6 mois de grâce : Les FDLR peuvent encore respirer, poursuivre leurs crimes et autres exactions en toute impunité

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image FDLR - Un rebelle hutu rwandais, Est de la RDC.

Réunis à Luanda (Angola) pour explorer de nouvelles pistes en vue d’une paix dans l’Est de la RDC, les pays de la CIRGL et de la SADC  ont accordé un nouvel ultimatum aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Ils ont désormais six mois pour se rendre. Malheureusement, cette position – adoptée finalement par consensus – a soulevé de nombreuses divergences dans les deux blocs. Un mauvais départ qui risque d’entamer l’efficacité du processus de neutralisation de ces forces, dites négatives, qui écument l’Est de la RDC.

A Luanda où se sont réunis jusqu’au mercredi 3 juillet 2014 les ministres de la Défense et de la Sécurité des pays de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs) et de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), les discussions ont été houleuses autour du mécanisme à mettre en œuvre pour neutraliser les FDLR, que tous ont reconnu comme principal artisan de l’instabilité de la partie Est de la RDC. Finalement, les deux blocs sont parvenus à un compromis qui accorde désormais, à compter du 30 mai 2014, six mois aux FDLR pour désarmer.

Selon les témoignages recueillis sur place à Luanda, ce compromis a été obtenu après de chaudes empoignades entre partisans et opposants à une manière forte pour venir à bout des FDLR. 

Les dissensions

Le communiqué de Luanda, commente-t-on, a donc été arraché in extremis, créant par conséquent de profondes fissures dans les deux blocs. 

Des pays comme le Rwanda et l’Angola (qui préside actuellement aux destinées de la CIRGL), ont été favorables à un délai assez court, soit trois mois, pour mettre définitivement fin à ce phénomène. Une option qui s’est démarquée de celle proposée par les délégués de la RDC, de la Tanzanie et de l’Afrique du Sud qui ont plutôt penché en faveur d’un délai de six mois, susceptible de rendre « vérifiable » une évaluation à mi-parcours. C’est donc cette dernière option qui a triomphé. Nul ne sait, cependant, comment se fera la fameuse évaluation à mi-parcours.

Le plus évident est que les FDLR peuvent encore respirer, poursuivre leurs crimes et autres exactions en toute impunité, avant le terme de six mois. C’est seulement après ce sursis, le plus long qui soit accordé à des criminels invétérés, qu’ils pourraient s’inscrire dans un processus volontaire de désarmement. 

Dans les milieux généralement hostiles aux FDLR, on pense que le moratoire arraché à Luanda leur être profitable à tout point de vue. Cela dans la mesure il impose automatiquement un coup d’arrêt à toute opération militaire contre ces derniers dans les six mois qui viennent. Tout est donc suspendu, en attendant que les FDLR arrivent à lever, le moment venu, l’option de se rendre. 

Entretemps, qui sait si ces terroristes aguerris ne peuvent pas profiter de cette sorte de trêve pour se réorganiser, se réarmer et se consolider sur le terrain ? Voilà qui justifie les profondes dissensions apparues à Luanda aussi bien dans les rangs de la CIRGL que ceux de la SADC.

Dans tous les cas, selon le communiqué final diffusé à cet effet, la réunion ministérielle conjointe de Luanda a « pris acte de la décision des FDLR de se rendre et de déposer les armes volontairement », soulignant que « la reddition et le désarmement volontaires doivent être effectués dans les six mois environ à compter du 2 juillet 2014, une évaluation vérifiable étant menée à mi-parcours ».

Tenant au respect de leur ultimatum, les ministres ont exigé des FDLR « d'effectuer leur reddition complète dans le délai fixé et les a avertis des conséquences militaires qui découleront de leur non-respect du délai convenu ». La réunion ministérielle a appelé également à un renforcement du mécanisme créé pour l'évaluation et la mise en œuvre du processus de désarmement et de rapatriement vers le Rwanda.

La réunion ministérielle n’a cependant pas pris en compte l’option de rapatrier les Fdlr dans un autre pays d’accueil, autre que la RDC ou le Rwanda. Pourtant, la Monusco et la RDC ont ouvertement évoqué cette voie, estimant être un palliatif pour contourner les inquiétudes du Rwanda qui ne cache plus sa réticence à tout rapatriement de Fdlr sur son sol. Est-ce à dire que la RDC sera le seul pays des Grands Lacs à supporter le lourd héritage en termes d’insécurité qu’impose l’énigme Fdlr ? 

Le doute persiste

Si Kinshasa a réaffirmé son entière implication dans le processus de neutralisation des Fdlr, mis en œuvre dans la région avec le concours des Nations unies, il n’a cependant pas exclu, à l’instar de la Monusco, l’option militaire au cas où des résistances se signaleraient dans les rangs des FDLR.

Ainsi, mercredi dernier devant la presse, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, a rappelé que « le gouvernement congolais n’a jamais renoncé à l’option militaire qui reste sur la table au cas où les Fdlr ne concrétisaient pas leur désarmement volontaire dans un délai raisonnable et dans ce cas seulement ». Il a précisé, par ailleurs, que le concours de la RDC dans ce processus « s’inscrit dans le contexte des engagements contractés par les Etats membres de la Cirgl signataires de l’Accord cadre d’Addis-Abeba de contribuer à la résolution des problèmes sécuritaires et humanitaires de la région ».

Dans l’examen de rapatriement des rebelles rwandais des Fdlr, Lambert Mende a soulevé quelques exceptions. Il s’agit, a-t-il précisé, du « sort des centaines de femmes et d’enfants congolais (les dépendants) dont les droits doivent être protégés par le gouvernement congolais en dépit de leurs liens avec des ressortissants rwandais ».

D’aucuns qualifient ces exceptions d’excuses anticipées et estiment que le dénouement du processus de rapatriement des FDLR demeure totalement incertain. Leur curiosité est que la proposition de six mois soit venue de Kinshasa.

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Martin Kobler à propos des FDLR : « L’option militaire reste sur la table »

Pourquoi cette rencontre secrète la semaine dernière à Rome, en Italie, avec les rebelles Hutus rwandais des FDLR ?

La réunion n’était pas secrète, elle était discrète. Et on a dit, c’est la première réunion, maintenant c’est confidentiel, ce n’est pas secret, mais le contenu est confidentiel.

Pour l’instant, le désarmement volontaire des FDLR ne marche pas, puisque ça concerne que 10% des combattants. Quelles sont les options possibles pour atteindre cet objectif ?

Je ne voudrais pas dire ça ne marche pas. Pour moi, ce n’est pas encore un processus crédible, c’est vrai, il faut encourager et demander aux FDLR de désarmer volontairement. Si ça marche paisiblement avec le désarmement, c’est mieux, mais l’option militaire reste sur la table.

Pour convaincre tous les FDLR de rendre leurs armes, il faut offrir un pays d’accueil à ceux qui ne veulent pas rentrer au Rwanda, or le Congo-Kinshasa dit qu’il ne veut pas les garder sur son territoire, est-ce que cela ne ralentit pas le processus ?

C’est vrai, on a des problèmes, mais la première option c’est le rapatriement. Ce sont en particulier des jeunes combattants qui peuvent être intégrés dans la société rwandaise. On l’a déjà fait 11 000 fois depuis 2002, maintenant reste peut-être 1 500 ou 2 000 personnes qui doivent être rapatriés et on encourage ceux qui veulent rentrer avec leurs dépendants, avec leur famille, volontairement au Rwanda de le faire, on les assiste.

Avant éventuellement de rentrer au Rwanda, les dirigeants des FDLR réclament un dialogue inclusif avec les autorités rwandaises, mais celles-ci refusent de parler avec les génocidaires, quelle est la solution ?

Notre position est très claire : le processus de désarmement volontaire n’est pas lié, ils doivent volontairement désarmer, les questions politiques ne sont pas discutées.

Mais pour encourager les gens à rentrer au Rwanda ne vaut-il pas mieux un dialogue avec les autorités rwandaises ?

On a rapatrié dans les dernières années plus de 11 000 combattants, sans dialogue, en particulier ceux qui n’ont rien à faire avec le génocide. S’ils sont nés au Congo, s’ils ont 20, 25, 30 ans, s’ils ne sont pas impliqués dans les génocides en 94, c’est pourquoi ils peuvent rentrer au Rwanda. On a ensuite le reste, les génocidaires qui ne veulent pas rentrer au Rwanda, il faut trouver une solution pour eux. Le gouvernement de la RDC a un plan de relocalisation au dehors des Kivu.

Une relocalisation à l’ouest du Congo-Kinshasa par exemple ?

Ils ne peuvent pas rester au Nord-Kivu, ils ne peuvent pas rester au Sud-Kivu.

Vous dites que vous ne faites pas de politique, mais lors de ces discutions à Rome sous l’égide de Sant’Egidio, vous avez quand même parlé au président des FDLR, Victor Byiringiro, est-ce que ce n’est pas la preuve qu’il a eu des discutions à caractère politique ?

Non, on avait quelques membres du leadership des FDLR, mais Victor Byiringiro n’était pas à Rome.

Alors si Victor Byiringiro n’était pas lui même à Rome, d’autres leaders des FDLR étaient présents, peut-on parler avec des hommes politiques sans parler politique ?

Comme j’ai dit, on ne parle pas de Rome et du contenu de cette réunion parce que c’est confidentiel, mais il faut avoir un processus crédible pour le désarmement volontaire.

Pour pouvoir organiser cette réunion, vous avez accepté de transporter du Nord-Kivu à Kinshasa, plusieurs responsables FDLR dont leur président Victor Byiringiro qui est sous sanction des Nations unies, donc, du coup, le Rwanda vous accuse d’avoir violé les procédures de l’ONU ?

Mais non, monsieur Victor n’a pas obtenu cette permission de voyager, il est resté ici au Congo, il n’a pas voyagé à Rome.

Il n’a pas voyagé de Kinshasa jusqu’à Rome, mais il a quand même voyagé du Nord-Kivu jusqu’à Kinshasa dans un avion de la Monusco ?

Oui.

Et de ce point de vue, vous n’avez pas violé les procédures des Nations unies ?

Non, ce sont les voyages internationaux en dehors du Congo et il n’a jamais quitté le Congo.

C'est-à-dire que même si quelqu’un est sous sanction des Nations unies, la Monusco peut le transporter à l’intérieur du Congo ?

On a respecté les règles des Nations unies, il n’a pas quitté le pays. Pour nous, la chose la plus importante est de restituer la paix.

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier (RFI)


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