Grands Lacs, la CIRGL peine à imposer sa marque

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image Alphonse Ntumba Luaba - Secrétaire Exéucitif de la CIRGL

Créée en décembre 2006 au terme de la signature du pacte de sécurité, de stabilité et de développement dans la région des Grands Lacs, la CIRGL peine à imposer sa marque. Le récent échec des pourparlers de Kampala entre Kinshasa et le M23 a jeté un discrédit sur cette organisation, où se côtoient la victime (RDC) et ses principaux bourreaux (Rwanda et Ouganda). A Kinshasa, la Cirgl passe de plus en plus pour un marché des dupes où le dindon de la farce se trouve bien être la RDC.

Le doute n’est plus permis en ce qui concerne les limites de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl) dans la réalisation de ses objectifs. Au fil du temps, l’organisation sous régionale s’est révélée un instrument, non pas au service de la paix et du développement, mais plutôt à la solde des prédateurs régionaux et internationaux des ressources naturelles de la RDC. 

Ses ambitions du départ ont été à la hauteur de sa capacité de nuisance. Le constat est que, en sept ans d’existence, le bilan de la CIRGL est nettement négatif. Aucune initiative de paix n’a abouti cependant que  les groupes armés écument davantage et ne cessent de gangrener la stabilité de la sous région. Avec comme centre névralgique l’est de la RDC.

Quid ? Au départ une initiative des Nations unies, la Cirgl a fonctionné comme une affaire privée rwando-ougandaise. Quand bien même elle aurait été élargie à une dizaine de pays africains, la Cirgl est apparue, à la lumière de derniers événements, comme une organisation créée pour protéger les autres membres contre la RDC. Rien de surprenant donc que son fonctionnement ait montré son inadéquation.

Au fil du temps, la Cirgl s’apparente de plus en plus à la version africaine du Versailles sur l’Allemagne de l’époque de la guerre mondiale. Or, dans le cas d’espèce, la RDC n’a mené la guerre à aucun de ses voisins. Malgré cette évidence, Kigali et Kampala continuent à faire porter à Kinshasa le chapeau de l’insécurité qui sévit dans les Grands Lacs.

Ceci expliquant cela, l’on pourrait comprendre pourquoi la Cirgl est incapable de garantir une sortie de crise pacifique dans la guerre qui oppose Kinshasa au M23. En RDC, l’opinion s’interroge finalement sur la nécessité pour la RDC de maintenir sa participation dans cette organisation. De plus en plus, des voix s’élèvent pour dénoncer la prise en otage de la RDC dans la Cirgl.

Ce point de vue est justifié par l’imbroglio qui entoure les pourparlers de Kampala, où la facilitation ougandaise, soutenue par certaines puissances occidentales, ne fait rien pour rapprocher les deux protagonistes et trouver une solution politique.  Les pourparlers de la capitale ougandaise sont devenus un jeu de ping-pong où les parties vont et viennent sans fin.

A ce jour, la mauvaise foi des soi-disant partenaires de la RDC au sein de la Cirgl a été mise à nu. La reprise des pourparlers est recommandée chaque fois que le M23 est mis en déroute par les FARDC. Pince sans rire, la même sérénade est embouchée après l’échec cuisant que vient de subir le M23 la semaine dernière de la part de l’Armée loyaliste. Quelques bastions du mouvement pro-rwandais, notamment Kiwanja et Kibumba, ont été arrachés à l’ennemi et ses alliés.

Pourquoi insiste-t-on sur une initiative qui a montré ses limites ? Ne s’agit-il pas de l’exécution d’un agenda qui doit aboutir à un pourrissement dont les ennemis de la RDC tireraient les conséquences ? Aussi subtil puisse être le jeu, il ne peut plus passer inaperçu dans l’opinion congolaise où l’on a pris conscience que la Cirgl autant que ses initiatives passent véritablement pour un marché de dupes où la RDC est le dindon de la farce.

En effet, née en décembre 2006 sous les cendres de la CEPGL, la Cirgl a intégré des pays de l’Afrique centrale et de l’Afrique australe. Cette stratégie visait essentiellement à donner plus de crédit aux actions à mettre en œuvre au sein de l’organisation. Les problèmes de l’Est étant connus, par le fait qu’ils tirent leur racine des visées expansionnistes du Rwanda et de l’Ouganda, la Cirgl s’était donc fixée pour objectif d’amener les Etats de la région à adopter un pacte de stabilité et de non agression. Ce qui a été fait le 15 décembre 2006 par la signature d’un pacte de stabilité par les chefs d’Etat et de gouvernements de la CIRGL. Le pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs est le document central de la CIRGL.

Depuis cette date, plusieurs accords ont signé et scellé dans le cadre de la Cirgl, sans qu’on ne parvienne malheureusement à sortir du bourbier de l’Est. Le tout dernier en date est cet accord conclu au sein de la Cirgl par lequel les Etats membres obligeaient la RDC à négocier avec les rebelles du M23. C’était la consécration des pourparlers de Kampala.

Lancés en décembre 2012, ces pourparlers pataugent, alors que Kinshasa a tout donné, jusqu’à se faire violence en acceptant de négocier directement avec un mouvement rebelle. Ce que n’a jamais accepté le Rwanda face aux Fdlr ni l’Ouganda à l’endroit de l’ADF-Nalu. 

Tout compte fait, depuis sa création, la Cirgl n’a jamais travaillé en faveur de la RDC. Toutes ces actions et décisions n’ont fait qu’affaiblir davantage la RDC, la condamnant, par moment à subir le diktat de ses agresseurs. L’échec de la Kampala, où Kinshasa a réservé une fin de non recevoir aux revendications suicidaires du M23, est la preuve du degré de compromission qui mine la Cirgl.

Dès lors, la question la plus importante est la suivante : la RDC a-t-elle encore intérêt à maintenir sa participation à la Cirgl ? Le débat devait être ouvert au plan national pour se déterminer cette initiative d’inspiration anglo-saxonne,  toujours en déphasage avec les intérêts de la RDC.

Les preuves de compromission

Dans son ouvrage intitulé : « Pacte de stabilité de Nairobi à l’acte d’engagement de Goma », Rigobert Minani Bihuzo présente les faiblesse des processus de paix menés dans le cadre de la Cirgl en ces termes : « Du point de vue de la société civile et de personnes avisées, une des limites des processus de paix en RDC, c'est le fait qu'ils ne s'adressent pas de front au rôle du Rwanda comme moteur dans la continuation des conflits à l'Est de la RDC.

Ils ne s'adressent pas non plus à la complicité de la communauté internationale ». Il poursuit en relevant que « l'opinion se plaint du fait que la conférence sur la paix la sécurité dans la région des Grands Lacs a noyé le différend qui oppose la RDC et le Rwanda dans un pacte de stabilité signé par 11 pays et laissant ouvertes les blessures de l'invasion de la RDC par le Rwanda en 1996 et les conséquences que cela a laissées dans les cœurs des Congolais ». « La même opinion, note-t-il, estime que traiter la question de cette façon est non seulement une grande injustice mais aussi une humiliation, car en fin de compte le Rwanda, pourtant pays agresseur en sort sans une égratignure après avoir imposé plus de 10 ans de guerre à la RDC et causé plus de 5.000.000 de morts ».

Ainsi, « A la RDC, précise-t-il, on demande de négocier avec les groupes armés, et même de les intégrer dans sa propre armée, y compris certains éléments du CNDP dont la nationalité congolaise et la loyauté ne sont pas garanties. Quand il s'agit du Rwanda, on accepte son refus du dialogue inter-rwandais avec l'ancienne armée déchue. On négocie la nationalité congolaise pour ceux-ci et on envisage la destruction militaire de ceux des réfugiés rwandais qui ne se soumettront pas au choix entre le retour au Rwanda sans garantie de sécurité, ou la relocalisation en RDC au risque de perdre leur identité ».

« C'est cette politique avérée de deux poids et deux mesures pratiquée par la communauté internationale lorsqu'il s'agit du conflit entre le Rwanda et la RDC, conclut-il, qui énerve aujourd'hui la population congolaise ». Malheureusement, c’est sur cette politique, tout en défaveur de la RDC, qu’est bâtie la Cirgl.

Au sein de la Cirgl, le degré de compromission a été tel que la RDC a été contrainte de dévoiler son plan de sécurité et de défense au travers du Protocole de non agression et de défense dans la région des Grands Lacs. L’article 7 de ce Protocole est sin flagrant au point d’imposer aux Etats membres, particulièrement la RDC, « à mettre en commun leurs moyens de renseignement, leurs ressources, leurs capacités et leurs compétences afin de sécuriser leurs frontières communes de manière efficace et rationnelle dans toutes les zones désignées de sécurité frontalière dans un esprit de bonne foi, de coopération, de respect mutuel, de confiance et de bon voisinage ». Malgré ce dispositif, convenu depuis décembre 2006, la RDC ploie toujours sous le poids d’une guerre, dont les commanditaires  se recrutent curieusement au sein de la Cirgl.

Comment dès lors continuer à faire confiance à une organisation qui s’est discréditée sur toute la ligne. Le moment n’est-il venu de reconsidérer la participation au sein d’une Cirgl dont la mission ne cadre pas avec les objectifs de paix et de développement ? Le débat est lancé. 

[lePotentiel]


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