Terrorisme : La passivité de la communauté internationale face à la progression de Boko Haram

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image David Cameron et le président nigérian Googluck

 

Le Tchad, le Cameroun et le Niger ont confirmé officiellement une alliance militaire qui devait se concrétiser en novembre dernier par la réactivation d'une force régionale pour combattre les islamistes nigérians. Aujourd'hui, une telle force ne semble plus être à l'ordre du jour, surtout depuis la prise début janvier de la localité nigériane de Baga, au bord du lac, par Boko Haram. Selon un communiqué du gouvernement camerounais, "Le président de la République du Cameroun, Paul Biya, annonce que (. . . ) M. Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad, a décidé d'envoyer un important contingent des forces armées tchadiennes pour venir en appui aux forces armées camerounaises qui font face avec courage, détermination et une vaillance reconnue de tous aux attaques répétées de la secte terroriste Boko Haram" sur le sol camerounais. Le communiqué ne précise ni les effectifs du contingent tchadien, ni la date de son déploiement au Cameroun. Au Cameroun, la passivité du Nigeria et de la communauté internationale face à la progression de Boko Haram est très critiquée, suscitant un sentiment d'isolement grandissant.

Critiquant à mots à peine couverts la politique de Lagos face à Boko Haram, ses voisins et alliés tchadien, camerounais et nigérien ont décidé d'organiser eux-mêmes leur riposte contre les islamistes armés, sur fond de défiance envers le pouvoir nigérian.

Les quatre Etats - qui se partagent les eaux du lac Tchad, sur les rives duquel sévit Boko Haram - ont pourtant confirmé officiellement une alliance militaire qui devait se concrétiser en novembre dernier par la réactivation d'une force régionale pour combattre les islamistes nigérians.

Aujourd'hui, une telle force ne semble plus être à l'ordre du jour, surtout depuis la prise début janvier de la localité nigériane de Baga, au bord du lac, par Boko Haram.

Selon Amnesty International, cette attaque - qualifiée de crime contre l'Humanité par le sécrétaire d'Etat américain John Kerry - est "la plus grande et la plus destructrice" jamais perpétrée par le groupe armé depuis le début de son insurrection en 2009, qui depuis a fait plus de 13. 000 morts et 1,5 million de déplacés.

L'armée nigériane entendait faire de cette ville un des principaux points d'appui de la force régionale. De petits détachements des pays voisins y étaient présents de longue date dans le cadre de la coopération régionale.

Pas de troupes au Nigeria

Mais les pays voisins du Nigeria ne l'entendent pas ainsi et ne veulent pas déployer directement leurs troupes au milieu des bastions de Boko Haram.

"La situation la plus préoccupante pour nous aujourd'hui c'est le Nigeria, c'est la situation de Boko Haram", expliquait au lendemain de la chute de Baga le ministre nigérien de la Défense Karidjo Mahamadou, ajoutant: "depuis novembre nous n'étions plus à ce poste-là, nous avons expliqué aux Nigérians que nous ne pouvions pas rester parce que nous n'avons pas envie de mettre la vie de nos militaires en danger".

Le Cameroun, deuxième front de Boko Haram, ne veut pas non plus envoyer aux troupes en permanence au Nigeria et était également opposé à l'option Baga, située en pleine zone de conflit, selon des sources sécuritaires à Yaoundé.

Le président Paul Biya - qui a annoncé jeudi soir que le Tchad allait envoyer des troupes combattre aux côtés de l'armée camerounaise - défend l'idée d'un échanges d'informations permettant des interventions coordonnées, mais chacun sur sa partie du lac Tchad, selon ces mêmes sources.

Depuis des mois, Yaoundé se plaint en outre amèrement du peu de combativité de l'armée nigériane et de désertions en masse face aux islamistes de Boko Haram. "Les soldats nigérians désertent leurs positions en abandonnant leurs armes. Ce sont avec leurs armes que nous sommes attaqués", accusait encore en début de semaine un responsable militaire camerounais, témoignant de la défiance entre alliés.

'Suspicion' envers l'armée nigériane

Au Tchad, qui considère que ses "intérêts vitaux" sont désormais en jeu face à la progression des islamistes, la tonalité n'est guère différente.

Concernant Baga, "le retrait des forces tchadiennes et nigériennes s'expliquent par le fait qu'une évaluation faite sur le terrain ne permettait aux Tchadiens et aux Nigériens d'accomplir leur mission avec l'armée nigériane", dit sous couvert d'anonymat un officiel tchadien, ajoutant: "il y a une sorte de suspicion et l'armée nigériane ne donne pas l'impression de collaborer".

La période pré-électorale au Nigeria - la présidentielle se tient dans moins d'un mois - accentue encore chez ses voisins le climat de suspicion, voire les soupçons de double-jeu.

"Le Nigeria est un pays extraordinairement complexe", rappelait récemment à l'AFP un responsable militaire occidental, ajoutant: "Boko Haram, c'est particulier" parmi les mouvements jihadistes. Le groupe joue sur les multiples enjeux de pouvoir au sein du pays le plus peuplé du continent.

Sur la traditionnelle division entre le nord majoritairement musulman et le sud majoritairement chrétien, dans un pays à l'histoire violente. Mais aussi sur les enjeux politiques et financiers locaux - avec leurs cortèges de rivalités et d'ambitions - dans les Etats de la fédération.

Déploiement des forces armées tchadiennes

Le président camerounais Paul Biya a annoncé jeudi soir que le Tchad allait envoyer des troupes dans son pays pour l'aider à combattre les islamistes nigérians de Boko Haram, indique un communiqué du porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma Bakary.

"Le président de la République du Cameroun, Paul Biya, annonce que (. . . ) M. Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad, a décidé d'envoyer un important contingent des forces armées tchadiennes pour venir en appui aux forces armées camerounaises qui font face avec courage, détermination et une vaillance reconnue de tous aux attaques répétées de la secte terroriste Boko Haram" sur le sol camerounais, selon le communiqué transmis à l'AFP.

Le communiqué ne précise ni les effectifs du contingent tchadien, ni la date de son déploiement au Cameroun.

L'engagement des soldats tchadiens "s'inscrit dans le cadre des excellentes relations d'amitié et de bon voisinage qui unissent le Cameroun et le Tchad", tous deux frontaliers du nord-est du Nigeria, fief de Boko Haram, souligne dans le communiqué M. Biya qui "salue chaleureusement ce geste de fraternité et de solidarité (de M. Deby) qui s'inscrit dans l'engagement constant des deux chefs d'Etat en faveur de la stabilité, de la paix et de la sécurité de leurs pays et de leurs peuples respectifs".

Mercredi, le Tchad avait proposé un "soutien actif" à Yaoundé pour lutter contre Boko Haram, exhortant la communauté internationale à agir, après de nouveaux raids meurtriers dans l'extrême-nord du Cameroun,

Lundi, d'intenses combats ont éclaté autour d'un camp militaire au Cameroun, opposant soldats camerounais à des centaines d'islamistes venus du Nigeria voisin. Selon le gouvernement camerounais, "143 terroristes" et un soldat ont été tués tandis qu'un important arsenal de guerre a été saisi.

"Face à cette situation qui menace dangereusement la sécurité et la stabilité du Tchad et porte atteinte à ses intérêts vitaux, le gouvernement tchadien ne saurait rester les bras croisés", avait indiqué le gouvernement tchadien dans un communiqué.

Au Cameroun, la passivité du Nigeria et de la communauté internationale face à la progression de Boko Haram est très critiquée, suscitant un sentiment d'isolement grandissant.

Depuis des mois, le groupe islamiste multiplie les actions dans l'extrême-nord Cameroun, entre pose d'explosifs, attaques de véhicules de transports en commun et de bases militaires, incendies dans les villages, ou vols de bétail.

Le Tchad a jusqu'à présent été épargné par les attaques de Boko Haram, mais seule l'étroite bande de terre formée par l'extrême nord Cameroun - une cinquantaine de kilomètres - sépare N'Djamena de l'Etat nigérian de Borno, fief des islamistes.

Les massacres perpétrés récemment par Boko Haram au Nigeria sont "un crime contre l'humanité", a jugé de son côté jeudi le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Sofia, alors que les islamistes armés ont mené début janvier leur attaque la plus destructrice depuis 2009.

[avec Afp]

 


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