Nelson Mandela : La mort d'un Icône

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Après plusieurs années de lutte contre la maladie, Nelson Mandela est décédé à son domicile de Johannesburg, a annoncé, jeudi 5 décembre dans la soirée, le président sud-africain Jacob Zuma en direct à la télévision publique. Le premier président noir d'Afrique du Sud a succombé après avoir été atteint d'une infection pulmonaire chronique pour laquelle il avait été hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois. L'ancien président sud-africain incarnait des valeurs d'autant plus universelles qu'il n'a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l'africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas.

En mars-avril derniers, l'ex-président sud-africain avait déjà été hospitalisé pendant neuf jours avant d'être autorisé à regagner son domicile de Johannesbourg, où il devait continuer de recevoir des soins à domicile, comme après sa précédente hospitalisation, en décembre 2012. Ses médecins avaient alors considéré que le héros de la lutte contre l'apartheid pouvait quitter leur établissement « en raison d'une amélioration constante et graduelle de son état général ». Ce qui n'a pas été le cas cette fois-ci.

Usé par ses années de prison, Nelson Mandela avait eu de nombreuses alertes de santé par le passé. En 1988, alors prisonnier, il avait ainsi été admis durant six semaines à l'hôpital de Stellenbosch, près du Cap, en raison d'une forte toux, qui s’avérera être une tuberculose. En 2001 encore, onze ans après sa libération, c’est pour un cancer de la prostate que Madiba était cette fois traité par radiothérapie, avant de déclarer, l'année suivante, qu'il était définitivement guéri.

La santé de Nelson Mandela était surtout devenue un sujet de préoccupation national à partir de décembre 2012, alors que, retiré depuis quelques mois dans son village natal de Qunu, il était ramené en avion à Pretoria et passait 18 jours à l'hôpital. Bien qu’autorisé à regagner son domicile de Johannesburg, ses visiteurs le décrivaient alors comme un vieil homme en bonne santé, mais avec certaines absences. « Malheureusement, il oublie parfois que l'un ou l'autre sont décédés, ou son visage exprime l'incompréhension quand on lui dit que Walter Sisulu [l'une des figures de la lutte contre l'apartheid, disparu en 2003, NDLR] ou d'autres ne sont plus de ce monde », avait ainsi confié son ami l'avocat George Bizos à l'agence d'information radio Eyewitness News le 11 mars.

Nelson Mandela, n’était plus apparu en public depuis 2010, et s'était complétement retiré de la vie politique depuis des années. Il restait cependant l’idole de tout un peuple. Emprisonné pour ses actions dans la lutte contre le régime de l’apartheid en 1963, il avait passé 27 ans derrière les barreaux, devenant le symbole de l'oppression d’un peuple, tandis que le monde entier manifestait pour sa libération.

Nelson Mandela, n’était plus apparu en public depuis 2010, et s'était complétement retiré de la vie politique depuis des années. Il restait cependant l’idole de tout un peuple. Emprisonné pour ses actions dans la lutte contre le régime de l’apartheid en 1963, il avait passé 27 ans derrière les barreaux, devenant le symbole de l'oppression d’un peuple, tandis que le monde entier manifestait pour sa libération.

Surtout, avant même d'être libéré, en 1990, il avait surpris par ses efforts pour comprendre ses adversaires, dont il avait appris la langue, l'afrikaans, et la poésie, afin de leur pardonner, puis de négocier avec eux l’élaboration d’un système postapartheid. Il avait ainsi réussi à éviter une explosion de violence raciale lors de la transition entre le régime ségrégationniste et la démocratie, en 1994.

Prix Nobel de la paix en 1993, partagé avec le dernier président de l'apartheid, Frederik De Klerk, Mandela restera comme le premier chef d’État noir d’Afrique du Sud et comme le père de ce qu’il appela la nation arc-en-ciel. Si, comme le dit un proverbe de son ethnie xhosa, « on n’existe que par les autres », alors Nelson Mandela était, depuis bien longtemps, et bien avant de perdre la vie, immortel.

Icône mondiale

"Le pardon libère l'âme, il fait disparaître la peur. C'est pourquoi le pardon est une arme si puissante": Nelson Mandela, mort jeudi à Johannesburg, avait résumé, en une phrase devenue mythique, la vision du monde et de l'humanité qui a fait de lui le dirigeant le plus populaire du XXe siècle.

De son vivant déjà, le prix Nobel de la paix 1993 était vénéré bien au-delà des frontières de l'Afrique. Pour avoir arraché son pays au régime raciste de l'apartheid, et renoncé à toute vengeance contre la minorité blanche, qui l'avait emprisonné durant vingt-sept longues années.

Qualifié un jour d'"icône mondiale de la réconciliation" par Desmond Tutu, l'une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, l'ancien président sud-africain incarnait des valeurs d'autant plus universelles qu'il n'a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l'africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas.

Ni Lénine, ni Gandhi, celui que ses compatriotes appelaient affectueusement "Madiba", de son nom de clan, ne s'est jamais enfermé non plus dans une ascèse révolutionnaire. Jeune homme, il aimait le sport ?-il fut boxeur amateur--, les costumes bien taillés, et entretenait joyeusement une réputation de séducteur.

"Loin d'assumer un rôle divin, Mandela est au contraire pleinement et absolument humain: l'essence de l'être humain dans tout ce que ce mot devrait, pourrait signifier", écrivit à son propos sa compatriote Nadine Gordimer, Prix Nobel de Littérature.

"Il a souffert et végété en prison pendant plus d'un tiers de sa vie, pour en sortir sans un mot de vengeance", dit Gordimer: "Il a supporté tout cela, c'est évident, non seulement parce que la liberté de son peuple est son souffle vital, mais parce qu'il est l'un de ces rares êtres pour qui la famille humaine est sa propre famille. "

Ses actes, magnifiés par de semblables hommages, ont fini par créer autour de Mandela une sorte de culte qu'il n'a jamais souhaité. "L'un des problèmes qui m'inquiétaient profondément en prison concernait la fausse image que j'avais sans le vouloir projetée dans le monde", dit-il lui-même un jour à un journaliste: "On me considérait comme un saint. Je ne l'ai jamais été. "

"Sauf si vous pensez", ajouta-t-il non sans malice, "qu'un saint est un pécheur qui essaie de s'améliorer".

Ségrégation raciale

Né le 18 juillet 1918 dans le petit village de Mvezo, dans le Transkei (sud-est) au sein du clan royal des Thembus, de l'ethnie xhosa, le futur leader de la rébellion noire est prénommé par son père Rolihlahla: "Celui par qui les problèmes arrivent".

C'est son institutrice, conformément à la pratique de l'époque, qui lui attribue arbitrairement le prénom de Nelson, à son entrée à l'école primaire.

Rebelle précoce, le jeune Nelson commence sa vie par deux ruptures: étudiant, il est exclu de l'université de Fort Hare (sud) après un conflit avec la direction. Peu après, il fuit sa famille, à 22 ans, pour échapper à un mariage arrangé.

Et débarque, plein d'espoir, à Johannesburg la tumultueuse.

C'est là, dans cette gigantesque, dangereuse mais excitante métropole minière, que le bouillant jeune homme prend la pleine mesure de la ségrégation raciale qui segmente sa société. C'est là aussi qu'il rencontre Walter Sisulu, qui va devenir son mentor et plus proche ami. Et lui ouvrir la porte de l'ANC.

Peu à peu se forge une conscience politique et un goût pour le militantisme qui vont l'éloigner de sa première épouse, Evelyn, et le jeter dans les bras d'une pétillante infirmière de 21 ans: Winnie.

Avec Walter Sisulu, Oliver Tambo et d'autres jeunes loups, il prend rapidement les rênes du parti, pour porter la lutte contre le régime blanc, qui a "inventé" en 1948 le concept d'apartheid: le "développement séparé des races".

Après le semi-échec de campagnes de mobilisation non violentes, inspirées des méthodes du Mahatma Gandhi, l'ANC est interdit en 1960. Mandela, arrêté à plusieurs reprises, passe à la clandestinité, et décide d'engager le mouvement sur la voie de la lutte armée.

Capturé, il est emprisonné en 1962. Et bientôt envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap. Pendant des années, sous un soleil de plomb, dans une poussière qui va endommager ses poumons à jamais, il casse des cailloux. Sans jamais s'avilir.

Au contraire, il cherche à pénétrer l'âme de ses ennemis. En apprenant leur langue, l'afrikaans. En s'efforçant de comprendre et d'aimer leurs plus grands poètes.

Ni brisé ni amer

"Je savais parfaitement", note-t-il, "que l'oppresseur doit être libéré tout comme l'opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (. . . ) Quand j'ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission: libérer à la fois l'opprimé et l'oppresseur".

Vingt-sept ans plus tard, en 1990, le voilà libre. Ni brisé, ni amer. Et c'est en homme libre qu'il négocie pied à pied avec le régime à bout de souffle l'organisation d'élections enfin universelles et démocratiques.

Triomphalement élu président en 1994, il prône la réconciliation entre les races. Le film "Invictus" retrace l'épisode, glorieux, où l'on voit "Madiba" utiliser l'équipe nationale de rugby, symbole de la puissance blanche afrikaner, pour souder Noirs et Blancs dans l'euphorie partagée d'une victoire en coupe du monde.

Mandela, dont la vie fut accaparée par la lutte politique, n'a jamais réussi à mener une vie familiale "normale". Mais, charmeur et facilement charmé, il rechercha toujours la compagnie des femmes, comme en témoignent maintes idylles et trois mariages.

Il eut six enfants de ses deux premières unions, deux filles et deux garçons avec Evelyn, deux filles avec Winnie. Trois filles lui survivent, ainsi que dix-sept petits-enfants et douze arrière-petits-enfants.

Divorcé de Winnie, il s'était marié une troisième fois en 1998, le jour de ses 80 ans, avec Graça Machel, veuve de l'ancien président mozambicain Samora Machel, prononçant des mots touchants sur la grâce de tomber amoureux.

Symboliquement, la toute dernière apparition publique de "l'icône mondiale" n'avait pas été réservée à ses compatriotes, mais à l'humanité tout entière: il avait salué la foule le soir de la finale de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, en direct devant plusieurs milliards de téléspectateurs.

[avec J.A. et Afp]

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