Après l'échec en RDC : Martin KOBLER prêt affronter les djihadistes en Libye ?

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image Martin Kobler - Ancien Représentant spécial du Secrétaire général pour la RDC.

L’ancien patron de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), le diplomate allemand Martin Kobler vient d’être nommé émissaire de l’Organisation des Nations unies en Libye, après son mandat à la tête de la force onusienne de maintien de la paix au Congo-Kinshasa. Comme qui dirait, après l’enfer congolais des groupes armés, Martin Kobler doit affronter l’enfer libyen des djihadistes.

Pour bien des analystes, la nomination de Martin Kobler faisait peu de doute. Il avait même été appuyé, selon Jeune Afrique, par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, mercredi 28 octobre. Via son compte Twitter, apprend-on, la mission de l’Onu en Libye a annoncé, mercredi 4 novembre, la nomination du diplomate allemand au poste d’émissaire des Nations unies pour la Libye.

Un habitué des terrains difficiles

À 62 ans, Martin Kobler reste un vétéran de la diplomatie allemande. Après avoir été ambassadeur d’Allemagne en Irak puis en Égypte, il a rejoint l’Onu en 2010. Ces deux dernières années, il était à la tête de la Mission de l’Onu pour la stabilisation en RDC (Monusco).

Ce vaillant agent onusien, qui a laissé une très bonne impression auprès de la population congolaise, a quitté la RDC, où il a œuvré pendant deux années, avec des sentiments de satisfaction mêlés d’un goût d’inachevé, estimant que le travail n’était pas terminé, comme il l’avait expliqué au confrère Jeune Afrique, en septembre dernier.

Remplacé  à la tête de la Monusco par le nigérien Maman Sidikou,  » transfuge  » d’Amison, force de l’Union africaine  en Somalie, Martin Kobler succède en Libye à l’Espagnol Bernardino Leon, en poste depuis août 2014. Fin connaisseur de l’échiquier politique libyen, ce dernier avait finalement échoué à mettre d’accord les deux gouvernements libyens.

Après le bouillant est de la RDC, Martin Kobler, un habitué des terrains difficiles, va désormais évoluer dans un autre terrain très périlleux : la Libye où, profitant du chaos provoqué par l’intervention occidentale pour chasser Mouammar Kadhafi du pouvoir, les djihadistes et autres voyous de tous bords sèment mort et désolation.

[Kléber Kungu]

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15 ans d’échec en RDC

INTERVENTION DE L’HONORABLE VITAL KAMERHE, À L’OCCASION DU 15ième ANNIVERSAIRE DE LA MONUSCO EN RDC

Excellences, Honorables, Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, de prime à bord, remercier le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour avoir bien voulu m’associer à ce  cadre  d’échange  et  de  réflexion  profonde  sur  la manière  dont  la MONUC devenue MONUSCO accomplit sa mission en RDC, notre pays.

En ma double qualité d’ancien Commissaire Général du Gouvernement Adjoint chargé des relations avec la MONUC et d’ancien Commissaire Général du Gouvernement chargé du suivi du processus de paix dans la région de Grands Lacs, je vais essayer de m’éloigner de tout développement partisan et me focaliser uniquement sur les faits tels que je les ai vécus en tant que témoin, et tel que la population congolaise les a perçus au regard de ses attentes.

C’est ainsi que mon adresse va s’articuler autour de 3 parties, à savoir :

1. L’aperçu historique de la Mission des Nations Unies en RDC ;

2. Les faiblesses de la mission ;

3. Les perspectives d’avenir.

I. Aperçu historique de la Mission des Nations Unies en RDC

01. A la suite du génocide rwandais de 1994 de triste mémoire, près de deux millions des réfugiés rwandais, à majorité des hutus, vont se déverser dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à l’Est de la RDC.

02. Ces réfugiés parmi  lesquels  les ex  Forces  Armées  Rwandaises (FAR), l’armée de l’ancien président Habyarimana, étaient venus sous l’encadrement des militaires français à travers l’opération Turquoise entérinée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

03. Sous les yeux de la communauté internationale, ces militaires parmi lesquels les responsables du génocide au Rwanda ont traversé avec armes, minutions et argent, alors que l’ONU avait toute la possibilité de les désarmer avant leur entrée sur le territoire congolais. Bien plus encore les Nations Unies sous l’autorité desquelles étaient placées ces hommes en armes, les ont regardés s’adonner aux entraînements militaires et commerce des armes dans les camps des réfugiés d’où ils partaient pour faire des incursions au Rwanda, leur pays d’origine.

04. Pour  éloigner   cette  menace   que   représentaient  ces  ex-FAR Interahamwe vis-à-vis de Kigali, il fut décidé, à l’issue d’une tripartite Zaïre-Rwanda et HCR, de leur déplacement à au moins 150 km des frontières à l’intérieur du Congo. Alors que les sites d’accueil avaient déjà été

indiqués, l’ONU prétextant le manque des moyens pour maintenir ces réfugies, civils et militaires confondus, sur place à un jet de pierre de leur pays d’origine.

05. Avec certainement la conscience chargée de n’avoir pas empêché cette  tragédie,  la  communauté internationale  s’est  montrée  très laxiste vis-à-vis du pouvoir de Kigali auquel elle n’ose pas imposer les mêmes exigences d’ouverture démocratique tel que cela a été fait au Congo et au Burundi où des dialogues internes ont été sollicités et obtenus et continuent d’être sollicités.

06. Et Mzee Laurent Désiré  Kabila, qui a  décidé d’en finir avec  le régime de Mobutu, avait minimisé les vraies intentions de ses alliés rwandais et ougandais qui, au delà du soutien lui apporté, visaient en réalité le contrôle du Zaïre et de ses immenses richesses ainsi que l’éradication de leurs groupes armés sur le territoire congolais. Une guerre avec deux agendas.

Ces deux pays voisins du Congo à l’Est sont devenus des exportateurs des minerais dont ils ne disposent pas des gisements significatifs sur leurs territoires. Et même les multinationales, et pas des  moindres,  sont  citées  dans  tous  les  rapports  des  experts comme étant les relais  intéressés par ce commerce des minerais du sang, particulièrement le coltan. Une économie du chaos s’est donc installée sous l’impuissance de Nations Unies qui ont bien identifié les acteurs étatiques et privés concernés, et aussi   sous l’œil complaisant de certaines puissances  occidentales qui ont pourtant, les moyens d’appliquer des sanctions pour mettre fin à ce cycle de violence lié à ce commerce qui entretient la guerre et les groupes armés.

07. Le 27 juillet 1998, Mzee Laurent Désiré Kabila, Président de la RDC de l’époque, visiblement excédé par le comportement de ses alliés, et sous la pression de la population, a pris la décision de mettre fin à la coopération militaire entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Cinq jours après, soit le 2 août 1998, s’est déclenchée ce qu’il convient de qualifier de guerre d’agression que la Communauté internationale dans son hypocrisie qualifiait de guerre interne entre congolais, donc une rébellion.

08. Malgré  l’évidence  de  la  présence  des  troupes  rwandaises  et ougandaises sur le territoire congolais, le Conseil de Sécurité suite au veto de certaines puissances, membres permanents, se refusa de  nommer  les  pays  agresseurs.  Et  se  contenta  des  concepts vagues des forces invitées et des forces non invitées dans sa Résolution 1234.

09. Après de laborieuses et âpres discussions, l’Accord de Lusaka fut signé le 10 Juillet 1999 par les Etats impliqués dans la guerre en RDC et respectivement, le 30 et 31 Juillet 1999 par le Mouvement de Libération du Congo (MLC) et le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), deux mouvements de rébellion alliés à l’Ouganda et au Rwanda.

Malgré la signature de cet accord, les offensives militaires se sont poursuivies sur terrain et la guerre a continué à faire des ravages sur le plan humain, humanitaire et social.

10. Le Conseil  de  Sécurité  des  Nations  Unies  qui  s’est  rendu  à l’évidence d’un côté, de la menace de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de la République Démocratique du Congo ainsi que de tous les Etats de la Région des Grands Lacs et de l’autre, de l’exploitation illégale des ressources de la RDC et de ses conséquences sur la sécurité et la poursuite des hostilités, a décidé de l’envoi des casques blues regroupés au sein de la MONUC, pour une mission d’observation de   paix   entre   les   différents   groupes   armés, à travers   sa Résolution 1279 du 30 novembre 1999.

La MONUC avait pour mandat notamment :

–   de  surveiller   l’application   de  l’accord  de  cessez-le-feu  et d’enquêter sur ses violations ;

–   d’établir et de maintenir en permanence une liaison sur le terrain avec les quartiers généraux des forces militaires de toutes les parties ;

–   d’élaborer  un  plan  d’action  pour  l’application  de  l’accord  de cessez-le-feu dans son ensemble par tous les intéressés ;

–   de collaborer avec toutes les parties pour obtenir la libération de tous les prisonniers de guerre et de tous les militaires capturés ;

– de  superviser  et  de  vérifier  le  désengagement  et  le redéploiement des forces des parties ;

–   de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et de veiller au respect des droits de l’homme en prêtant une attention particulière aux groupes vulnérables les femmes, les enfants, etc.

11.Et, le 4 mai 2000, l’accord concernant le Statut de la mission de l’organisation  des  Nations  Unies  (SOFA)  en  RDC  entre l’Organisation des Nations Unies, représentée par Monsieur Kamel Morjane, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies et la République Démocratique du Congo, représenté par le Ministre d’Etat, Monsieur Yerodia Abdoulaye, fut signé.

12. Pour  permettre  l’application  de  l’accord  de  Lusaka,  le  plan  de désengagement des forces fut signé à Kampala le 8 avril 2000. Ce plan prévoyait le redéploiement en arrière de 15 Kilomètres dans les zones de combat où les forces étaient en contact de manière à créer un couloir

de 30 Km pour le déploiement des observateurs des Nations Unies, l’objectif étant de positionner ces forces dans des positions d’empêcher la reprise des hostilités.

13. Il a fallu attendre le 16 mai 2000, date à laquelle les armées régulières du Rwanda et de l’Ouganda, sous le commandement de leurs Chefs d’Etat Major respectifs, James Kabarebe et James Kazini, s’affrontent à l’arme lourde dans la ville martyre de Kisangani, causant des dégâts humains et matériels incommensurables pour que le masque tombe. On a assisté à une guerre en règle entre deux Etats sur le territoire d’un Etat tiers, sans que ce dernier n’en connaisse la raison. D’où la Résolution 1304 du Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant aux deux armées de se retirer immédiatement du territoire congolais.

14.  Finalement, la Communauté internationale n’avait plus de choix que de citer, pour la première fois, le Rwanda et l’Ouganda comme pays agresseurs de la RDC, alors que pendant longtemps la thèse faussement soutenue était celle d’un conflit interne à la RDC.

15. Dans  les  soucis  de  rendre  le  processus  de  paix  de  Lusaka irréversible, le Président Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud initia en dates du 14 octobre et du 27 Novembre 2000, le processus de Maputo  réunissant  autour  de  lui  uniquement  les  Etats  impliqués dans la guerre, à l’exception des mouvements de rébellion.

16.Au moment d’adopter le plan de démantèlement des ex-FAR Interahamwe et du retrait des troupes rwandaises, l’Ouganda ayant accepté de se retirer volontairement, le Président Laurent Désiré Kabila excédé, va qualifier les Présidents Kagame et Museveni de chefs  des  Interahamwe.  Et  de  rappeler  que  les  Interahamwe n’étaient pas congolais et que personne ne les avait invités sur le territoire congolais. Grand incident diplomatique, le sommet se termina en queue de poisson.

17.Après cet échec de Maputo, la RDC devait choisir entre l’option militaire avec une offensive sur Pweto et l’issue diplomatique. Mzee Laurent Désiré Kabila opta pour les deux. C’est ainsi que le 03 décembre 2000, les forces armées subirent un lourd revers à Pweto.

18.C’est la signature, en date du 3 décembre 2000, des sous plans de désengagement de Harare entre les délégations de la RDC, du Rwanda, de l’Ouganda, du RCD et du MLC qui va faciliter l’adoption par le Conseil de Sécurité, en date du 14 décembre 2000, de la résolution 1341 rendue publique le 22 février 2001, prévoyant le déploiement des observateurs de la MONUC dans les zones désengagées (Lisala, Boende, Kabinda et Kabalo). C’est le point de départ de l’accalmie sur le plan militaire.

19.  Sous l’égide des Présidents Mbeki de l’Afrique du Sud et Edouardo Dos Santos de l’Angola, l’Accord de Pretoria fut signé en juillet 2002 avec le Rwanda et l’Accord de Luanda sur la pacification de l’Ituri avec l’Ouganda.

20. L’Accord Global Inclusif obtenu grâce à la facilitation de l’ancien Président  Masiré  et  l’Envoyé  Spécial  du  Secrétaire  Général  de l’ONU,  Moustapha  Niasse  et  Namanga  Ngongi,  Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, institua une transition de 2 ans et 6 mois, renouvelables une fois.

Grâce à la collaboration du CIAT (Comité International d’Accompagnement  de  la  Transition)  regroupa  les  5  permanents plus la Belgique, l’Angola et l’Afrique du Sud, dirigé des mains de maître par Monsieur Swing, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, la RDC a connu pour la première fois les élections générales plus ou moins acceptables après 44 ans.

21. Il  faut,  cependant,  noter  qu’au  cours  de  ce  mandat,  Nkunda Batware resté à Goma après la signature de l’Accord Global et Inclusif,  déclencha  les  hostilités  dans  un  nouveau  mouvement nommé CNDP. Pour mettre fin à cette nouvelle rébellion, un Acte d’engagement fut signé à Goma, sous les auspices du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Alan DOS.

22. Après la suppression du CIAT, croyant que les congolais avaient acquis suffisamment d’expérience et un relâchement de la MONUC dirigée par Monsieur Roger Meece, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies de l’époque, les élections du 28 novembre 2011 furent un chaos, un fiasco qui a engendré une crise de légitimité et planté le décor d’une autre guerre à l’Est. C’est le M23.

23.  Pour faire face à ce nouveau  défi, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, à travers sa Résolution 1925 du 28 mai 2010, a décidé de changer l’appellation de la MONUC en Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC, en sigle MONUSCO.

Au  regard de cette  Résolution,  la  MONUSCO  a  pour  mandat notamment :

o La stabilisation et la consolidation de la paix ;

o La protection des civils.

24. Et  plus  tard,  le  Secrétaire    Général  des  Nations  Unies  initia l’Accord-cadre d’Addis-Abeba assorti de la Résolution 2098.

Cette situation a conduit le Conseil de sécurité, à travers sa Résolution 2098 du 28 mars 2013, à renforcer la mission de la MONUSCO par la création, sans préjudice des principes convenus du maintien de la paix, d’une brigade d’intervention pour neutraliser les groupes armés, surveiller la mise en œuvre de l’embargo sur les armes, appuyer les procédures judiciaires nationales et internationales.

De même, la reconfiguration de la MONUSCO et de son mandat seront fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.

25. Aujourd’hui,  15  ans,  jour  pour  jour,  la  présence  en  RDC  de  la mission  des  Nations  Unies  en  RDC,  n’a  pas  été  une  parfaite réussite. L’on a enregistré plus de 7 millions des morts malgré les différentes Résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la révision des mandats de la mission des Nations Unies en RDC.

II. Faiblesse de la Mission des Nations Unies en RDC

26. La Résolution 1279 ayant confiée à la MONUC la mission de faire observer la paix entre les belligérants n’a pas atteint son objectif, car la MONUC s’était révélée finalement comme spectatrice de la paix et n’a pas procuré la paix aux congolais. Elle était en cela limitée par son

mandat qui ne cadrait pas avec le défi à relever. Le peuple ne pouvait pas le comprendre avec raison. Et le Gouvernement aussi.

27. L’autre faiblesse de départ et qui a tendance à se renforcer ce jour est  que  la  MONUSCO  et  le  gouvernement  congolais  évoluent comme  deux  Etats  parallèles,  alors  qu’il  devrait  eu  avoir collaboration et symbiose. La méfiance entre ces deux institutions est perceptible et de

temps à temps on sent l’instrumentalisation pour discréditer la mission onusienne, ce qui n’est pas de nature à favoriser un climat pouvant conduire à des connections nécessaires pour vaincre les forces du mal. Car, ce n’est pas la course à la victoire  de  quiconque  qui  intéresse  les

congolais,  mais  plutôt  le retour d’une paix durable devrait préoccuper toutes les parties.

28.De même, la Résolution 1304 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui demanda le retrait sans condition des armées du Rwanda et de l’Ouganda et la démilitarisation de la ville de Kisangani, ne changea rien sur le terrain.  Les armées du Rwanda et de l’Ouganda ont poursuivi leur œuvre macabre sur le territoire de la RDC sans qu’aucune grande puissance ne s’indigne, et sans la moindre sanction   de   la   part   du   Conseil   de   Sécurité   en   dehors   du communiqué  laconique  faisant  état  de  sérieuses  préoccupations. Les populations de Kisangani ne pouvaient pas comprendre que les casques bleus aient été incapables d’imposer la paix dans cette ville et de la démilitariser.

29. En ce qui concerne la Résolution 2098, la présence de la Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO ne jugule pas l’existence des  groupes  armés  à  l’Est  de  la  République  Démocratique  du Congo qui tuent, violent, volent, massacrent, pillent au quotidien les paisibles congolais qui n’ont guère de culture belliciste.

Davantage, ces forfaits se commettent   aux   endroits   où   on enregistre une forte présence des casques bleus de la MONUSCO. C’est qui est paradoxal.

Aussi, le dialogue recommandé dans ce cadre par l’accord d’Addis- Abeba sous les auspices de la MONUSCO n’a jamais eu lieu. C’est qui est un échec. Alors que le point 14b de la Résolution 2098 donne au Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Martin Kobler, le rôle de bons offices.

30. De même, la MONUSCO ne doit pas se taire devant la remise en cause par le pouvoir en place de l’indépendance de la justice en sanctionnant injustement les magistrats qui ont, dans leur mission de dire le droit, respecter la loi. Elle ne doit non plus se taire quand la  liberté  d’expression  est  entravée  par  des  fermetures intempestives   et  illégales   des  médias   tels   que  Canal Futur Télévision depuis le 28 novembre 2011 et tout récemment de la Radio Télévision Watanshi à Lubumbashi et 5 médias à Beni.

31. C’est ici le lieu d’insister sur le rôle que joue Radio Okapi dans la réunification  du  pays, la   consolidation  de  la   paix   et  de   la démocratie, à travers l’accès de toutes les tendances politiques à ce média. Dès à présent, nous devrions réfléchir sur son avenir après que la MONUSCO aura totalement rempli sa mission.

La RDC étant encore à l’étape du balbutiement démocratique, nous suggérons que Radio Okapi soit placée directement sous la tutelle des Nations Unies, afin de préserver sa neutralité et l’indépendance de sa ligne éditoriale.

En résumé, on peut dire que les faiblesses de la MONUC devenue MONUSCO étaient déjà dans la nature du mandat de départ :

–   On veut mettre fin à l’agression par une simple observation et protection des civils, là où l’on devait faire usage de la force, conformément au chapitre 7 de la Charte des Nations Unies ;

–  On déploie les observateurs le long de ligne de front laissant penser à un plan de balkanisation, alors qu’il fallait repousser les agresseurs dans leurs pays et placer un rideau sécuritaire le long des frontières ;

–  On se contente de faire des rapports d’observation là où la population sont massacrées, forcées au déplacement, violées impunément alors qu’il fallait traquer les groupes armés et les forces négatives ;

–   On se contente d’obtenir une multitude d’accord et résolutions sans se donner les moyens de les appliquer ;

–  On se focalise sur les élections reléguant au second plan les autres  résolutions  autres  importantes,  notamment  la construction de l’armée, la réforme de la justice, les missions de la commission vérité et réconciliation.

Dans  sa  configuration  actuelle,  la  MONUSCO  est  chargée  de   la stabilisation et de la consolidation de la paix. Mais on ne voit pas de grands projets de développement à l’Est, tout comme on ne voit pas après l’échec de Umoja Wetu, Kimya I, Kimya II et Sokola, un plan réaliste et volontariste concocté avec les FARDC et l’implication de tous les autres acteurs nationaux concernés pour mettre fin aux FDLR, ADF-NALU, FNL et groupes armés nationaux.

Sur le plan de droit de l’homme, on s’étonne qu’après un bilan macabre de 7 millions des morts et des viols massifs, il n’y ait pas des mandats lancés contre les auteurs  identifiés dans les différents rapports des Experts aussi bien au Congo, au Rwanda et en Ouganda. Complaisance !

On ne voit pas le soutien de la MONUSCO à l’instauration des cours spéciales de justice à l’Est.

III. Perspectives d’avenir

32.  Néanmoins, le peuple congolais reconnait que sans la présence de la MONUSCO, la RDC aurait, sans nul doute, disparu en tant que nation. Elle aurait été déjà balkanisée.

33.  D’où la nécessité de  redéfinir et de  renforcer le mandat de  la mission des Nations Unies en RDC par une nouvelle Résolution du Conseil   de   Sécurité   des   Nations   Unies   pour   confier à   la MONUSCO la mission d’imposition de la paix.

Pour terminer, nous recommandons ce qui suit :

–   L’adoption d’une résolution qui devra charger la MONUSCO de s’impliquer en amont et en aval dans le processus électoral en cours pour éviter la répétition de l’histoire après 2016 ;

– Cette résolution devra autoriser la MONUSCO d’assister le gouvernement   congolais   notamment   dans   la   réforme   de l’armée, de la justice et d’implantation de grands projets ;

–   Renforcer  son  mandat  offensif  au-delà  d’une  simple  brigade pour faire face aux FDLR et autres groupes armés suivant des plans opérationnels convenus avec les FARDC ;

–   Renforcer le mandat pour enrayer les tueries de Beni, du Sud- Kivu et du Nord-Katanga ;

–  Déployer les casques bleus en nombre suffisant dans le Nord Katanga pour assister la population vivant dans ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui le triangle de la mort, Pweto, Mituaba et Kasenga ;

–   créer un organe ou une institution de liaison entre la MONUSCO et le gouvernement congolais pour une meilleure collaboration et enrayer ainsi la méfiance et les suspicions inutiles .

Il y a des leçons à tirer :

–   Comment expliquer que durant 15 ans, une force impressionnante, MONUSCO, dotée de plus de 18.000 hommes, du matériel sophistiqué,  de  la  logistique,  du  savoir-faire  dans  les  domaines variés  n’aient  pas  été  en  mesure  d’enrayer  définitivement l’insécurité ?

–   Il y a eu une mauvaise appréciation de la situation et de la menace ;

–   Il y a eu complaisance vis-à-vis des gouvernements de Kigali, de Kinshasa et l’Ouganda ;

–   On  ne  peut  pas  comprendre  que  ces  différents  gouvernements signent librement des accords qu’ils refusent d’appliquer. Et en cas d’échec,  c’est  la  MONUSCO  qui  est  vite  désignée  comme  bouc émissaire ;

–  Que cachent les demandes incessantes de ces gouvernements de demander le départ de la MONUSCO, alors qu’ils savent très bien que cela va entrainer la somalisation de l’Est de la RDC, comme c’est le cas aujourd’hui au Nord du Nigeria avec le phénomène de Boko haram ?

–   Comment exiger le départ de la MONUSCO avant la construction d’une armée véritablement républicaine quand le rapport parlementaire démontre des indices de complicité interne dans les tueries de Beni et quand on sait que les FARDC est une armée hétéroclite et sérieusement infiltrée ?

–   Comment  expliquer  que  tous  les  valeureux  officiers  finissent  par mourir des maladies ou assassinats ? Simple coïncidence ou une planification macabre ( Mamadou Ndala, Bahuma, Mbudja Mabe, …) et  que  les  seigneurs  de  guerre  sont  gratifiés  des  grades  de Généraux avec plusieurs étoiles ?

–   Devons-nous continuer à offrir une prime aux rebelles à travers les nominations dans l’armée et les institutions de la République ? Ce qui va naturellement inciter d’autres à se rebeller et la spirale va continuer.

De ce qui précède, à mon humble avis, la MONUSCO devrait rester et son départ devrait se faire parallèlement à la formation de l’armée qui devra réellement  occuper  les  zones  libérées  et  de  l’instauration  de l’autorité de l’Etat.

–   En ce qui concerne les FDLR, la plus grande menace, suivi des ADF-NALU, LRA et FNL, une chose à la fois. Il faut élaborer et convenir d’un plan inscrit dans le temps et dans l’espace où le Rwanda jouera aussi son rôle d’accueillir ses compatriotes non génocidaires ;

–   Lancer un dernier ultimatum pour le désarmement volontaire et en suite faire usage de la force. Il n’est pas question de continuer à transformer la RDC en un dépotoir des forces du mal. Les FDLR doivent rentrer au Rwanda ou ailleurs pour que les congolais vivent en paix ;

–   S’agissant des groupes armés nationaux, il faudrait les orienter dans les centres de formation professionnelle où ils suivront la formation des mécaniciens, menuisier, agriculteurs, coutumiers, maçons, …. Pour enlever la kalachnikov de leurs mains et y placer un outil de développement pour transformer ces derniers en agents de développement.  Ils  ne  sont  pas  à  confondre  avec  les  FDLR.  Ils avaient été créés par le gouvernement, qui est donc à mesure de les démanteler.

Pour conclure, comme je l’ai démontré ci-haut, le processus de paix en RDC évolue en dents de scie.

Quand on fait un bon en avant qui suscite des espoirs, très vite le peuple déchante avec la naissance de nouvelles rébellions ressemblant à une génération spontanée.

Aujourd’hui, encore une fois, nous sommes à la croisée des chemins, c’est-à-dire, à la veille des échéances électorales importantes, qui devront conduire à l’alternance pacifique du pouvoir, nous devons tirer les leçons des erreurs du passé, tirer les leçons des événements récents de Burkina-Faso et demander au Conseil de Sécurité de doter la MONUSCO d’un organe lui permettant de

s’impliquer dans le processus de préparation des élections et de leurs organisation ainsi que la gestion des résultats, en étroite collaboration avec la Commission Electorale Nationale Indépendante, l’objectif étant d’avoir les élections apaisées . Nous invitons la MONUSCO à

s’impliquer dans l’initiative rassemblant toutes les parties concernées pour voir, dès à présent, comment éviter le printemps burkinabé en RDC. Les signaux que donne le pouvoir, notamment avec la création de l’Office National d’Identification de la Population, ONIP, doit nous interpeller tous, la MONUSCO y compris, sur la volonté affichée d’appliquer la stratégie de glissement de calendrier électoral au-delà de 19 décembre 2016. Ce que le peuple, les forces vives et les forces politiques sont  déterminés  à  refuser  en  faisant  usage  de  l’article  64  de  la Constitution.

Ne dit-on pas, il ne sert à rien de courir derrière les événements. Gouverner c’est prévoir !

Je vous remercie.

Fait à Kinshasa, le 05 décembre 2014

Vital KAMERHE

Président de l’UNC,

Ancien Commissaire Général du Gouvernement chargé du suivi du processus de paix

Ancien Président de l’Assemblée nationale


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