Suppression des visas : La RDC ne devraient pas se presser de normaliser la traversée du fleuve

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image Denis SASSOU N'GUESSO et "Joseph KABILA"

Les RDCongolais devront désormais se munir soit de leur passeport, soit de leur carte d’électeur, mais accompagné d’un laissez-passer. Celui-ci coûte 5.000Fc. A Brazzaville, il est gratuit. Ce laissez-passer a une validité de 72 heures. Il faut cependant un visa pour ceux qui veulent passer dans l’un de ces pays un séjour supérieur à 72 heures, ainsi que ceux qui désirent aller au-delà de Brazzaville ou de Kinshasa. Les autorités de la RDC ne devraient pas se presser de  » normaliser  » la traversée du fleuve par les ressortissants de ces deux pays après tout ce qui s’est passé. Pour l’honneur de leur pays, ils devraient commencer par se poser des questions avant de chercher à trouver des solutions idoines. Il s’agit de leur responsabilité.

La nouvelle est sur toutes les lèvres : la mesure d’imposition du visa pour la traversée du fleuve pour les ressortissants des deux Congo désirant de se rendre dans l’une des rives a été levée au terme des travaux du bipartite des deux Congo, le week-end dernier à Brazzaville.

Pour effectuer leur voyage, les RDCongolais devront désormais se munir soit de leur passeport, soit de leur carte d’électeur, mais accompagné d’un laissez-passer. Celui-ci coûte 5.000Fc. A Brazzaville, il est gratuit. Ce laissez-passer a une validité de 72 heures. Il faut cependant un visa pour ceux qui veulent passer dans l’un de ces pays un séjour supérieur à 72 heures, ainsi que ceux qui désirent aller au-delà de Brazzaville ou de Kinshasa.

On se souviendra que les relations entre les deux peuples, du moins à ce niveau, avaient subi un sacré coup lorsque, en 2014, à la suite de l’opération  » Mbata ya mokolo  » (nom que personne n’a jamais compris en RDC étant donné que, s’il faut considérer la naissance des Etats africains selon la décolonisation, la RDC est quand même plus vieille que l’autre Congo, et s’il faut tenir compte de la superficie ou de la puissance démographique, le Congo Kinshasa est toujours plus avantagé que le Congo Brazzaville), plusieurs centaines de milliers de Congolais de Kinshasa avaient été refoulés, comme des pestiférés, du Congo Brazzaville avec, comme cerise sur le gâteau, les viols, les vols et même l’envoie ad patres .

Beaucoup de Congolais, des deux pays confondus, avaient, à l’époque, beaucoup regretté cet escalade de violence, vu les liens indissolubles existant entre les deux pays. Faut-il rappeler que les actuels Etats africains sont l’œuvre des gens qui n’avaient rien d’Africains, et qui ont dépecé ce continent à dessein pour leurs intérêts propres -et non ceux des Africains qui n’ont pu que subir et accepter comme de vulgaires pions de dame cette imposition ?

Voir des Africains continuer à se diviser, aujourd’hui encore, à l’heure de la mondialisation, n’est-il pas une preuve d’une certaine immaturité ? On n’aurait pas dû en arriver là, malgré les raisons poussées à l’époque par les autorités brazzavilloises pour justifier cette mesure, car, comme l’a chanté un célèbre musicien de la RDC, Kabasele Tshamala, le majestueux fleuve Congo, n’est qu’un chemin, une voie.

On se demande comment les choses se sont aussi facilement arrangées. C’est vrai qu’il s’agit-là d’un réel soulagement pour les populations des deux pays, mais cela ne doit pas être l’occasion d’être dupe. On ne doit pas aussi facilement oublier, comme par un coup de baguette magique, les traumatismes que la brutalité de cette action a laissés dans le chef de milliers des Congolais de Kinshasa. Certains d’entre eux subissent encore jusqu’aujourd’hui les effets de ce refoulement atroce.

Sommes-nous frères ou amis ? Ce n’est pas comme cela qu’on raite un frère ou un ami, même si on a des choses à lui reprocher. Les RDCongolais n’ont jamais voulu faire du Congo Brazza leur pays. Alors, si on en voulait plus, on n’avait qu’à proprement les reconduire à la frontière dans le strict respect des normes internationales en la matière et en examinant la situation au cas par cas.

N’importe comment, Kinshasa devrait être exigeant dans la revendication portant sur le dédommagement de ses ressortissants, qui risque de n’être qu’une lettre morte, vite jetée dans les oubliettes de l’histoire.

Les RDCongolais, du moins ceux qui gagnent leur vie à travers le trafic entre les deux villes, sont contents de cette normalisation. Mais leur pays a-t-il pour autant été lavé de cette humiliation ? Il ne s’agit pas de chercher à retourner le couteau dans la plaie, mais d’être plutôt prudent et réaliste.

Car quelle garantie a-t-on que cette action ne se reproduira pas dans les temps qui viennent ? Pourquoi a-t-on, de nouveau, subitement besoin des RDCongolais dans la rive droite du fleuve ? Tout le monde sait que leur départ a occasionné des pénuries de plusieurs biens et même dans le rendement de certains services.

On a reproché aux Congolais d’ici de mal se comporter là-bas en se prostituant et en volant. Ont-ils été enseignés ici durant cette année et demie qu’ils ont passé chez eux sans possibilité de traverser le fleuve ? Les mêmes causes produisant inévitablement les mêmes effets, ne seront-ils pas demain chassés une fois de plus lorsqu’on leur reprochera les mêmes maux ?

De l’autre côté, les autorités de la RDC ne devraient pas se presser de  » normaliser  » la traversée du fleuve par les ressortissants de ces deux pays après tout ce qui s’est passé. Pour l’honneur de leur pays, ils devraient commencer par se poser des questions avant de chercher à trouver des solutions idoines. Il s’agit de leur responsabilité.

Pourquoi leurs administrés en arrivent-ils à accepter l’humiliation permanente au Congo Brazzaville et en Angola au lieu de rester tranquillement chez eux ?

[Jean-Claude Ntuala]


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