Rwanda : Paul KAGAME est «un paralytique»

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image Paul KAGAME

Les annexes du dernier rapport des experts de l’ONU publié le 04 juin 2012 ont presqu’anéanti Kagame. Ses mensonges ne lui seront plus d’un grand secours. Ils le rendront de plus en plus ridicule. D’ailleurs, Kagame est « un paralytique » que nous devrions relativiser pour penser un peu plus aux questions beaucoup plus sérieuses d’intégration économique et politique pour notre sous-région. La lutte pour la mise sur pied des organisations sous-régionales (efficaces) d’intégration panafricaine devrait se mener concomitamment avec celle de la mise hors d’état d’agir de toutes « les petites mains du capital ». L’Amérique Latine devrait nous inspirer. Elle y arrive tant bien que mal.

Depuis le début de la tragédie des Grands-Lacs (vers les années 1990), au fur et à mesure que les années passent, le danger de falsifier l’histoire de cette sous-région semble devenir imminent. Les annexes du dernier rapport des experts de l’ONU ont tellement mis le Rwanda de Paul Kagame sur le devant de la scène que le risque d’oublier que Kagame est « un paralytique » devient grand.

Ce risque est tellement grand que plusieurs compatriotes se limitent à commenter l’actualité de notre sous-région quotidiennement sans la fonder sur certaines sources mieux informées au sujet de notre commune tragédie. D’où l’importance de rappeler certaines « confidences » pouvant éclairer notre compréhension de cette tragédie. 

En août 2008, faisant allusion au silence de Paris sur les accusations portées à son encontre par Kagame, Denis Sassou Nguesso, le président du Congo-Brazzaville, confiait à Pierre Péan cette parabole : «Quand le paralytique assis au pied d’un manguier joue avec des feuilles vertes, c’est qu’il y a quelqu’un dans l’arbre qui les lui a jetées. Sinon, il ne joue qu’avec des feuilles mortes !» Et d’ajouter : « Il suffirait à Paris de dire à ses «amis» les protecteurs de Kagame - les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël - de calmer un peu leur protégé pour que les attaques cessent !» Contrairement aux apparences, Kagame jouit toujours de cette protection, même si ses murs de fissurent de plus en plus. Et il est difficile de parler de Kagame sans faire allusion à Joseph Kabila. Sassou en parle aussi dans sa « confidence » à Pierre Péan. Il dit : « …ce jeune Kabila, président du Congo voisin : « venu de nulle part, en quinze jours il a eu les honneurs de Paris, Bruxelles, Londres et Washington…Joseph est un cheval de Troie du président rwandais. Officiellement, pendant la journée, il s’oppose à Kagame, mais la nuit tombée, il marche avec lui… » (P. Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, p. 531) Le dernier huis-clos organisé en marge de la conférence d’Addis Abeba en dit long sur cette complicité.

Perdre de vue cette double réalité peut constituer un handicap sérieux à la sortie de la guerre d’agression et/ou des « crimes organisés en Afrique centrale. »

Pour rappel, au Tribunal Pénal International pour le Rwanda, ce sont les USA et ka Grande-Bretagne qui ont tout fait pour que les crimes commis par les membres du FPR, proches de Paul Kagame, ne puissent pas être jugés. Ces deux pays se sont battus becs et ongles pour que la Procureure de ce TPIR, Carla Del Ponte, puisse en être défenestrée. (Lire à ce propos F. Hartmann, Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales, Paris, Flammarion, 2007 et C. Del Ponte, La traque, les criminels de guerre et moi. Madame la Procureure accuse, Feltrinelli Editore, Milan, 2008).

Dernièrement, ce sont les USA qui ont failli bloquer la publication des annexes du rapport des experts de l’ONU sur le soutien du Rwanda aux rebelles du M23 (publié le 04 juin 2012).

Ce rappel nous semble important dans la mesure où il peut guider les différentes actions des compatriotes et de leurs « amis » soucieux de mettre un terme au gangstérisme économique rongeant notre pays depuis les années 90. Il est important que nous sachions qu’en menant des actions diplomatiques et/ou militaires contre le Rwanda de Paul Kagame, ce n’est pas seulement à cet individu que nous nous en prenons mais aussi à ses parrains et à « leurs chevaux de Troie ». De cette perception des choses pourrait (aussi) dépendre l’efficacité de ces actions. Nous devons toujours faire très attention ! Une bonne connaissance du mode opératoire des parrains de Paul Kagame nous semble indispensable à la quête des issues à la guerre d’agression imposée à notre pays. 

Prenons un exemple. Pourquoi, dès que Kagame est pris la main dans le sac, après la publication du dernier rapport des experts de l’ONU, une proposition d’une force neutre d’interposition est aussitôt proposée à nos frontières sans que nous sachions qui va réellement la prendre en charge ? Les parrains de Kagame savent pertinemment bien que la déstructuration du Congo (RD) ne vient pas que de l’extérieur : le ver est dans le fruit. Donner l’impression que le Rwanda de Kagame s’est calmé n’empêchera pas « aux chevaux de Troie » de poursuivre leur œuvre de « destruction créatrice » à l’intérieur de notre pays. Il ne serait pas exclu que la présence de cette force dite neutre à nos frontières puisse contribuer à la neutralisation de toute résistance intérieure orchestrée contre les « chevaux de Troie » de cette œuvre diabolique. 

La lutte est âpre. Elle doit être conduite avec intelligence et sagesse. A un certain moment, elle devra dépasser la réduction du Rwanda à « ces tueurs tutsis au cœur de la tragédie congolaise ». Il appartiendra aux meneurs intelligents et sages de cette lutte d’en décider. Pourquoi ? Pour une raison simple : le gangstérisme économique est une lutte menée par le capitalisme sauvage contre toute forme de solidarité et coopération entre les peuples (du Sud et même du Nord). Et ce capitalisme a plusieurs visages. Les USA sont un ensemble de plusieurs Etats fédéraux. L’UE est un ensemble de 27 pays. La Chine , c’est un milliard et demi d’habitants. Continuer à croire que le Congo, avec ses 60 ou 70 millions d’habitants, doit pouvoir faire éternellement face à ces « partenaires extérieurs » plus peuplés et coordonnant souvent ensemble leurs actions, nous semble être une étroitesse de vue. Voilà pourquoi la lutte contre le gangstérisme économique entretenu par le capitalisme sauvage doit être mené sur fond d’un panafricanisme des peuples (promouvant la solidarité, la coopération et la justice sociale.) Cela peut se faire concomitamment. La tendance la plus facile serait de croire qu’il y a lieu de mener une lutte après une autre. Il serait plus facile de débarrasser le Congo de ses « chevaux de Troie » et de ses ennemis extérieurs avant de penser aux alliances sous-régionales et à l’intégration économique et politique. La voie la plus facile ne semble pas être la plus efficace. Cela d’autant plus que le capitalisme sauvage règne là où, souvent, par ses « petites mains », il divise.

Et puis, pourquoi ne pourrions-nous pas nous inspirer de l’exemple de ces pays capitalistes ? Comment ? 

Au jour d’aujourd’hui, malgré l’importance de leurs budgets militaires, ils ne savent plus « agresser » « leurs ennemis réelles et/ou imaginaires » en solitaire.

Plusieurs pays se mettent ensemble au sein de l’OTAN pour agir. Ou ils instrumentalisent l’ONU et ses casques bleus. Tous ces pays savent qu’une union intelligente et sage fait la force. Sur ce point, nous pourrions les imiter.

Si nous ne voulons pas nous inspirer de l’exemple de ces pays, il y a celui de l’Amérique Latine. Les progrès du socialisme du XXIème siècle coïncident avec ceux des organisations d’intégration régionale. Au jour d’aujourd’hui, l’Amérique latine et les Caraïbes ont, au nombre des organisations d’intégration régionale, l’UNSASUR (Organisation supranationale rassemblant l’ensemble des Etats sud-américains fondée en 2008), la CELAC (Communauté des Etats latino-américains et caribéenne, fondée en 2011) et l’ALBA (Organisation régionale, fondée en 2005 et impulsée par le Cuba et le Venezuela et élargie notamment à la Bolovie, l’Equateur et le Nicaragua). Ces organisations régionales aident les pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes à résister contre le contrôle capitaliste des espaces géopolitiques et géostratégiques et à assurer, tant soit peu, le bonheur collectif partagé. Elles s’efforcent d’être fondées sur la solidarité, la coopération et la justice sociale (et non sur la compétitivité et la concurrence comme les pays capitalistes).

Les efforts d’intégration économique et politique peuvent être les lieux de l’apprentissage du vivre-ensemble. Celui-ci n’est pas une génération spontanée. Il adviendra au fur et à mesure que les constitutions démocratiques des pays de la sous-région pourront promouvoir la pratique de la liberté, de la justice et de l’égalité dans le respect de la dignité humaine. Les routes et les autoroutes de la communication et de la télécommunication peuvent sérieusement y aider.

Mbelu Babanya Kabudi


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