Une redéfinition s’impose : 9 chefs d’Etat sur les 11 que compte la CIRGL ont séché la rencontre de Nairobi

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image CIRGL - 5eme sommet 2014 en Angola

La Conférence internationale pour la région des Grands Lacs (CIRGL) est-elle finalement une coquille vide ? La question vaut son pesant d’or. Le dernier sommet des chefs d'Etat de cette structure, tenu  24 juillet à Nairobi au Kenya en offre la preuve la plus éloquente. Des onze chefs d’Etats membres de cette instance sous-régionale, deux seulement ont daigné effectuer le déplacement de Nairobi. Le décryptage qui s’en suit serait que la CIRGL a perdu au fil des années et des réunions, toute sa substance. Une redéfinition s’impose.

En dépit de la signature de la Déclaration sur la lutte contre le chômage des jeunes à travers le développement des infrastructures et la promotion des investissements – ce qui est une bonne chose sur papier – seuls deux chefs d’Etat, le Kenyan Uhuru Kenyata et l’Ougandais Yoweri Kaguta Museveni, ont répondu présents à la rencontre de Nairobi. Laquelle, pourtant, était essentiellement consacrée à l'avenir de la région à travers la promotion de la jeunesse.

Neuf chefs d’Etat sur les onze que compte la CIRGL ont séché la rencontre de Nairobi pour, sans doute, diverses raisons qui n’ont pas été données aux participants. Quand bien même ils ont été représentés au plus haut niveau, d’aucuns estiment que cette question d’employabilité des jeunes est le cadet de leurs soucis. Rien ne franchira le seuil des discours, avec leurs charges émotives et de bonnes intentions.

Ces dirigeants des pays des Grands Lacs, qui savent que la CIRGL leur a été imposée, sont incapables de réaliser les objectifs que celle-ci s’est assignée. Il s’agit de « transformer la région des Grands Lacs en un espace de paix durable et de sécurité ; rétablir la stabilité politique et sociale ; partager la croissance et le développement économiques ; et promouvoir la coopération entre ces différents pays ». Ces objectifs sont contenus dans la Déclaration de Dar es-Salaam, repris par Rigobert Minani Bihuzo dans son ouvrage « Du Pacte de stabilité. De Nairobi à l’acte d’engagement de Goma : enjeux et défis du processus de paix en RDC ». 

Créée depuis décembre 2006, la Conférence internationale pour la région des Grands Lacs patauge dans un marécage d’instabilité et d’hypocrisie entre Etats. Volontairement, certaines capitales s’emploient au pourrissement des rapports en vue de la réalisation de leurs projets funestes de prédation et d’annexion d’une partie de « la RDC utile ». Il s’agit de la portion du pays où les riches minerais et la verdure des terres font baver plus d’un. La théorie des richesses transfrontalières claironnée à longueur de réunions et de conférences est contredite par la réalité. La majeure partie des ressources naturelles au cœur des conflits est située à l’intérieur des frontières congolaises.

En fait, la CIRGL était un espace où aurait dû se décider le troc entre la paix durable pour la RDC contre le partage officiel des richesses naturelles. Les initiateurs s’étaient certainement trompés dans leur tentative d’ignorer la volonté des Congolais de s’assumer comme tout peuple face à son destin. Pendant que des stratégies se peaufinaient à la CIRGL, les Congolais ont renforcé le front intérieur par un réarmement patriotique qui s’est avéré, à la longue, payant. L’unanimité sur le refus de toute forme de dépeçage du pays a fait changer la donne.

Il apparaît de plus en plus clair que la paix ne se négociera pas sur le dos des Congolais considérés comme les dindons de la farce qui s’est jouée pendant deux décennies dans la région des Grands Lacs, avec comme théâtre des opérations militaires le territoire congolais.

L’emploi des jeunes

Dans toutes leurs interventions, les participants à la rencontre de Nairobi ont reconnu que la région des Grands Lacs est composée en majorité de jeunes. Ils sont évalués à 70, voire 80% dont l'âge est inférieur à 30 ans. Tous sont en quête d’emplois. La Banque africaine de développement exhorte les Etats à faire de la création d’emplois pour les jeunes une priorité. Désœuvrés, les jeunes constituent un terreau favorable à des dérapages regrettables. Une catastrophe est à craindre d’autant plus que cette catégorie de la population constitue une bombe à retardement.

Malgré les discours, le continent attend des actes palpables. La création d’emplois passe par une mobilisation davantage accrue des ressources financières pour des investissements. La diversification des économies reste aussi la clé d’une plus durable stabilité. La grande inconnue porte sur l’entité appelée à prendre l’initiative. D’où cette suite d’interrogations : Qui doit favoriser et améliorer le climat des affaires et des investissements ? N’est-ce pas les politiques ? Malheureusement, le constat est amer : ils ne cherchent pas à créer les emplois et ne font rien pour attirer les investisseurs. Le font-ils sciemment pour recourir à ces mêmes jeunes lorsque certains d’entre eux entrent en rébellion ?

 La solution réside donc dans la volonté de fournir aux jeunes des emplois qui leur permettront de travailler au bénéfique de la reconstruction en se détournant de la destruction.

[lePotentiel]

CIRGL : 40 résolutions adoptées par le sommet de Nairobi

Après la réunion interministérielle des pays membres de la Conférence internationale pour la région des Grands Lacs (CIRGL), les chefs d'Etat de la même région se sont réunis à Nairobi jeudi 24 juillet 2014.

Le président Joseph Kabila de la RDC a été représenté par le vice-premier ministre et ministre du Budget, Daniel Mukoko. Il était accompagné du ministre de l'Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale, Modeste Bahati Lukwebo, du gouverneur du Nord-Kivu, expert de la RDC, Julien Paluku, et du coordonnateur national de la CIRGL en RDC, Hamuli Kabaruza.

Ont pris la parole tour à tour, Mme l’ambassadrice Amina Mohamed, secrétaire d'Etat des Affaires étrangères du Kenya; Mme Anne Waiguru, secrétaire d'Etat de la Décentralisation du Kenya; M. Ntumba Luaba, secrétaire exécutif de la CIRGL; les représentants de la BAD, du BIT, de la Banque mondiale ainsi que Mme Mary Robinson, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la Région des Grands Lacs mutée pour s'occuper des questions de changements climatiques.

Après la cérémonie d'ouverture, une session à huis clos s'en est suivie, au cours de laquelle il a été présenté aux chefs d'Etat le message d'espoir de la part des enfants de la CIRGL. Cela avant d'adopter la déclaration des jeunes de cette institution, suivie de la signature par les chefs d'Etat et délégués de la déclaration sur la « lutte conte le chômage des jeunes à travers le développement des infrastructures et la promotion des investissements ».

Au total, 40 résolutions proposées par les jeunes ont été adoptées par les chefs d'Etat et délégués de tous les onze pays membres de la CIRGL.

Entre autres résolutions, on peut retenir la création d’un environnement favorable aux investissements et au développement socio-économique; l’exploitation du développement des infrastructures en vue d'accélérer les opportunités d'emplois décents et la croissance inclusive; la réforme du système d'éducation et favoriser l'entreprenariat et l'innovation; la facilitation de l'accès des jeunes entrepreneurs aux financements; la garantie de la représentation des jeunes dans les instances de prise de décision; la mobilisation des ressources supplémentaires en faveur de la résolution des défis de la jeunesse; le renforcement du suivi, de l'évaluation et de la coordination des politiques et programmes afin de promouvoir l'emploi des jeunes; le renforcement des mécanismes de transparence, de la gouvernance et de la lutte contre la corruption aux fins de faciliter l'accès des jeunes aux opportunités d'emploi dans les Etats membres.

Le sommet des chefs d'Etat s'est clôturé par les discours de deux Présidents présents, à savoir Yoweri Kaguta Museveni de l'Ouganda et Uhuru Kenyatta du Kenya, qui ont souhaité que toutes les résolutions adoptées soient mises en œuvre à travers le secrétariat exécutif de la CIRGL dirigé par le professeur Ntumba Luaba. 

[Site officiel du Nord-Kivu]


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