Egypte : Le président MORSI et les Frères musulmans ont trahi la révolution

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image La deuxième révolution égyptienne

L'Égypte célèbre les deux ans de la révolution dans la violence. Le président Mohamed Morsi, par la voie d’un communiqué, a déclaré qu’il n’hésiterait pas à "poursuivre les criminels et à les livrer à la justice." Il a exhorté les Égyptiens à respecter les principes de la révolution en exprimant leur opinion de façon pacifique. Mais l’ampleur des manifestations soulignent les profondes dissensions de la société égyptienne. Les manifestants estiment que le président Morsi, et les Frères musulmans qui l'ont porté au pouvoir, ont trahi la révolution. "Les Égytpiens veulent mettre la pression sur les autorités afin qu’elle réalise les objectifs de la révolution. Deux ans après, ce sont toujours les mêmes slogans : 'pain, liberté et justice sociale' ou encore 'le peuple veut la chute du régime'". "Nous ne sommes pas là pour faire la fête mais pour forcer ceux qui sont au pouvoir à se soumettre à la volonté du peuple", ajoute Mohamed Fahmy, un militant. "L'Égypte d'aujourd'hui ne doit plus jamais être comme l'Égypte de l'époque de Moubarak."

Des milliers de manifestants protestaient vendredi place Tahrir au Caire mais aussi dans d'autres villes du pays contre le président islamiste Mohamed Morsi pour réclamer une "nouvelle révolution", à l'occasion du deuxième anniversaire du soulèvement populaire qui renversa Hosni Moubarak. "Ça va être une grosse journée [...] parce que les Égyptiens en ont marre", prédisait en début de journée un manifestant, Mohammed Abdallah, en référence à la profonde crise politique et économique que traverse le pays.

Dans une rue menant à l'emblématique place Tahrir, de jeunes Égyptiens lançaient des pierres vers un mur de blocs de béton renforcé par les forces de l'ordre la veille. La police répondait sporadiquement par des tirs de gaz lacrymogène, selon un journaliste de l'AFP. Des échauffourées entre policiers et manifestants se sont aussi produites à Alexandrie et Suez. Environ 450 peronnes ont été blessés dans des affrontements à travers le pays, selon un nouveau bilan du ministère de la Santé. À Suez, une fusillade a fait six morts, a-t-on appris de sources médicales.

Le siège du parti des Frères musulmans incendié

Le siège local du parti des Frères musulmans dans la ville d'Ismaïliya, sur le canal de Suez, a été incendié par les manifestants hostiles au président islamiste égyptien Mohamed Morsi, a rapporté un correspondant de l'AFP. Une victime est à déplorer.

De la fumée noire sortait des fenêtres de locaux du Parti de la liberté et de la justice (PLJ). Les Frères musulmans ont indiqué par ailleurs que des manifestants avaient tenté d'envahir un de leurs locaux au Caire, dans le quartier de Tawfikiya, proche du centre-ville.

Une correspondante de l'AFP sur place a constaté que des manifestants lançaient des pierres contre un immeuble, et se faisaient pourchasser par des résidents. De bruits de tirs étaient également entendus, sans qu'il soit possible de déterminer leur origine et leur nature exacte.

Des heurts avaient déjà opposé jeudi au Caire la police à des manifestants qui tentaient de démanteler ce mur pour pouvoir circuler librement dans le centre-ville. Une vingtaine de personnes avaient été blessées, selon une source médicale. "À bas le pouvoir du Guide" des Frères musulmans, dont est issu le président Morsi, scandaient vendredi les manifestants. "Je suis ici pour exiger la liberté et la justice. L'Égypte a besoin d'une nouvelle révolution pour les jeunes et pour une vraie démocratie", affirmait Chawki Ahmed, 65 ans.

L'opposition, composée de mouvements en majorité de gauche et libéraux et qui affiche une unité encore précaire, a appelé à défiler à travers le pays contre le président Morsi et les Frères musulmans, en reprenant les mêmes mots d'ordre qu'il y a deux ans: "Pain, liberté, justice sociale".

"Sortons vers les places pour finaliser les objectifs de la révolution", a appelé sur Twitter Mohamed El-Baradeï, l'une des figures de proue de l'opposition laïque.

Les forces de l'ordre ont prévu de renforcer leur présence, selon une source de sécurité.

L’armée se déploie à Suez

Des soldats égyptiens sont arrivés tôt samedi 26 janvier à Suez où au moins sept personnes ont péri vendredi lors de manifestations marquant le deuxième anniversaire du début de la révolution égyptienne. Une autre personne est morte à Ismaïliya, où le siège local du parti des Frères musulmans a été incendié par les manifestants.

"Nous avons demandé aux forces armées d'envoyer des renforts [à Suez] jusqu'à ce que nous ayons passé cette période difficile", a annoncé à la télévision Adel Refaat, responsable de la sécurité publique à Suez. Les militaires ont distribué des brochures aux habitants leur expliquant que leur présence était temporaire et répondait à un besoin de sécurité.

Sur place, les témoins avancent des versions contradictoires quant au déroulement des événements. Certains affirment notamment que les forces de l'ordre ont riposté à des tirs d'hommes masqués.

Dans les autres villes du pays, la tension était également palpable notamment au Caire où les manifestants avaient pris d’assaut l’emblématique place Tahrir. Les autorités dénombrent au moins 450 blessés à travers le pays.

"Ce fut une journée à hauts risques, des affrontements ont même eu lieu dans des gouvernorats acquis aux islamistes comme à Fayoum. On sentait vraiment et on sent toujours beaucoup de colère et de détermination de la part des manifestants", rapporte Sonia Dridi, correspondante de FRANCE 24 au Caire.

Les Égyptiens réclament toujours "pain, liberté et justice sociale"

Le président Mohamed Morsi, par la voie d’un communiqué, a déclaré qu’il n’hésiterait pas à "poursuivre les criminels et à les livrer à la justice." Il a exhorté les Égyptiens à respecter les principes de la révolution en exprimant leur opinion de façon pacifique.

Tentant d’apaiser les tensions, les Frères musulmans, qui n’ont pas appelé à manifester à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement, ont lancé une campagne caritative baptisée "Ensemble, construisons l’Égytpe", qui prévoit une série d’actions sociales et caritatives à destination d’un million de personnes.

Mais l’ampleur des manifestations soulignent les profondes dissensions de la société égyptienne. Les manifestants estiment que le président Morsi, et les Frères musulmans qui l'ont porté au pouvoir, ont trahi la révolution. "Les Égytpiens veulent mettre la pression sur les autorités afin qu’elle réalise les objectifs de la révolution. Deux ans après, ce sont toujours les mêmes slogans : 'pain, liberté et justice sociale' ou encore 'le peuple veut la chute du régime'", explique Sonia Dridi,

"Nous ne sommes pas là pour faire la fête mais pour forcer ceux qui sont au pouvoir à se soumettre à la volonté du peuple", ajoute Mohamed Fahmy, un militant. "L'Égypte d'aujourd'hui ne doit plus jamais être comme l'Égypte de l'époque de Moubarak."

Moins populaires, les Frères musulmans sont accusés d’opportunisme

Dans ce climat tendu, les affrontements qui ont eu lieu étaient tout à fait prévisibles, d’après Sonia Dridi. "Les activistes avaient prévenu qu’il ne s’agirait pas d’une journée de célébrations. Ils ont appelé à dire 'non' aux Frères musulmans qui selon eux reproduisent le système d’Hosni Moubarak en accaparant le pouvoir."

Selon la journaliste, une partie de la population dénonce aujourd’hui l’opportunisme des Frères musulmans, en particulier depuis la crise autour de l’adoption de la nouvelle constitution en décembre 2012 où le pays s’est une nouvelle fois déchiré. "Les Frères musulmans ont beaucoup perdu en popularité et s’ils ne réagissent pas rapidement, l’année 2013 sera ponctuée de nouveaux affrontements", prévoit-elle déjà. Avec les prochaines élections législatives qui pourraient débuter en avril, de nouvelles mesures devraient voir le jour.

En attendant, la tension reste à son comble pour ce samedi 26 janvier, alors que le verdict du procès de Port-Saïd vient de tomber. La justice égyptienne a condamné à mort 21 personnes sur les 70 qui avaient été inculpées. Une décision qui a été accueillie par les cris de joie des membres des familles des victimes présents dans la salle d'audience au Caire. Mais les "Ultras" d'Al-Ahly, des supporteurs fervents et organisés qui revendiquent la grande majorité des victimes, ont déjà menacé les autorités de semer le "chaos" si le verdict n'est pas assez sévère à leurs yeux.

[FRANCE 24 avec dépêches]


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