limites fixées dans la Constitution, notamment dans l’organisation des élections.

Pour toutes ces raisons, le G7, la Dynamique de l’Opposition et le « Front 2016» s’inscrivent dans la logique du respect de la Constitution dans ses dispositions les plus pertinentes, notamment celles verrouillant le mandat du président de la République.

« Le G7 et la Dynamique de l’Opposition réitèrent leur rejet catégorique du dialogue convoqué par le Président Joseph Kabila, car  inopportun et sans objet. Par conséquent, ils ne peuvent souscrire à la facilitation initiée par Mme la Présidente de la Commission de l’Union  africaine dans le cadre dudit dialogue », lit-on dans ce communiqué.

En lieu et place d’appeler à un dialogue sans raison politique valable, le G7 et la Dynamique pensent que la communauté internationale et l’UA feraient mieux « de s’investir pour que la RD Congo revienne à la vie d’un Etat normal, de tout mettre en œuvre afin que le Président Kabila, garant de la Constitution, la respecte et libère la démocratie ainsi que le processus électoral, gages de l’unité nationale, de la paix, de la stabilité et du  développement durable en République démocratique du Congo ». « La crédibilité et l’image de l’Union Africaine en dépendent », conclut le communiqué.

Ci-dessous, le communiqué conjoint du G7, de la Dynamique et du « Front 2016 » ainsi que la déclaration du 14 janvier 2016 de l’Union africaine.

[avec lePotentiel]

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La dynamique et le G7

Communiqué de presse conjoint du 18 janvier 2016

1. Les regroupements de l’opposition politique en République Démocratique du Congo, le G7 et la Dynamique de l’Opposition, ont pris connaissance du communiqué de Madame la Présidente de la Commission de l’Union Africaine (UA), daté du 14, janvier 2016, relatif au dialogue national convoqué par le Président Joseph Kabila.

9. Le G7 et la Dynamique relèvent que ce communiqué ne correspond pas à la réalité de la situation politique actuelle en République Démocratique du Congo et ne reflète pas les aspirations démocratiques du Peuple congolais. Ce communiqué témoigne, en plus, que la Commission de l’UA est soit mal renseignée, soit insuffisamment informée de ce qui se passe en ROC.

10. La Dynamique de l’Opposition et le G7 rappellent à l’intention de la  Communauté internationale, en général, et de l’UA, en particulier, que la crise artificielle actuelle en RD Congo a été délibérément créée par le Président Joseph Kabila et sa famille politique, la Majorité présidentielle, qui tiennent à demeurer au pouvoir contre la volonté du Peuple congolais et en violation de la Constitution de la République, pacte fondateur de la Troisième République et socle des valeurs républicaines et démocratiques sur lesquelles reposent la cohésion nationale, la paix civile et la stabilité institutionnelle en République Démocratique du Congo;

11. Afin d’atteindre cet objectif de conservation du pouvoir par la force, le Président Kabila et ses partisans ont mis en œuvre une stratégie planifiée de : 

  • blocage du processus électoral;
  • restriction des libertés fondamentales ;
  • violation organisée des droits de l’Homme;
  • répression de toute contestation, même pacifique, de leur politique de gestion du pays.

Cela est bien la preuve d’une gouvernance totalitaire qui s’installe dans le pays.

5. Le G7 et la Dynamique de l’Opposition déplorent que le communiqué de presse de Madame la Présidente de la Commission de l’UA ne fasse nullement allusion à la Constitution de la RDC et aux questions majeures soulevées ci-dessus, relatives à la démocratie, aux élections et à l’Etat de droit, pourtant étriquées en valeurs absolues par les textes fondamentaux de l’Union Africaine, plus particulièrement par son Acte constitutif, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples et par celle de la démocratie, des élections et de la gouvernance. De même, ils s’étonnent de ce que Madame la Présidente ignore totalement les la RDC.

6. Pour la Dynamique de l’Opposition et pour le G7, la position de Madame la Présidente de la Commission exprimée dans ce communiqué n’est pas susceptible de faciliter le déblocage rapide du processus électoral et de  consolider la démocratie en RDC. Au contraire, elle va exacerber la tension  politique et éloigner davantage toute perspective d’organisation des élections, plus spécialement de la présidentielle et des législatives que les Congolais attendent dans le délai constitutionnel.

7. Plus grave, la position de Madame la Présidente de la Commission de l’UA apparaît comme une caution inacceptable apportée à la tentative du Président Kabila et de sa Majorité, de remettre en cause l’ordre politique et institutionnel démocratique convenu par toutes les forces vives de la Nation congolaise au Dialogue inter congolais à Sun City, en Afrique du Sud, sous l’accompagnement conjoint de l’Organisation des Nations Unies (O.N.U), et de l’Union africaine (UA), en 2002;

8. Le G7 et la Dynamique de l’Opposition soulignent qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de crise institutionnelle ou constitutionnelle en République Démocratique du Congo qui puisse justifier la tenue d’un forum national après celui de Sun City qui a permis :

  • la conclusion d’un compromis historique consacré par la Constitution du 18 février 2006 adoptée par 85% du Peuple congolais;
  • le rétablissement de la paix en RDC et le recouvrement de’ son intégrité territoriale;

9. La Dynamique et le G7 rappellent et réaffirment que la crise actuelle est artificielle. Elle est, en effet, l’expression de la volonté du Président Kabila de tuer la démocratie en RD Congo en se façonnant un nouvel ordre politique et une nouvelle Constitution qui lui garantissent une présidence à vie, ce que les Congolais, déjà meurtris par trente-deux ans de dictature, ne peuvent accepter ni tolérer.

10. Pour le G7 et pour la Dynamique, toute solution à l’impasse actuelle, intentionnellement créée, passe impérativement par:

  • le respect de la Constitution de la République; 
  • l’alternance démocratique conformément à la Constitution;
  • l’organisation d’élections libres, pluralistes, transparentes et crédibles, dans le délai constitutionnel.

11. De tout ce qui précède, le G7 et la Dynamique de l’Opposition réitèrent leur rejet catégorique du dialogue convoqué par le Président Joseph Kabila, car  inopportun et sans objet. Par conséquent, ils ne peuvent souscrire à la facilitation initiée par Madame la Présidente de la Commission de l’Union  africaine dans le cadre dudit dialogue.

12. Enfin, la Dynamique de l’Opposition et le G7 lancent un appel pressant à la Communauté internationale et à l’Union africaine en particulier, qui, par ailleurs, se sont tant investies pour que la RD Congo revienne à la vie d’un Etat normal, de tout mettre en œuvre afin que le Président Kabila, garant de la Constitution, la respecte et libère la démocratie ainsi que le, processus électoral, gages de l’unité nationale, de la paix, de la stabilité et du  développement durable en République Démocratique du Congo.

13. La crédibilité et l’image de l’Union Africaine en dépendent.

Fait à Kinshasa, le 18 janvier 2016

Pour le G7

Charles Mwando Simba


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