Rwanda : TWAGIRAMUNGU exige un dialogue franc et direct entre le régime de Kigali et les partis politiques d’Opposition

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image Faustin NTWAGIRAMUNGU - Ancien Premier Ministre du Rwanda

La Coalition des Partis politiques rwandais pour le Changement (CPC), digirée par l'ancien Premier Ministre du Rwanda Faustin TWAGIRAMUNGU, a l’intime conviction que la solution la mieux appropriée à la question des réfugiés rwandais en République Démocratique du Congo (RDC), passe impérativement par un dialogue franc et direct entre le Gouvernement de Kigali et les partis politiques d’opposition, sous les auspices des pays et organismes africains soucieux du devenir politique du Rwanda et en tenant compte de l’impérieuse nécessité de la stabilité et de la sécurité de la région des Grands Lacs. Le but ultime de ce dialogue inter-rwandais doit être l’avènement d’un changement démocratique au Rwanda, axé sur l’instauration d’un espace politique pluraliste et un véritable État de droit où les libertés et les droits de la personne humaine soient pleinement respectés. Ainsi, les conditions seront enfin réunies pour le retour au Rwanda, dans la dignité et dans la sécurité, de tous les réfugiés et exilés rwandais, ainsi que pour la coexistence pacifique, le seul fondement d’une véritable réconciliation entre les Rwandais et pour le rétablissement des relations de bon voisinage avec les autres peuples de la région.

POSITION DE LA COALITION DES PARTIS POLITIQUES RWANDAIS POUR LE CHANGEMENT (CPC) SUR LA QUESTION DES RÉFUGIÉS RWANDAIS EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (RDC)

A l’issue d’une réunion de son bureau politique tenue en date du 5 octobre 2014, la Coalition des Partis politiques rwandais pour le Changement (CPC) voudrait rendre publiques ses propositions en vue d’un règlement définitif de la question des réfugiés rwandais, en particulier ceux présents sur le territoire de la RDC.

1. Appel à une meilleure compréhension de la question des réfugiés rwandais par la Communauté internationale

La CPC constate, avec regret, que dans sa volonté de rétablir la paix et la sécurité en République Démocratique du Congo, la Communauté internationale continue de focaliser son attention sur le sort des groupes armés présents dans ce pays, reléguant au second plan le drame humanitaire que constitue les centaines de milliers de réfugiés subissant des conditions de vie inhumaines dans des forêts congolaises depuis plus de 20 ans.

S’agissant particulièrement des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), il s’avère que l’ONU maintient sa position de vouloir « neutraliser rapidement » ce groupe armé, si l’on s’en tient à la communication du Conseil de Sécurité du 02 octobre 2014. C’est d’autant plus inquiétant que dans le même texte, le Conseil précise que cet objectif « représente une priorité absolue ». Deux semaines plus tôt, en date du 22 septembre 2014, le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Ban Ki Moon, dans ce qu’il a appelé « un message ferme », avait rappelé que « les combattants des FDLR devront avoir déposé leurs armes pas plus tard que le 2 janvier 2015, à défaut de quoi ils seront combattus sévèrement”

La CPC prend au sérieux ces menaces, tout en déplorant le caractère inapproprié de la solution préconisée par la Communauté internationale. En effet, celle-ci est dans une logique visant à contraindre les combattants des FDLR à « faire reddition sans délai et à rejoindre le processus de Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réinsertion et Réintégration (DDRRR) ». Or, le constat de la CPC est que ce processus n’offre aucune garantie de sécurité et de dignité en cas de retour au Rwanda, aussi longtemps qu’il n’y aura pas dans ce pays d’espace politique démocratique apte à garantir la sécurité pour tous, ainsi que le respect des droits fondamentaux de la personne et du citoyen. Par ailleurs, l’incompréhension des rwandais et de tous les observateurs avisés est d’autant plus manifeste que la Communauté internationale met toute son énergie dans le rapatriement forcé de quelques combattants estimés à 1.600 hommes, sans se soucier du sort de plus de 245.000 réfugiés vivant avec eux en RDC, ni de celui de plus 100.000 autres éparpillés un peu partout dans le monde.

Face à cette triste réalité et consciente de ses responsabilités, la CPC tient à faire entendre sa voix auprès des instances onusiennes et autres concernées par la question des réfugiés rwandais, en vue d’apporter sa contribution à une meilleure compréhension de cette problématique. A cet effet, la CPC lance un appel pressant aux pays et organismes impliqués dans la stabilisation de la région des Grands Lacs, afin qu’ils considèrent positivement ses propositions relatives à un règlement définitif de la question des réfugiés rwandais. La CPC voudrait aussi qu’un effort soit fait pour situer ce problème dans le vrai contexte qui en est la source, à savoir : un pouvoir dictatorial en place au Rwanda depuis plus de 20 ans, sous l’égide du Président Paul Kagame et de son parti, le Front Patriotique Rwandais (FPR).

2. Une seule solution pertinente : le dialogue politique

La CPC a l’intime conviction que la solution la mieux appropriée à la question des réfugiés passe impérativement par un dialogue franc et direct entre le Gouvernement de Kigali et les partis politiques d’opposition, sous les auspices des pays et organismes africains soucieux du devenir politique du Rwanda et en tenant compte de l’impérieuse nécessité de la stabilité et de la sécurité de la région des Grands Lacs. Le but ultime de ce dialogue inter-rwandais doit être l’avènement d’un changement démocratique au Rwanda, axé sur l’instauration d’un espace politique pluraliste et un véritable État de droit où les libertés et les droits de la personne humaine soient pleinement respectés. Ainsi, les conditions seront enfin réunies pour le retour au Rwanda, dans la dignité et dans la sécurité, de tous les réfugiés et exilés rwandais, ainsi que pour la coexistence pacifique, le seul fondement d’une véritable réconciliation entre les Rwandais et pour le rétablissement des relations de bon voisinage avec les autres peuples de la région.

En tout état de cause, la CPC ne pourra jamais tolérer que les réfugiés rwandais soient à nouveau rapatriés dans des conditions indignes et dégradantes, telles des bêtes conduites en abattoir, comme cela fut le cas en 1996 après la destruction, à l’arme lourde, des camps de réfugiés dans l’ex-Zaïre (RDC) par l’Armée du FPR, sous les ordres du Général Paul Kagame. La sécurité pleinement garantie à tout un chacun devra également être un préalable non négociable. C’est dans ce cadre que la CPC demande au Gouvernement de Kinshasa et aux Nations Unies de prendre en considération les revendications légitimes des réfugiés rwandais inquiets des décisions prises pour leur transfert, toujours en territoire congolais, dans des camps de fortune situés très loin de leur emplacement actuel. La CPC les soutient dans leur souhait de rester dans des zones proches de leur voisinage et de bénéficier d’une protection fiable garantie par la MONUSCO, en attendant la tenue et l’aboutissement des négociations politiques devant fixer les modalités de leur rapatriement volontaire au Rwanda, dans des conditions de sécurité et de dignité.

3. Mise à l’écart volontaire des dirigeants des FDLR recherchés ou sanctionnés : un geste des plus salvateurs.

La mise en oeuvre de la solution préconisée par la CPC relève de l’intérêt supérieur du peuple rwandais. Elle requiert, de la part des acteurs concernés, un sens élevé du devoir et même de grands sacrifices que certains sont appelés à consentir, si l’on veut éviter la catastrophe humanitaire qu’entraînerait, dans les rangs des réfugiés présents en RDC, le recours à la force armée par la Communauté internationale pour « neutraliser » les FDLR.

Consciente du fait que ces dernières n’auraient pas la capacité militaire de résister aux forces onusiennes, et désireuse de préserver un maximum de vies humaines, la CPC encourage les FDLR à satisfaire certaines exigences raisonnables de la Communauté internationale, notamment celles de nature à faciliter le dialogue entre le Gouvernement rwandais et l’opposition. Il s’agirait, entre autres décisions courageuses à prendre, de régler au plus vite la question des réfugiés rwandais visés par des mandats d’arrêt internationaux ou frappés par d’autres sanctions imposées par le Conseil de sécurité et se trouvant dans la hiérarchie dirigeante des FDLR ou des coalitions dont ces dernières sont membres.

Les FDLR se trouvent en face d’un dilemme cornélien et la CPC les exhorte à le résoudre absolument, dans le sens de la préservation de la vie de centaines de milliers de rwandais menacés d’extermination en RDC. C’est donc l’heure des choix difficiles et il n’y a que deux voies possibles :

a. Soit prendre le risque d’affronter militairement les forces de la Communauté internationale, une voie pour le moins suicidaire : la CPC considère que les FDLR n’ont pas les moyens d’une telle action et que cela reviendrait à abandonner les réfugiés à leur propre sort, au risque que ceux-ci viennent grossir le bilan macabre de plus de huit millions de personnes qui, au cours de ces 20 dernières années, ont péri dans cette région des Grands Lacs africains, sous le regard impitoyable et complaisant de cette même Communauté internationale.

b. Soit faire preuve d’un courage et d’un patriotisme exceptionnels qui se traduiraient dans les faits par une démarche honorable des dirigeants concernés de concert avec les instances habilitées : de leur propre gré, ceux-ci se mettraient à l’écart de la direction de leur mouvement et se tiendraient à la disposition de la justice internationale, devenant par là des héros de tout un peuple qui aurait la vie sauve à la suite de leur geste éminemment salvateur.

La CPC soutient énergiquement et sans réserve la deuxième alternative, dans la mesure où elle est de nature à sauvegarder la vie de centaines de milliers de personnes en danger de mort. En outre, elle a le mérite de réduire à néant l’argumentaire pour le moins fallacieux du Gouvernement de Kigali, qui refuse les négociations avec les FDLR sous prétexte qu’il n’est pas envisageable de s’asseoir à la même table que des prétendus suspects de génocide et d’autres crimes commis au Rwanda et au Congo. L’ironie du sort est que les criminels présumés au pouvoir à Kigali ne sont pas inquiétés, alors que ceux identifiés parmi les réfugiés sont condamnés par l’opinion, souvent avant même d’être jugés.

La CPC ne ménagera aucun effort dans la recherche des soutiens aptes à l’aider dans sa lourde mais noble mission d’oeuvrer au remplacement du régime dictatorial du FPR-Kagame par un nouveau pouvoir respectueux de l’idéal démocratique républicain et garant des conditions d’un rapatriement massif et volontaire des réfugiés rwandais. Elle restera à l’écoute de tous les Rwandais et des amis du Rwanda décidés à la soutenir, dans la recherche des voies de sortie honorable de la crise politique qui asphyxie notre pays depuis plus de 20 ans.

Fait à Bruxelles, le 6 octobre 2014

TWAGIRAMUNGU Faustin, Président de la CPC et ancien Premier Ministre du Rwanda


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