Angola : Les Congolais aux abois

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image Congolais expulses d'Angola

L’Angola est sur le point d’emboiter le pas au Congo/Brazzaville. Si on n’est pas encore aux expulsions massives des Congolais de la RDC de l’Angola, il ne devait plus en être le cas après le 31 mai 2014. En effet, les autorités angolaises lancent du 16 au 31 mai 2014 un recensement général sur l’ensemble de son territoire national.

Les Congolais de Kinshasa vivant en Angola sont dans la psychose. Ils craignent que Luanda agisse dans le même sens que Brazzaville.

Dans une déclaration mardi à l’Angop, le commandant provincial en second de la Police nationale angolaise, le sous-commissaire, Joaquim Manuel Pereira, a dit que la corporation a la mission de protéger les recenseurs et les superviseurs durant cette activité.

Depuis début avril, la police brazzavilloise traque les "kuluna" (délinquants) et autres "étrangers en situation irrégulière". À ce jour, des milliers de Congolais de la RDC ont été refoulés, parfois dans des conditions indignes. Dérapages en série ou simple lutte contre la criminalité ?

"Jeune Afrique" a décrypté à sa manière l'opération "Mbata ya bakolo". Quant  à l’opportunité de cette opération, note le magazine, les versions diffèrent selon qu'on se trouve sur une rive ou l'autre du fleuve Congo.

À Brazzaville, la police justifie l'opération par la "poussée de la criminalité" dans les quartiers périphériques de la capitale du Congo. Une poussée qui s'expliquerait par la "présence de plus en plus marquée" des kuluna qui ont fui Kinshasa à la suite des opérations "Likoki" (coup de poing, en lingala) et "Likofi +". "Ces délinquants ont exporté à Brazzaville les mêmes modes opératoires : usage d'armes blanches (machettes, arrache-clous, couteaux, …) pour extorquer les biens d'autrui", accuse le colonel Monkala. Le responsable fustige aussi "des hommes en armes centrafricains" qui sont entrés au Congo à la suite de la crise en Centrafrique. Les Brazzavillois disent qu'ils sont envahis par les Congolais de la RDC. C'est la seule motivation de 'Mbata ya bakolo'.

Mais à Kinshasa, l'argumentaire de Brazzaville ne passe pas. Si devant les caméras, on se refuse d'"émettre un quelconque jugement sur la légitimité des motivations des autorités de Brazzaville" à lancer l'opération "Mbata ya bakolo", dans les coulisses de l'Hôtel de ville de Kinshasa, les langues se délient. "Les Brazzavillois disent qu'ils sont envahis par les Congolais de la RDC, c'est la seule motivation de cette opération", tance un proche d'André Kimbuta, gouverneur de la ville-province de Kinshasa. "C'est pourquoi ils ont déjà refoulé plus de 60.000 personnes. À qui voudrait-on faire croire qu'il y a autant de kuluna à Brazzaville ?", lance-t-il.

Quant au traitement infligés aux refoules, à Kinshasa, Emmanuel Akwety, ministre provincial en charge de la Population et de la Sécurité, affirme néanmoins avoir recueilli "plusieurs témoignages" des refoulés de Brazzaville faisant état des "violences policières". « Des cas de viol, d'extorsion, de pillage nous ont été rapportés », confie-t-il, dénonçant également des « expulsions irrégulières de certains compatriotes que la police brazzavilloise a ravi des titres de séjour ».

Pour Kinshasa, Brazzaville a violé la Convention de Luanda signée le 3 décembre 1999 entre la RDC et le Congo. « En substance, l'article 16 de ce texte exige de l'État qui veut procéder à des expulsions d'avertir au préalable par voie diplomatique l'autre État concerné et de prendre des dispositions pour que les droits humains soient respectés pendant l'opération », résume Emmanuel Akwety. À l'en croire, « les autorités de Kinshasa n'ont pas été saisies ». C'est également une « violation du mécanisme de coopération spéciale qui existe entre les deux villes (Cospeco) », ajoute-il.

Mais, de son côté, Brazzaville soutient en avoir informé l'ambassade de la RDC sur place.

A ce jour, c’est plus de 80.000 Congolais de Kinshasa qui ont déjà traversé le fleuve. Des milliers seraient en attente dans un site de transit à Brazzaville.

Peut-on s’attendre à une riposte à Kinshasa ? Kinshasa se veut plutôt rassurant. « Une opération similaire [à Mbata ya bakolo] n'est pas à l'ordre du jour », affirme François Lukanzu, secrétaire exécutif du gouvernement provincial. Mais malgré ses assurances, un groupe d'étudiants du Congo-Brazzaville à Kinshasa a décidé fin avril de regagner son pays par crainte d'éventuelles représailles. Signe qu'entre les deux capitales les plus proches au monde, quelque chose s'est cassé...

[lePotentiel]


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