Kampala : 14 jours pour boucler les pourparlers RDC - M23

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image Yoweri MUSEVENI.

Les chefs d'Etats de la CIRGL réunis en fin de week-end à Kampala, en Ouganda, lors de leur 7ième session extraordinaire consacrée à la guerre en Rdc ont fait injonction au gouvernement congolais et au M23 de reprendre le chemin des négociations à Kampala dans les trois jours, à compter du vendredi dernier. Le compteur commence aujourd'hui lundi et ils ont tout au plus deux semaines, 14 jours, pour boucler les pourparlers.

A Kinshasa, le gouvernement a salué cette décision de la CIRGL et se dit à la respecter. Tandis que du côté de Bunangana, le M23 qui a les pieds dans l'eau et qui n'attendait qu'une telle injonction pour retourner à Kampala n'ayant plus d'autre choix après sa déroute de Kibati, ne pouvait que l'applaudir des deux mains.

Ce qu'il a fait par son Président-postiche Bertrand Bisimwa qui a dit que son équipe deux négociateurs est déjà sur place à Kampala. Où les deux parties ont mis neuf mois sans s'accorder le moins du monde sur quoi que ce soit. 9 mois de profondes divergences. 9 mois en tournant en rond dans des palaces cossus de Kampala, aux frais du contribuable congolais qui pourtant tire le diable par la queue. Sans rien trouver.

Dans ce cas il appert que le timing incompressible de deux semaines des pourparlers est adressé non aux parties en conflit mais au Médiateur, en l'occurrence le rusé Kaguta Museveni, Président de l'Ouganda. C'est lui qui a été contre-performant tout au long de ces 9 mois de négociations. Et pourtant, il ne manque pas d'atouts ni de ressources personnelles réussir.

C'est donc lui-même qui a imprimé aux négociations une cadence des pas de tortue, pour un agenda facile à comprendre. Tout au début Museveni avait fixé le décor en disant que les Négociations devaient prendre autant de temps que possible car tous les sujets seront évoqués, tous les sujets sans exception, et qu'il ne servait à rien de courir si on tient à avoir une solution durable à la crise. Le M23 ne se le fit pas dire deux fois.

Le mouvement rebelle confectionna des revendications parmi les plus loufoques, puisque le Médiateur lui-même avait exigé qu'il n'y ait pas de sujet tabou. Que peut faire Museveni Kaguta dans les 14 jours de la CIRGL ? Il lui est demandé de conclure. Pas n'importe comment. Mais il a l'obligation de réussir un Accord de paix entre le M23 et le gouvernement qui puisse apporter pas un semblant de paix, une paix fragile mais bien une paix durable au Nord-Kivu comme l'attendent les populations.

Pourtant il tombe sous le sens qu'une paix réellement durable dans le Kivu devrait plutôt être la conséquence d'une approche régionale dans la recherche des solutions aux crises récurrentes à l'est de la Rdc. Sans cette approche globale, il n'y aurait pas une solution définitive aux déstabilisations de la Rdc par le Kivu. Loin s'en faut.

Le Président tanzanien Jakaya Kikwete avait autrefois fait cette proposition. Mais il avait été mal compris au point qu'aujourd'hui Kigali et Dar-es-Salaam sont sur le pied de guerre à cause de cette proposition. Ils se sont encore lancé des fléchettes empoisonnées à Kampala, lors du dernier sommet de la CIRGL à Kampala.

OBUS TIRES SUR GOMA

Mais que vaut un Accord de paix s'il n'intègre pas l'épineuse question des FDLR hutu, actifs sur le territoire congolais, ceux-là-mêmes qui ont justifié toutes les agressions du Rwanda camouflées en rébellions internes ? Un tel Accord sera vite dépassé par les événements. Quand on sait que pendant la guerre de Kibati, Bisimwa a démontré à la presse comment les obus qui sont tirés sur le Rwanda sont partis des mortiers des FDLR avec les Fardc soutenant que le M23 ne dispose pas de canons à longue portée pouvant atteindre Kigali.

Le mot est parti : FDLR. Lorsque les Fardc et la Monusco ont lancé l'assaut final sur Kibati, le M23 a encore parlé dune combinaison FDLR-Fardc. Rien que cette évocation de la présence des FDLR sur le champ de bataille permet au Rwanda de traverser la frontière et d'agresser la Rdc. Le Rwanda lui-même, lorsque la Brigade d'intervention de la Monusco a installé un PC à Kinyaruchinya l'a dans un communiqué officiel accusé de coopérer avec les génocidaires des FDLR.

Toutes ces inventions ne sont destinées qu'à avoir un prétexte pour intervenir en Rdc. Ce sont les même FDLR hutu qui ont justifié la création d'une autre rébellion pro-rwandaise, celle du CNDP de Nkunda afin de défendre la communauté tutsi du Nord-Kivu menacée d'extermination par les FDLR. Puisque ces FDLR sont la cause de la guerre, comment peuvent-elles être oubliées dans la recherche de solutions ? Ce n'est pas par leur traque à imposer à la Rdc qu'on va les démanteler, l'armée rwandaise s'y est déjà plusieurs fois risquée sur le territoire congolais sans les inquiéter le moins du monde.

LE CONTEXTE A CHANGE

De ce point de vue, l'approche de Jakaya Kikwete s'impose. Puisque la Communauté internationale a imposé à Joseph Kabila la solution politique par la reprise des négociations aujourd'hui lundi, il faudra bien que dans le même temps, le Rwanda négocie avec les FDLR. Autrement on aurait rien fait. C'est du moins que  recherche le Rwanda : ne pas du tout démanteler les FDLR par quelle que formule que ce soit. On a bien compris.

Que peuvent faire les parties, le gouvernement et le M23 ? Les négociations reprennent dans un ultime round où le contexte géostratégique a radicalement changé. Sur le plan militaire, le M23 est à genoux après son cuisant revers des collines dites " Trois Antennes " à Kibati où tenait Goma à sa merci. A chaque instant, le M23 pouvait créer la panique dans la ville en larguant quelques obus. Il pouvait aussi les lancers sur le territoire rwandais afin d'amener son mentor à traverser la frontière.

Cette position a fondu comme neige au soleil et à ce jour, le M23 n'est plus que l'ombre de lui-même. Sur le plan international, avec des obus lancés froidement sur une population civile qui n'avait rien à voir avec les combats, les rebelles ont confirmé la qualité de criminels de guerre. Même Mary Robinson qui assurait leu défens il ya quelque temps, est ulcéré par ses attaques de la population de Goma avec des obus et appelle eu désarment du M23.

Alors auparavant elle croyait qu'elle avait à faire à des gens respectables. Le M23 est donc pris à la gorge par la Communauté internationale. Sa marge de manouvre est fort réduite. Conséquence, il sera moins prétentieux à ces négociations car l'épée de Damoclès de la Communauté internationale est suspendue sur sa tête.

Quant à son soutien rwandais, le nouveau contexte ne lui est pas non plus favorable. Avec les dernières accusations précises de l'Onu sur son rôle dans la guerre en Rdc, Kigali n'a plus de carte en main. Le M23 devient encombrant pour lui dès lors que son soutien est désormais dénoncé par le Conseil de sécurité lui-même sans mettre des gants. Kagame est dans de sales draps. Son ombre sera donc invisible à Kampala. C'est le gouvernement congolais, qui fort de ce contexte international qui lui est favorable doit savoir en profiter en tirer la dragée haute. Obtenir ans coup férir et à moindre frais le désarmement du M23 comme la CIRGL l'a exigé ainsi que le Conseil de sécurité…   

[Kandolo M.]


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