Attaques incessantes de Boko Haram : Le Tchad retient son souffle

Font size: Decrease font Enlarge font
image Boko Haram

Le calme a beau régner dans la capitale tchadienne, jusque-là épargnée par les attaques du groupe islamiste, chacun sait que ses fiefs nigérians ne sont pas loin - une cinquantaine de kilomètres. Et beaucoup d'habitants se disent "rassurés" par le décision du Tchad de se déployer militairement au Cameroun voisin pour y lutter contre les attaques incessantes de Boko Haram.

"Boko Haram par-ci, Boko Haram par là", depuis le départ au front de leurs soldats, les Tchadiens "n'ont plus que ce mot-là à la bouche!", affirme le vieil Assil, chauffeur de taxi à N'Djamena, en désignant des hommes enturbannés prenant le thé, allongés sur des nattes.

Le calme a beau régner dans la capitale tchadienne, jusque-là épargnée par les attaques du groupe islamiste, chacun sait que ses fiefs nigérians ne sont pas loin - une cinquantaine de kilomètres. Et beaucoup d'habitants se disent "rassurés" par le décision du Tchad de se déployer militairement au Cameroun voisin pour y lutter contre les attaques incessantes de Boko Haram.

"Moi, je suis fier de mon pays, je pense que ça va être facile de les éradiquer maintenant que le Tchad s'en occupe!", explique Ali Taher, un commerçant.

Le 17 janvier, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Ndjaména en brandissant des drapeaux tchadiens, lors d'une manifestation organisée par le pouvoir et l'Assemblée nationale dominée par le Mouvement patriotique du salut du président Déby.

Une semaine plus tard, sur les principaux ronds-points de la ville, de grandes banderoles affichent toujours leur "Soutien total aux forces de Défense et de Sécurité sous le haut commandement du camarade Idriss Déby Itno" ou encore: "Avec Idriss Déby pour guide, nous vaincrons".

"Ce sont les restes du parti unique", sourit un diplomate, qui rappelle toutefois que "si la population soutient la lutte contre Boko Haram, c'est aussi parce que les violences au Nigeria et au Cameroun commencent sérieusement à peser sur la vie économique" tchadienne.

Les raids des islamistes dans la région camerounaise de l'Extrême-Nord - où ils sèment désormais des mines antipersonelles - perturbent fortement le trafic routier. Or, pour le Tchad, pays enclavé, l'essentiel des marchandises transitait par la route de Kousséri (Cameroun), en provenance du port de Douala, ou de la ville nigériane de Gambaru, désormais contrôlée par les islamistes.

"Soit on ne trouve plus les produits, soit c'est devenu subitement cher", se plaint Sidonie, patronne du restaurant "Orange métallique", en centre ville.

"Mes clients ne comprennent pas pourquoi il n'y a plus de plantain (banane). Avant on en vendait partout sur la route, le régime coûtait 8. 000 francs (12 euros). Là c'est passé à 14. 000, 16. 000, c'est pas bon. Mais si je vais jusqu'à Kousséri (en face de N'Djamena, de l'autre côté de la rivière Logone, ndlr) c'est pas mieux, c'est la rupture de stock".

Enième intervention

Pour le député d'opposition Saleh Kebzabo, il existe "une forme de consensus dans la classe politique car il s'agit de notre sécurité".

"Le Cameroun servait de bouclier au Tchad jusque-là, mais si les Camerounais craquent, il faut bien intervenir, on aurait même dû les épauler un peu plus tôt", affirme-t-il.

Le risque, prévient-il toutefois, est celui de la récupération politique. "Pour le Mali aussi, tout le monde était d'accord pour lutter contre le terrorisme, et les critiques sont venues après. Se battre pour assurer la sécurité de ses concitoyens, d'accord, mais cela ne doit pas devenir une stratégie pour Idriss Déby de s'imposer comme un patron incontestable".

L'opposition craint que ce rôle de "stabilisateur" régional lui accorde une immunité de fait aux yeux de la communauté internationale.

D'autres à N'Djamena s'interrogent aussi sur les coûts d'une énième intervention militaire dans la région.

"Est-ce que c'est bon que le Tchad aille faire la guerre partout, au Mali (2012), en Centrafrique (2013), au Cameroun?", se demande un vendeur de pièces détachées qui ne veut pas donner son nom. "Il faut défendre sa maison quand elle brûle, mais là, c'est pas chez nous!".

Brigitte, une Camerounaise expatriée à N'Djaména, "approuve les renforts" tchadiens "pour aider" son pays, mais craint des "dommages collatéraux": "Ca nous soulage, mais cette armée-là (tchadienne) est sanguinaire. Le soldat camerounais pourrait payer pour faire un certificat médical et ne pas aller à la guerre, mais le soldat tchadien, lui, est prêt à payer pour partir à la guerre, il aime trop ça. Donc j'ai peur qu'ils tuent beaucoup de gens dans l'Extrême-Nord" du Cameroun.

15 villageois dans le nord-est du Nigeria

Des combattants du groupe islamiste armé Boko Haram ont abattu vendredi 15 personnes dans un village proche de leur fief historique de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, a-t-on appris samedi auprès d'un témoin et des forces de sécurité.

"Les terroristes ont attaqué le village de Kambari, qui est situé à moins de cinq kilomètres de Maiduguri, vers 05H00 du matin. Ils ont tué 15 personnes et ont mis le feu à tout le hameau", a indiqué samedi une source sécuritaire.

"Après de vaines tentatives pour pénétrer à Maiduguri via Konduga, les terroristes ont emprunté un chemin différent et attaqué Kambari", a poursuivi cette source.

Une villageoise, qui se prénomme Kyallu et s'est réfugiée à Maiduguri après l'attaque, a affirmé à l'AFP que quatre de ses enfants faisaient partie des victimes.

"Ils ont tué quatre de mes aînés quand ils ont attaqué le village à l'heure de la prière du matin", a-t-elle témoigné. "Ils ont tiré sur eux alors qu'ils n'avaient rien fait. J'ai dû quitter le village avec mes petits-enfants parce que nous n'avons plus de maison".

"Les rebelles ont aussi tué le chef de notre village", a ajouté Kyallu. "Au total, j'ai compté 15 cadavres. "

Maiduguri et ses environs sont régulièrement la cible d'attaques des islamistes de Boko Haram depuis le début en 2009 de leur sanglante rébellion, afin selon eux de créer un califat dans le nord du Nigeria à majorité musulmane.

Le président Goodluck Jonathan devait lancer samedi à Maiduguri la campagne pour sa réélection à la présidentielle du 14 février. Un gros déploiement de force a été mis en place pour sécuriser ce déplacement.

Chrétien du sud nigérian, Jonathan sera confronté à un ancien général, le musulman Mohammadu Buhari, auquel de nombreux habitants du nord, d'où il est originaire, vouent un véritable culte.

[Afp]


Cet article a été lu 3687 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0