Bataille de Mbwila, une lourde défaite qui sonna le glas du Royaume Kongo

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image Royaume Kongo

Il y a de ces dates qui ne peuvent pas être jetées à la poubelle de l’histoire. Parce que ces dates sont justement historiques, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent jamais être effacées de la mémoire des peuples. Il en est ainsi du 29 octobre 1665. Ce jour-là, curieusement un jeudi, exactement comme hier il y a 350 ans, un roi kongo, sûr de son droit de défendre la terre ancestrale et ses richesses, déterminé à sauvegarder la souveraineté et l’indépendance du royaume, soutenu massivement par le peuple et son élite, leva une immense armée pour affronter les Portugais de Luanda qui, de leur côté, étaient décidés à occuper le Sud du pays, présumé riche en minerai de cuivre et d’argent. Le roi Antonio 1er Vita Nkanga, puisque c’est de lui qu’il s’agit, périt dans la bataille, et son armée décapitée fut mise en déroute. La tête du roi fut triomphalement amenée et promenée dans les rues de Luanda où elle fut inhumée – geste d’ultime hommage à un adversaire royal catholique – dans la chapelle de Nossa Senhora de Nazaré. Cette lourde défaîte sonna le glas du Royaume Kongo qui, divisé par suite des conflits de succession au  trône et des convoitises extérieures, ne put jamais se reconstituer dans ses frontières d’origine.

Pourquoi alors commémorer une date qui rappelle le souvenir amer d’une défaîte plutôt humiliante ? Cette question pertinente m’a été posée par une compatriote lors d’un échange au téléphone sur le sujet. J’ai répondu qu’il fallait lire cet événement au-delà de la déconfiture. Il fallait avant tout retenir l’esprit de résistance du peuple kongo qui, contrairement à certaines idées reçues, n’a jamais pâli. C’est cet esprit qui a fait lever les Kimpa Vita, Simon Kimbangu, Simao Toko, André Matshoua, Joseph Kasa-Vubu, Pasteur Ntumi, et j’en passe. C’est le même esprit qui, le dimanche 4 janvier 1959, a soulevé à Léopoldville la foule des colonisés contre l’administration du Congo belge.

Mbwila a été en fait l’aboutissement inéluctable d’un processus difficile d’une rencontre entre deux cultures, d’un choc des civilisations lentes à concilier. L’une, codifiée depuis des millénaires, assise sur des avancées techniques considérables, pesait déjà lourdement, après environ deux siècles de cohabitation, sur l’autre, fondée sur des traditions orales sans soubassement rigoureux, et plutôt techniquement encore à l’âge de la sorcellerie qu’à celui de la connaissance. La première, imposant naturellement sa religion, ses mœurs dissolues et en prime, pour ses besoins économiques, la traite des esclaves, la seconde, en dépit de ses protestations les plus vigoureuses, supportant mal, dans l’impuissance et l’humiliation, cette arrogante supériorité des blancs.

La tentative de Don Garcia II Nkanga Vita (1641-1661), roi du Kongo avant son fils Antonio, de prendre sa revanche sur les Portugais en composant avec les Hollandais qui avaient occupé Luanda en Angola, tourna court du fait que, rapidement ces derniers furent chassés par les Lusitaniens renforcés par leurs frères du Brésil.

Les rapports des forces étaient naturellement en faveur des Portugais. Mais les frustrations des ne Kongo, chauffés à blanc par les sermons du Père Lubeladio, prêtre capucin autochtone, qui enflammait les foules, avaient atteint la limite du supportable. Et Antonio Vita Nkanga, arrivé au trône à coups de fusil jusqu’à l’exécution de son frère aîné accusé de traitrise à l’égard de leur père, ne se fit pas prier. Il prit le parti de la guerre finale en mobilisant toutes les couches du peuple kongo.

Il perdit avec panache la bataille de Mbwila. Mais l’esprit qui a présidé à l’engagement de cette guerre est resté vivace. Il mérite d’être commémoré de génération en génération.

[Thomas Makamu]


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