RDC, un génocide méconnu

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image Massacre des adeptes du Prophète Paul JOSEPH MUKUNGUBILA MUTOMBO

Si la communauté internationale, s’exprimant via le Secrétaire Général de l’ONU, Ban-Ki-Moon, reconnaît seulement le génocide rwandais qui n’a occasionné que 800.000 morts, que fait-elle en présence de plus de 6 millions de morts Congolais depuis l’agression du Congo par le Rwanda sous le stratagème du RCD ? Il n’y a paix qu’avec la justice et cette justice doit être faite à la RDC.

Depuis le 7 avril 2014, le Rwanda commémore le vingtième anniversaire du génocide. Etant donné que le génocide rwandais a donné lieu au changement du cours de l’histoire en RDC, ce vingtième anniversaire donne l’opportunité de réfléchir sur ce que sont devenues les relations entre la RDC et le Rwanda.

En 1994, environ 2 millions de rwandais entrent en RDC. La RDC porte la charge de ce grand nombre de réfugiés sur son sol. Des réfugiés hutus rwandais tuent quelques Congolais et l’on redoute et fait face aux épidémies notamment celles de choléra, etc. Plus tard lorsque sonne l’heure de la revanche, les Tutsis rwandais présents dans l’Afdl sèment la désolation en RDC et il est remarqué d’importants déplacements des populations dans le pays, déplacements des Hutus comme des Congolais. Lorsque l’Afdl prend le pouvoir en RDC le 17 mai 1997, une année plus tard, du fait de leur comportement de conquérant, les troupes étrangères présentes sont renvoyées. Ce qui a donné lieu au début d’une série d’agressions de la RDC par le Rwanda et l’Ouganda. Intéressons-nous au Rwanda qui, du RCD au M23, conçoit et soutient des rébellions contre la RDC ainsi que l’ont démontré tous les rapports d’experts des Nations Unies y relatives. Dans ces rapports, il est également fait mention des pillages des ressources de la RDC par les rebellions conçues et soutenues par le Rwanda qui, lui-même, est soutenu par des puissances occidentales bien identifiées qui ont besoin de matières premières congolaises pour leurs multinationales.

Des auteurs parlent aussi du plan de balkanisation de la RDC organisé par les puissances sous-régionales. Le sinistre humanitaire qui accompagne ces rebellions sont telles qu’environs 8 millions des Congolais sont tombés durant ces guerres et que des viols et violences inouïes sont perpétrées contre la femme et les jeunes filles congolaises de l’est. Des Congolais, forcés à l’exil, en sont devenus incapables de s’organiser dans l’existence, de cultiver et de récolter le fruit de leur travail à cause d’incessants déplacements occasionnés par ces guerres récurrentes.

Des efforts de rapprochement ont été initiés par la RDC dont le plus fameux est l’Accord Global Inclusif pour faire la paix avec ses voisins mais qui se heurtent toujours à l’hypocrisie du Rwanda. Le dernier accord en date est l’accord-cadre d’Addis-Abeba du M23 qui n’est pas non plus respecté par Kigali qui continue à recruter pour le M23 après la fin du processus de Kampala qui est la déclaration de Naïrobi. Ceci ressort du dernier rapport des experts des Nations Unies sur la situation dans les Grands Lacs.

La plaidoirie de l'historien congolais Ndaywell

« L’évènement du 20ème anniversaire du génocide rwandais devrait être une occasion d’aller au-delà. [Il faudrait] mettre en place une politique volontariste de réconciliation, non seulement entre Tutsi et Hutu, mais entre Congolais et Rwandais. Que les députés entre eux, que la société civile, que les leaders religieux, que les étudiants du Rwanda et du Congo puissent faire leur commission vérité et réconciliation », plaide Isidore Ndaywel.

Ces dernières années, Kinshasa et Kigali se sont mutuellement accusés de se déstabiliser. Les autorités congolaises ont accusé en 2012 leurs homologues rwandais de soutenir la rébellion du M23  qui a créé l’insécurité l’Est de la RDC avant d’être défaite en 2013 sous l’action coordonnée de l’armée congolaise appuyée par la Brigade d’intervention de la Monusco. Kigali a toujours rejeté l’accusation de Kinshasa.

De leur côté, les responsables politiques rwandais accusent le gouvernement congolais de complicité avec les FDLR constituées notamment d’anciens génocidaires. Kinshasa rejette aussi ces accusations.

Pour l’historien Isidore Ndaywel, il faudrait que les leaders politiques des deux pays fassent un effort « de vérité et de réconciliation ».

« Nous sommes dans une situation où il y a tellement des suspicions, des secrets. Pour qu’on puisse vraiment connaître un au-delà du génocide, il faut que cela se fasse dans la transparence », explique-t-il.

L’histoire congolais Isidore Ndaywel parle dans la pureté du cœur et ignore que ceux à qui il s’adresse sont des durs et résolument décidés à faire main-basse sur les richesses du Congo et, au finish, lui amputer une bonne partie de sa partie orientale allant du Sud-Kivu jusqu’au district de l’Ituri dans la Province Orientale. Kagame, lors d’une conférence à l’occasion du déclenchement de la rébellion du M23, en avait appelé à la revisitation des frontières héritées de la Conférence de Berlin. Et depuis, toutes ses actions montrent qu’il veut arriver à ce résultat. Comment, dans ces conditions, Congolais et Rwandais feront-ils la paix ? A l’international, le Rwanda jouit de l’impunité si bien que le Conseil de Sécurité des Nations Unies ne vote aucune sanction punitive contre lui. Ce dont se plaint en permanence la RDC qui ne peut compter que sur sa capacité de se défendre face aux assauts subis depuis le Rwanda. Kigali cherche en permanence des prétextes pour justifier ses attaques contre la RDC et soulève le faux problème des FDLR qui nuisent plus aux Congolais qu’aux Rwandais.

Somme toute, c’est plus au Rwanda de faire preuve de franchise dans ses relations avec le Congo. Il a assez exploité la tragédie du génocide rwandais dont les ravages sont moindres que ceux du sinistre perpétré en RDC depuis son agression par le Rwanda, le 2 août1998. Le Rwanda, après avoir déjà fait des ravages en RDC et pillé ses ressources, devrait à présent revoir sa politique face à la RDC et cesser de l’agresser ou de la déstabiliser. Le Rwanda doit aussi plier sa volonté d’amputer des terres à la RDC face aux dispositions de la Charte de l’ONU et se résigner devant la coexistence pacifique et la non-agression face à la RDC. Le Rwanda, dont la volonté belliciste et expansionniste est connue, est la cause de l’instabilité dans la sous-région de Grands Lacs.

Si la communauté internationale, s’exprimant via le Secrétaire Général de l’ONU, Ban-Ki-Moon, reconnaît seulement le génocide rwandais qui n’a occasionné que 800.000 morts, que fait-elle en présence de plus de 6 millions de morts Congolais depuis l’agression du Congo par le Rwanda sous le stratagème du RCD ? Il n’y a paix qu’avec la justice et cette justice doit être faite à la RDC. A défaut d’appliquer les dispositions de la Charte contre le Rwanda pour tout ce qu’il a déjà fait contre le Congo, on peut toutefois le stopper de s’attaquer à la RDC désormais.

[Samy Bosongo]


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